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16/08/2011

Un danger bien plus grave que la crise financière et même une 3ème guerre mondiale guette les Moscovites. 12 millions risquent la noyade.

Dans les entrailles de la capitale russe

Hugo Natowicz
18:56 15/08/2011
 
"Impressions de Russie" par Hugo Natowicz
 

Que cachent les sous-sols de l'immense mégapole moscovite?

Bien qu'épargnée par les risques sismiques de grande ampleur, la capitale russe a la particularité d'être sise sur des sols instables (calcaire, gypse, et sel). En 2008, les journaux russes rapportaient qu'un immeuble d'élite flambant neuf était construit juste au-dessus du lit souterrain d'une rivière asséchée, la Kotlovka. La découverte avait été faite au hasard d'une promenade dans les égouts par une bande de spéléologues amateurs, les "diggers" dont le hobby est d'ausculter les entrailles de la ville. Une partie de l'édifice de plus de 20 étages avait même commencé à s'affaisser dans le réseau des égouts.

L'anecdote révélait de sérieuses lacunes dans l'étude des terrains moscovites, ainsi que les risques inhérents au sous-sol, ponctué de vides et de nappes d'eau. Un vrai gruyère, qui provoque des effondrements réguliers: entre 2006 et 2010, les événements se sont multipliés, les autorités s'avérant impuissantes à endiguer le phénomène.

Les "diggers", ces mystérieux spéléologues, sont peu bavards sur leurs ballades dans les profondeurs. Très fermées, les organisations recrutent leurs membres sur le modèle d'une société secrète, les "anciens" recommandant les nouveaux, qui subissent des épreuves en bonne et due forme pour tester leurs capacités physiques, et pour s'assurer qu'ils ne fassent pas partie d'un réseau terroriste. Dans une interview publiée en 2002 par le très sérieux Nezavissimaya gazeta à l'occasion des 25 ans du "mouvement", le leader du groupe des "Diggers de la planète underground" dévoilait pourtant certaines anecdotes à caractère "non sensible".

Les sous-sols constituent un espace stratégique truffé de secrets d'Etat, ce qui pousse les diggers à croiser régulièrement la route des services spéciaux. Les spéléologues confiaient notamment avoir découvert au dessous d'un hôpital un ascenseur descendant à des dizaines de mètres sous terre, sous la stricte surveillance d'un vigile. Les accès à ce lieu furent par la suite obstrués avec leur collaboration. Ils racontent également avoir croisé des hommes en armes vêtus d'un uniforme de combat noir, dotés d'un excellent système d'éclairage. Les forces de l'ordre ont formellement indiqué qu'il ne s'agissait pas de leurs hommes…

Les descentes dans les tréfonds sont autant de plongées dans le temps. Staline et Khrouchtchev sont loin d'être les seuls à avoir cédé à la tentation des sites souterrains: une série de conduites datent de Sofie Paléologue, grand-mère d'Ivan le Terrible, qui a lancé la mode des souterrains. Les spéléologues disent avoir découvert des artères souterraines creusées au XIIe siècle, qui les ont menés à des constructions plus anciennes encore.

Mer souterraine?

Quittons un peu les faits objectifs pour la science-fiction. Le site souterrain le plus inquiétant serait certainement une véritable mer d'eau salée qui s'étendrait sous la capitale russe. Entourée de mystère, elle aurait été découverte par l'académicien Goubkine, lors d'une mission visant à rechercher du pétrole à Moscou et dans sa région. A défaut d'or noir, il révélait l'existence d'un gigantesque réservoir d'eau salée, qu'il jugeait être les restes d'une mer qui recouvrait jadis la plaine russe centrale. Par ses contours, elle déborderait les limites du périphérique qui ceinture la capitale. Les eaux salées, recouvertes de nappes d'eau douce, débuteraient à partir de 1.300 m de profondeur. Une série de puits auraient d'ailleurs été creusés afin d'y puiser de l'eau salée.

L'existence présumée de cette mer suscite des craintes des blogueurs amateurs de scénarios-catastrophe: "Un danger bien plus grave que la crise financière et même une troisième guerre mondiale guette les Moscovites. Les autorités russes sont au courant et cachent la situation aux Moscovites. Il s'agit de ce qu'on appelle la 'mer souterraine' de Moscou", écrit le club de diggers "Spas" dans un communiqué. Selon ses dires, à certains points de la ville, seuls 500 à 700 mètres sépareraient la surface de cette "mer souterraine" du sol… La construction intensive conjuguée aux lacunes immanentes des terrains moscovites ont provoqué un affaiblissement "catastrophique" du sol séparant les Moscovites des abysses, soumis à une pression extrême.

Priés de faire le point sur la situation relative à cette "mer souterraine", le département des études géophysiques du renseignement maritime a mené une étude entre 1988 et 1990. Il en concluait que Moscou était située sur deux failles tectoniques, soit quatre plaques tectoniques générant une énorme pression mutuelle.

Toujours est-il que les problèmes liés aux affaissements de terrain ne s'améliorent pas. Au point qu'en 2007, une série de laboratoires étaient mis en place afin de scanner les terrains et de réaliser un suivi. Signe que les autorités prennent le problème au sérieux, une carte 3D de Moscou est en cours de conception, notamment dans le but d'exclure les risques d'effondrements. Prix de la question: 3 milliards de roubles.

En attendant, les géologues tirent la sonnette d'alarme: la construction intensive doit cesser. Il est nécessaire de composer avec la fragilité des terrains sur lesquels repose l'immense mégapole, et de sensibiliser sur la question quelque 12 millions de Moscovites.

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