Face à la recrudescence de l’antisémitisme aux Pays-Bas, un député proposait de criminaliser la négation de l’holocauste. Le gouvernement est hostile au projet, au nom de la sacro-sainte liberté d'expression. Une position qui contraste avec la récente adoption, en France, de la loi pénalisant la négation du génocide arménien.
28.01.2012
Au nom de la liberté d'expression, peut-on installer sur les planches du monde des arts une vitrine préconisant une idéologie mortifère?
Une pièce sur Breivik, un acte salutaire


Peut-on mettre en scène le manifeste radical du tueur d’Oslo et Utøya ? Le projet d’un théâtre de Copenhague a soulevé de vives protestations en Norvège et au Danemark. Entendre ces mots est pourtant essentiel pour mieux comprendre notre époque, se défend son directeur, Christian Lollike.
La récente décision du CaféTeatret de créer la pièce Manifest 2083 a suscité colère et indignation. Nous avons été accusés de jouer le jeu d’Anders Behring Breivik et de nous montrer insensibles envers les proches des victimes. Les politiques ont exprimé leur désaccord.
Bien sûr, ces réactions nous ont impressionnés et nous nous sommes demandé si nous avions raison. La tragédie d’Utøya [le 22 juillet 2011] est sans doute l'événement le plus sinistre qui se soit jamais produit en Scandinavie.
Ce crime inconcevable n'a pas seulement coûté la vie à 77 personnes, il a aussi traumatisé et gâché la vie de leurs proches. Je sais que les familles sont confrontées à une douleur, à des sentiments et des pensées que nous, qui n’avons pas été directement frappés, ne pouvons ressentir dans notre chair et qui doivent être terriblement lourds à porter.
Je ne peux qu’espérer qu’ils auront suffisamment de force intérieure, d’amis proches et d'aide dans le cadre de leur travail pour qu’un jour la douleur ne leur soit plus insupportable.
Comprendre l'atrocité
Mais nous autres, que faisons-nous ? Nous qui ne sommes ni des proches, ni des Norvégiens, qui sommes en dehors mais nous sentons tout de même touchés ?
Où allons-nous avec notre colère, notre douleur, notre frustration et notre grande question : comment cela a-t-il pu se passer ? Qu’est-ce qui, dans notre culture, peut pousser un homme au fonctionnement relativement normal comme Breivik à abandonner les règles du jeu démocratiques pour entamer un processus de radicalisation délibéré et méticuleusement calculé ? Quels peuvent être son mode de pensée et sa vision de l’homme ? Et d’où proviennent-ils ?
Différents écrivains, journalistes et analystes ont examiné et essayé de répondre à ces questions en se basant sur le manifeste de 1 518 pages. Ils en ont le droit. Et le théâtre ne peut-il pas, par la lecture du manifeste de Breivik et à l’aide des outils critiques et analytiques de l’art théâtral, examiner ces mêmes questions ?
La mission de l’art n’est-elle pas précisément de permettre de comprendre comment un acte aussi atroce a pu être perpétré ? Un espace collectif comme le théâtre n’est-il pas le lieu qui convient à cette démarche ?
Je comprends tout à fait que les proches auxquels on tend un microphone et qui apprennent qu'un dramaturge “controversé” va mettre en scène le manifeste d’Anders Behring Breivik, réagissent par de la colère. Mais cela me perturbe qu’ils prennent connaissance de mon projet par des journalistes à l’affût d’un bon papier.
En revanche, je trouve inquiétant que tant de personnalités politiques éprouvent le besoin de réagir à quelque chose qu’ils ne connaissent pas.
Pia Kjærsgård, leader du Parti du peuple danois [extrême droite], a qualifié à plusieurs reprises le projet de “honteux”, mais ce parti et son programme politique sont cités plusieurs fois dans le manifeste, et Pia Kjærsgård fait ainsi partie, de manière involontaire, de l’univers de Breivik. Elle devrait donc aussi avoir envie de comprendre le fonctionnement des processus de radicalisation.
Une des raisons qui rendent le manifeste de Breivik inquiétant, et qui explique peut-être qu’il ait pu agir comme il l’a fait, c’est qu’il n’a pas pu être contredit.
