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25/08/2011

La Corée du Nord accepte le transit par pipeline du gaz russe vers le sud de la péninsule. C'est une ouverture révolutionnaire du pays.

La Russie propose une nouvelle approche de la résolution du problème coréen

Fedor Loukianov
09:00 25/08/2011
"Un monde changeant" par Fedor Loukianov

Chaque déplacement du dirigeant nord-coréen Kim Jong-Il suscite énormément d’intérêt, car cet homme politique ne voyage pratiquement jamais. Seule dérogation à la règle: les visites relativement régulières en Chine, ainsi qu’en Russie – une fois tous les dix ans.

Pour cette raison, son voyage actuel en Sibérie est un événement extraordinaire. Parler de percée diplomatique serait inapproprié en raison de l'extrême spécificité du régime de Pyongyang. Néanmoins, la visite actuelle, dont on il ne faut attendre aucun résultat concret (de toute façon il ne serait pas annoncé) offre une chance de sortir de l’impasse politique dans la péninsule de Corée. Cette tentative est importante car l’ancienne approche ne fonctionne pas.

Depuis la première moitié des années 1990, lorsque le problème du programme nucléaire nord-coréen a été soumis à l’ordre du jour de la communauté internationale, le processus de règlement a franchi diverses étapes, mais le modèle de base demeurait immuable. Les forces extérieures considéraient Pyongyang comme une anomalie qui, après avoir survécu à l’effondrement du socialisme mondial, est une menace indéniable pour la paix et ses voisins. Pour sa part, la Corée du Nord s’efforçait de maintenir sa réputation de marginal extravagant capable de tout, car Pyongyang avait compris que c’était le seul moyen de se protéger contre la pression et même le changement de régime.

Dans la mesure du possible la Corée du Nord renforçait son potentiel le plus ostensiblement possible, afin que personne ne fût tenté de le faire. Et les pays occidentaux et la Corée du Sud alternaient leur pression, qui conduisait inexorablement à la radicalisation de Pyongyang, avec des promesses économiques, vu que la situation au Nord a toujours été au bord de la catastrophe. La Corée du Nord s’est rapidement rendu compte que le chantage portait ses fruits.

Toutefois, l’idée que l’intimidation des voisins était le seul moyen pour la Corée du Nord de rançonnement économique a poussé Washington et Séoul sur la mauvaise voie. Selon le schéma actuel, on promet une aide généreuse à la Corée du Nord si elle accepte de renoncer au programme nucléaire. Cela aurait pu marcher 15 ans auparavant. Mais depuis la fin des années 1990, après la Yougoslavie, l’Afghanistan, l’Irak et la Libye, la possession de l'arme nucléaire est considérée par Pyongyang comme la seule garantie de son intégrité, et non pas comme une monnaie d’échange.

Pour cette raison, le "deal" proposé n’est pas équitable. Les relations mutuelles évoluent dans un cercle vicieux, toutefois la tension croît avec les années, et les crises sont de plus en plus dangereuses. Il suffit de se rappeler les essais nucléaires, l’incident avec la frégate Cheonan et le bombardement de l’île sud-coréenne de Yeonpyeong. Il est à noter que dans chaque cas les circonstances de l’affaire étaient floues.

L’initiative russe prévoit une autre approche capable de changer l’algorithme. La construction d’un gazoduc reliant la Russie et le Sud de la péninsule de Corée changerait le statut de Pyongyang. D'écornifleur la Corée du Nord deviendrait un partenaire dans un important projet régional. Elle se retrouverait dans la position adoptée par l’Ukraine à l’égard de la Russie, et par la Géorgie à l’égard de l’Azerbaïdjan. Cela promet à la Corée du Nord non seulement du gaz, mais également des revenus pour le transit. Et surtout, cela signifiera l’adhésion de la Corée du Nord au système d'interdépendance économique, ce qui pourrait initier un changement positif d'atmosphère.

La mise en œuvre de ce scénario pourrait rencontrer beaucoup d’obstacles. Premièrement, bien que le comportement de Pyongyang, contrairement aux convictions de l’Occident, obéisse à une certaine logique, la méfiance confinant à la paranoïa est lourde de conséquences surprenantes. Deuxièmement, il est impossible de garantir l’attitude positive de Séoul. Le projet gazier est, certes, profitable à la Corée du Sud, non seulement politiquement mais également commercialement.

Mais le gouvernement de Lee Myung-bak critique violemment la politique de conciliation de ses prédécesseurs et adopte une position très ferme à l’égard du Nord. Troisièmement, l’attitude américaine n’est pas claire. Le projet russe offre une chance de faire progresser la situation, au point mort depuis longtemps, et ce dans l’intérêt de tout le monde. Mais l’Asie orientale est une région trop importante, avant tout en raison de la croissance de l’importance de la Chine. Washington ne veut pas perdre l’initiative.

Ainsi, la question est de savoir si les Etats-Unis interpréteront les actions russes comme une tentative de leur souffler le premier rôle. Par contre la Chine ne devrait pas s’y opposer, car elle est favorable à tout ce qui diminue la tension et renforce le statut quo.

Pour la Russie, le projet coréen est une chance réelle de renforcer ses positions en Asie, et cet objectif sera fondamental dans les années à venir. Dans la péninsule de Corée, Moscou est considéré comme une force neutre, ce dont aucun autre acteur ne peut se prévaloir. Ainsi, il existe des perspectives de progrès.

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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