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07/08/2011

Les attentats d'Oslo ont réveillé l'intérêt des Européens sur ces pays du Nord qui ont marqué durablement nos pays voir fondé nos empires.

8 juin 793

Première incursion des Vikings
 
 

Le 8 juin 793, des hommes venus du nord sur de longs bateaux pillent le monastère de l'île anglaise de Lindisfarne. En quelques heures, ils remplissent leurs bateaux d'un riche butin : objets d'art, métaux précieux, esclaves...

Leur brève incursion suscite l'épouvante jusqu'à la cour du roi des Francs, le futur Charlemagne. Il est vrai qu'ils ne font pas les choses à moitié.

Peu nombreux, ils tombent sur leur proie par surprise puis pillent et tuent avec des raffinements de cruauté. En mutilant horriblement leurs victimes, en incendiant tout sur leur passage, ils entretiennent autour d'eux une réputation de violence qui enlève à quiconque l'envie de leur résister autrement que par la fuite.

André Larané.
 
Terreur et guerre psychologique

Ces guerriers d'un genre nouveau sont désignés par leurs contemporains comme les hommes du nord (Nortmanni ou Normands dans les langues germaniques de l'époque). Eux-mêmes s'appellent Vikings, ce qui signifie «guerriers de la mer» dans leur langue, le norrois (le radical vik signifiant port comme dans Reikjavik). Ils appartiennent à des peuples apparentés aux Germains qui habitent la Scandinavie (aujourd'hui, Danemark, Suède et Norvège).

C'est par un abus de langage que l'on désigne l'ensemble de ces peuples du nom que ceux-ci donnaient à la minorité de mauvais garçons qui choisissaient l'aventure maritime, le pillage et la guerre !

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ces peuples ont atteint un haut degré de civilisation. Ils pratiquent l'élevage et l'agriculture dans un réseau de villages paisibles. Ils maîtrisent très bien la métallurgie du fer et sont de bons forgerons. Ils jouissent d'une organisation sociale solide et cultivent la poésie épique en se racontant les mythes de leurs dieux et de leurs héros.

Mythologie nordique

Les Vikings pratiquent une religion polythéiste (*) organisée autour de trois divinités principales :
- Odin, dieu principal (équivalent de Zeus chez les Grecs et Jupiter chez les Romains),
- Thor, son fils, dieu du tonnerre (dont on retrouve le nom dans le mot anglais thursday, le jour de Thor, ou jeudi),
- Freyr, le dieu de la fertilité et des récoltes (que l'on retrouve dans le mot anglais friday, le jour de Freyr, ou vendredi).
À ces divinités bienfaisantes s'oppose le mauvais génie Loki, qui provoquera la fin du monde.

Les Vikings croient en une vie après la mort. Les guerriers morts au combat sont appelés à rejoindre le Walhalla (ou paradis), où les attendent de belles Walkyries. La gravure ci-dessus représente l'arrivée d'un guerrier au Walhalla. Il est monté sur Sleipnir, le cheval à 8 jambes du dieu Odin.

Les Vikings sont quelques poignées de mauvais garçons réfractaires à cette existence. Ils se retrouvent dans les ports et là, bénéficiant d'un savoir-faire multiséculaire dans la navigation, ils empruntent des bateaux et partent en quête d'aventures et de gloire.

«À la différence des Hongrois et des Sarrasins, leurs contemporains, les Vikings ne sont pas seulement des pillards. Ce sont aussi des civilisateurs. A preuve l'abondance du vocabulaire nautique qu'ils nous ont légué,» note l'historien Régis Boyer. «Leur mauvaise réputation, en partie usurpée, vient de ce qu'ils s'attaquaient en priorité aux lieux désarmés, à savoir les églises et les monastères, qu'ils pillaient et brûlaient. Et qui lésaient-ils de la sorte ? Avant tout les clercs, autrement dit les personnes qui avaient à charge d'écrire les chroniques de leur temps».

Knörr, knarr, Langskip et drakkar

Les bateaux des Vikings sont connus sous leur nom norrois de knörr (on écrit aussi knarr). Ils ont une apparence fragile. Non pontés, à fond plat, dotés d'une grande voile carrée, ils n'en sont pas moins capables d'affronter les océans et de remonter les fleuves. Leur proue représente une figure d'animal (bélier, bison, grue....) qui donne son nom au navire.

Les plus allongés de ces bateaux (une vingtaine de mètres de long sur cinq de large) sont appelés Langskip. Ils transportent une vingtaine d'hommes et éventuellement des chevaux.

Selon l'historien Régis Boyer, le mot drakkar par lequel les Français désignent les bateaux vikings aurait été inventé à l'époque romantique, par allusion au dragon de la proue et avec deux k pour faire plus exotique !!!

Multiplication des raids

Malgré son succès, le raid des Vikings à Lindisfarne reste longtemps sans suite. C'est seulement après la mort de l'empereur Charlemagne, en 814, que, profitant de la division des Francs, les Vikings multiplient leurs incursions en Occident. Ils occupent une moitié de l'Irlande et envahissent l'Angleterre en 865.

Sur le continent, des Vikings venus du Danemark occupent l'archipel de la Frise, au nord des Pays-Bas actuels, à la fin du IXe siècle. Mais ils sont défaits par le roi de Germanie Arnoul de Carinthie le 1er septembre 901 à Louvain.