Car une partie de ses préparatifs a consisté à cacher ses intentions et à ne pas s’exprimer, en taisant ses pensées et ses projets meurtriers. Je ne crois pas qu’il soit judicieux de l’étouffer. Je crois au contraire qu’il faut le révéler.
Dénoncer un mode de pensée politique
Depuis que nous avons commencé le projet, nous avons été en contact avec des chercheurs qui étudient le radicalisme de droite. Plusieurs d’entre eux participeront aux séminaires que nous allons organiser en marge de la représentation. L’objectif est en effet d’acquérir des connaissances et de les partager.
Nous ne souhaitons en aucune façon servir de porte-voix à Anders Breivik. Bien au contraire. La pièce est une œuvre artistique critique et subjective visant à exposer un mode de pensée qu’Anders Breivik est loin d’être le seul à pratiquer.
Dans toute l’Europe, des groupes appartenant au radicalisme de droite ont fait leur apparition, et il est de notre devoir, pour nous-mêmes, notre démocratie et nos concitoyens musulmans, d’étudier l’idéologie xénophobe qui est à la base de l’action fatale de Breivik.
Nous nous devons d’affirmer que cette tragédie, loin d’être l’œuvre d’un imbécile, est un acte politique. Si nous tournons le dos et rangeons le manifeste aux oubliettes, comme l’a proposé un responsable politique danois, nous perdons toute opportunité de comprendre et donc de prendre nos distances en connaissance de cause et tenter d’empêcher que cela se reproduise.
Le timing est peut-être mauvais, l’événement trop proche. Mais je ne sais pas quel moment sera le bon et qui doit en décider.
Il m’a donc paru nécessaire de commencer la lecture du Manifeste 2083 afin de comprendre, ne serait-ce qu’un peu mieux, à quelle nouvelle forme de terrorisme nous risquons d’être confrontés à l’avenir.
Je ne crois pas que nous puissions attendre plusieurs années pour travailler sous une forme artistique sur le nouveau terrorisme. Ne faut-il pas penser à nos proches qui peuvent être demain les victimes d’une nouvelle tragédie ?
Traduction : Torunn Amiel
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Une majorité de Hollandais semble ne pas avoir lu le journal d'A. Frank ou alors le renie-t-elle comme un faux. L'antisémitisme devient national.
La négation de l’holocauste ne sera pas punie aux Pays-Bas
Le mémorial de l'holocauste à Berlin / Markus Schreiber / AP / SIPA
Un parlementaire néerlandais, Joël Voordewind (parti protestant Christen Unie), avait proposé une loi criminalisant non seulement la négation de l’holocauste, mais aussi sa minimisation. Le gouvernement néerlandais vient de se prononcer contre.
Recrudescence inquiétante de l’antisémitisme
Voordewind justifiait son projet de loi par la recrudescence récente de l’antisémitisme aux Pays-Bas. Et pas uniquement dans les quartiers majoritairement habités par des populations musulmanes, comme le déclarent volontiers Geert Wilders et autres populistes du PVV. Dans les sphères sportives et culturelles aussi, comme en témoigne l’affaire de l’ADO-La Haye.
En mars 2011, les supporters du club de La Haye, après leur victoire contre le club de l’Ajax, ont entonné une chanson "nous allons à la chasse aux Juifs". Deux vedettes du club, Lex Immers et Charlton Vicento, se sont jointes aux supporters et ont même dansé sur le chant antisémite en présence de leur entraîneur et de son assistant, qui n’ont pas cru bon de réagir…
Même si, dans le jargon des supporters de La Haye, "juif" signifie en réalité "joueur de l’Ajax", la fédération néerlandaise de football ne l’a pas entendu de cette oreille et a imposé au club la plus lourde amende infligée aux Pays-Bas. Les joueurs et l’entraîneur ont ensuite présenté leurs excuses.
Ce cas est loin d’être isolé. Au point que Frits Bolkestein, ancien commissaire européen et ex-ministre libéral conseillait aux "Juifs de quitter les Pays-Bas". Ce que 60 % d’entre eux envisageraient selon une enquête réalisée par Giulio Meotti et relayée par le site de droite Xandernieuws…
La liberté d’expression, fondement du modèle néerlandais
Mais la liberté d’expression est un fondement du modèle néerlandais, élaboré au cours des siècles par des communautés religieuses d’abord (luthériennes, catholiques, calvinistes), politiques ensuite (libéraux, socialistes) qui, à travers le respect absolu de l’opinion d’autrui, ont pu maintenir la cohabitation de groupes souvent antagonistes.