Plus au sud, ils remontent la Seine et la Loire. Ils attaquent Paris en 845 avec leur violence coutumière. Quelques rares seigneurs francs sont en état de leur résister. Parmi eux Robert le Fort, ancêtre des futurs rois de France. En 886, les Vikings tentent une nouvelle fois de piller Paris mais ils sont repoussés après un long siège grâce à l'énergie du comte Eudes, fils de Robert le Fort, et de Gauzlin (ou Josselin), abbé de Saint-Germain des Prés et évêque de la ville (son succès vaudra à Eudes d'être couronné roi par ses pairs, les seigneurs de Francie occidentale).

Leurs épouvantables bateaux (knörr) atteignent même les rivages italiens après avoir franchi le détroit de Gibraltar.

À la même époque, d'autres guerriers normands, les Varègues, ou gens de l'Est, traversent la mer Baltique. Ils dominent et séduisent les habitants du cru, des Slaves qui appellent les nouveaux venus du nom de «Rus», d'après le vieux norrois «Rothsmenn» (de rothr, ramer) qui désigne les marins suédois qui remontaient les rivières à la rame... De là le nom de la future Russie !

Un des chefs varègues, Riourik (ou Riurik), fonde en 860 la principauté de Novgorod, entre les villes actuelles de Saint-Pétersbourg et Moscou. Son fils Oleg le Sage fonde en 879 une nouvelle principauté à Kiev, plus au sud (aujourd'hui capitale de l'Ukraine). Cette principauté sera à l'origine de l'État russe et c'est de la descendance de Riourik et Oleg que sortiront les premiers tsars !

Descendant les fleuves russes, certains Varègues en viennent à mettre le siège devant Constantinople, la prestigieuse capitale de l'empire byzantin !

Ce n'est pas tout. Au cours du même siècle, des Vikings de Norvège atteignent l'Islande (un nom qui signifie «île de glace»). Ils entament la colonisation de l'île en 874 et mettent en place ce qui serait le premier Parlement du monde, à savoir une assemblée annuelle, le Althing, où chaque homme libre pouvait réclamer justice et faire valoir ses droits. Leurs 200.000 descendants constituent aujourd'hui l'une des nations les plus prospères et les plus pacifiques du monde.

Toujours plus fort : l'Amérique !

En 982, le chef viking Éric (ou Erik) le Rouge est contraint de s'enfuir d'Islande à la suite d'un meurtre commis par son père. Il navigue vers l'ouest. Bénéficiant d'une mer dégagée, sans glaces flottantes du fait de l'«optimum médiéval», il accède à une grande île chargée de glace avec quelques maigres prairies sur les littoraux. Il la baptise Groenland, un nom qui signifie «terre verte», histoire d'y attirer des colons !

Le fils d'Éric le Rouge, Leif Ericsson, introduit le christianisme dans la petite colonie du Groenland et part à son tour à l'aventure vers l'ouest avec un petit équipage de 35 hommes. Cela lui vaut d'atteindre une nouvelle terre en l'an 1000 qu'il baptise selon l'endroit Helluland («pays des pierres plates»), Markland («pays des forêts») ou Vinland («pays de la vigne»). Cette terre, qu'il n'arrivera pas à coloniser durablement, ne serait rien d'autre que le Labrador actuel, une grande presqu'île au nord du fleuve Saint-Laurent. Leif Ericsson serait ainsi le premier Européen à avoir atteint l'Amérique !

L'Europe viking

En Europe, pendant ce temps, les farouches Vikings se sont assagis mais n'ont rien perdu de leurs qualités ni de leur courage. En 911, d'après la chronique, le roi carolingien Charles le Simple négocie à Saint-Clair-sur-Epte, à l'ouest de Paris, un traité avec un chef viking connu sous le nom de Rollon (plus facile à prononcer que la version danoise, Hrolfr).

Le Carolingien offre au Viking les territoires situés à l'embouchure de la Seine à condition qu'il empêche toute nouvelle incursion de ses compatriotes. C'est ainsi que Rollon devient comte de Rouen après avoir reçu le baptême dans la cathédrale de Rouen. Qui plus est, le nouveau comte reçoit en mariage Gisèle, la fille du roi carolingien, et très vite ses compagnons et lui-même adoptent les coutumes et la langue de leur nouveau pays.

Un siècle et demi plus tard, son lointain descendant, le duc de Normandie Guillaume le Bâtard, part à la conquête de l'Angleterre. De lui descendent tous les rois d'Angleterre jusqu'à nos jours.

Entre-temps, dans les années 1030, les fils de Tancrède de Hauteville, un descendant des farouches Vikings de Rollon, se rendent en pèlerinage à Jérusalem... Sur le chemin du retour, ils débarquent en Italie du sud. La région est alors sous la domination théorique des Byzantins et en proie à des dissensions entre seigneurs ! Avec leurs hommes, les Normands chassent les Byzantins de la péninsule et y établissent leur propre domination.

En 1061, Robert Guiscard de Hauteville traverse le détroit de Palerme et chasse les musulmans de Sicile. Ses successeurs à la tête du royaume de Sicile s'allieront plus tard à la famille des Hohenstaufen et donneront au Saint Empire romain germanique un étonnant empereur en la personne de Frédéric II, mort en 1250.

Bibliographie

La France s'honore d'un excellent spécialiste des Vikings et de la Scandinavie en la personne de Régis Boyer, ancien professeur de l'Université Panthéon-Sorbonne (Paris IV). Son ouvrage le plus connu est disponible en collection de poche : Les Vikings, Histoire et civilisation (Perrin, Tempus).

Gallimard Jeunesse a publié un intéressant livre destiné aux adolescents (et à leurs parents) : Sur les traces des Vikings, par Yves Cohat et Estelle Girard (octobre 2003, 128 pages, 10 euros).

10:45 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : www.herodote.net

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