Depuis les années 1960, l’afflux massif d’immigrants en provenance des anciennes colonies néerlandaises (Indonésie, Antilles néerlandaises, Surinam) et de tous les coins du monde, ont donné lieu à une refonte de ce modèle en "société multiculturelle", très contestée aujourd’hui.
Dans ce modèle, il n’y a (théoriquement) pas de place pour l’antisémitisme ou toute forme de racisme ou de xénophobie. Mais les tensions entre les différentes communautés s’accroissent, débordant parfois en violences physiques.
La liberté d’expression y compris pour les extrêmes
"La liberté d’expression vaut-elle aussi pour les racistes?", se demandait déjà en 2009 le politologue néerlandais Meindert Fennema1. Il y dénonçait le climat de tensions communautaires et la tentative de certains d’étouffer le débat au nom des droits de l’homme ou de la liberté religieuse.
C’est la justice néerlandaise qui a répondu à la question le 23 juin 2011: elle acquittait en effet Geert Wilders de tous les chefs d’accusation - que ce soit la discrimination ou l’incitation à la haine. Wilders avait, selon la cour, exprimé son opinion sur une religion - l’islam, qu’il avait traité de "religion fasciste" - et non pas discriminé ou appelé à la haine contre un groupe de personnes.
Certains y on vu la fin de la tolérance néerlandaise, mais pour la plupart des médias du pays, c’était la liberté d’expression qui avait gagné ce jour-là.
C’est donc ce respect absolu de la liberté d’expression qui a prévalu dans les critiques émises par le Conseil d’Etat à l’encontre de la proposition de loi de Joël Voordewind. Et dans le refus du gouvernement de donner suite à une criminalisation de la négation de l’Holocauste.
Contraste étonnant avec la France
Cette position contraste violemment avec la position française, où le Parlement puis le Sénat ont voté une nouvelle loi contre la négation ou la minimisation du génocide arménien. Une loi qui empêche désormais journalistes et historiens d’enquêter sérieusement sur le sujet et de mettre au jour une vérité historique divergente - si modestement soit-il - de la "vérité légale".
Ce type d’intervention est très mal compris aux Pays-Bas. Les partisans d’une telle loi sont très peu nombreux, à gauche comme à droite. Geert Wilders, pourtant fervent partisan d’Israël et qui se prononçait dernièrement pour que le gouvernement néerlandais présente ses excuses aux Juifs pour son inaction lors des déportations de la deuxième guerre mondiale, suggère d’envoyer "les négateurs de l’Holocauste chez le psychiatre" plutôt que de légiférer en la matière…
Quatre génocides reconnus par l'ONU
La sanction pénale à l’encontre des propos négationnistes n’est pas le simple fait des États, mais bien une prescription communautaire. Dans sa décision cadre de 2008 sur "la lutte contre le racisme et la xénophobie", l’Union européenne signifie aux États que sont punissables en tant qu’infractions pénales "l'apologie, la négation ou la banalisation grossière publique des crimes de génocide, des crimes contre l'humanité ou des crimes de guerre tels que définis dans le Statut de la Cour pénale internationale".
Si la CPI ne les énonce pas, l’ONU reconnait quatre génocides:
- La Shoa,
- Le génocide arménien de 1915,
- Le génocide rwandais,
- Et celui des Musulmans de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine.
Le rapport de l'association Liberté pour l'Histoire, présidée par l'historien Pierre Nora, fait le point sur l'adoption de cette directive dans les différents pays européens. Il y a donc d’abord ceux qui s’y tiennent, totalement ou partiellement. La France vient de faire un pas de plus dans ce sens, après le vote du Sénat ce lundi, qui ouvre la voie à une loi pénalisant la négation du génocide arménien de 1915.
Il y a surtout l’Allemagne. Depuis 1994, quiconque "justifie, nie ou minimise" publiquement les crimes commis "sous le régime nazi" (art. 130.3 du Code pénal) sont passibles d’une peine maximale de 5 ans d’emprisonnement ou d’une amende. Les crimes commis en dehors de sa propre Histoire et des crimes jugés par le Tribunal de Nuremberg ne sont en revanche pas soumis à ce dispositif pénal.
L’Autriche, la Belgique ou la Roumanie punissent également de manière spécifique la négation de l’Holocauste, sans mention des autres génocides.
Plus volontaristes, l’Espagne, le Portugal, Malte, ou encore la Hongrie pénalisent le négationnisme de tout génocide ou crime contre l’humanité, sans exception.
Ceux qui rejettent la pénalisation du négationnisme
Cinq pays ont décidé de ne pas recourir au pénal. Le Royaume-Uni a botté en touche la décision-cadre de l’UE, arguant que son Public Order Act la couvrait d’ores et déjà. En réalité, ce texte, daté de 1986, se contente de réprimer tout acte d’incitation à la haine raciale, sans mention du négationnisme de génocide.
L’Irlande (Prohibition of Incitement to Hatred Act de 1989), les Pays-Bas (article 137, alinéas c, d et e, du Code pénal), le Danemark (article 266.b, CP) et la Suède (chapitre 16, section 8, CP) ont fait de même.
Ces quatre États sont fermement opposés à la décision-cadre de l’UE dont ils refusent les références à des événements historiques précis. Et ce pour une et même raison: la liberté d’expression.
[1] Geldt de Vrijheid van Meningsuiting ook voor Racisten? H.J. Schoo-lezing, Amsterdam, 2009.
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La Ligue Arabe est présidée par le Qatar après avoir racheté le tour de présidence aux Palestiniens. Ainsi, il peut contrôler les infos de Syrie.
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Mondialisation.ca, Le 27 janvier 2012
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Depuis le début des événements qui endeuillent la Syrie, deux versions des faits s’opposent : pour les Occidentaux et leurs alliés du Golfe, le régime réprime dans le sang une révolution populaire, tandis que pour la Syrie et ses alliés du BRICS, le pays est attaqué par des groupes armés venus de l’extérieur.
Pour faire toute la lumière sur ces événements, la Ligue arabe a créé une Mission d’observation composée par des personnalités nommées par chaque État membre (sauf le Liban qui n’a pas souhaité participer). Cette diversité des experts garantit l’impossibilité de manipuler le résultat, leur nombre (plus de 160) et la durée de leur mission (1 mois) permet de dresser le tableau bien plus large que tous ceux dont on disposait précédemment. A ce jour, aucun organisme tiers ne peut prétendre avoir conduit une enquête aussi vaste et aussi rigoureuse, et par conséquent ne peut prétendre mieux connaître la situation en Syrie.
Le Comité ministériel de la Ligue Arabe, chargé du suivi du Plan arabe et composé de 5 États sur les 22 membres de la Ligue (Algérie, Égypte, Oman, Qatar, Soudan) a validé le rapport de la mission par 4 voix contre 1 (celle du Qatar) et a décidé de prolonger d’un mois la mission des observateurs.
Le problème c’est que le rapport confirme la version du gouvernement syrien et infirme celle des Occidentaux et des monarchies du Golfe. Notamment, il atteste qu’il n’y a pas eu de répression létale de manifestations pacifiques et que tous les engagements pris par Damas ont été scrupuleusement respectés. Il valide aussi le fait capital que le pays est déstabilisé par des groupes armés, responsables de centaines de morts parmi les civils syriens et de plusieurs milliers dans les rangs de l’armée, ainsi que plusieurs centaines d’actes de terrorisme et de sabotage.
C’est la raison pour laquelle le Qatar cherche désormais à empêcher la diffusion du rapport par tous les moyens. En effet, celui-ci se révèle être une véritable bombe pouvant se retourner contre lui et son dispositif de communication.
Le Qatar exerce actuellement la présidence de la Ligue ; non pas que son tour soit venu pour cela, mais parce qu’il a acheté à l’Autorité palestinienne son propre tour de présidence.
La présidence de la Ligue a donc décidé de ne pas diffuser le rapport de la Mission d’observation, de ne pas le traduire, et même de ne pas placer la version originale arabe sur son site internet.
Le risque pour l’Émirat wahhabite est énorme. Si par malheur le public occidental avait accès au rapport, c’est bien au Qatar et à ses relais qu’il risquerait de demander des comptes en matière de démocratie et d’implication dans le massacre de populations.
11:49 Publié dans Echanges continentaux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : www.mondialisation.ca


