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25/08/2011

Quelle forme de guerre pour le futur? Interétatique, avant-hier; le terrorisme "asymétrique hier; et l'hybridation de nos jours.

2001-2011.

11-Septembre, dix ans après

 
www.valeursactuelles.com
En crise aiguë, le terrorisme islamiste a (presque) perdu la partie. Mais le danger est en nous : dans le refus de voir certaines réalités en face. Dans un livre choc, Xavier Raufer plaide pour la lucidité.

Et si l’obsession légitime de vaincre le terrorisme de masse dont l’assomption fut la destruction des tours du Word Trade Center par les fanatiques d’Al-Qaïda nous empêchait de nous préparer à la prochaine guerre ? C’est, en deux mots, la thèse défendue par Xavier Raufer, dont nos lecteurs lisent chaque mois les chroniques, et qui signe chez Plon un essai à la fois dérangeant et lumineux sur l’après-Ben Laden.

Dérangeant, Raufer l’est, pour ainsi dire, par profession. Criminologue, il n’a de cesse de déceler sous l’écume des faits les lignes de force des conflits à venir, bref à prévenir pour mieux guérir. Ce qui fait de lui le contraire d’un pessimiste, puisque, plaide t- il, rien n’est inéluctable pour qui sait réagir à temps. Depuis près de trois ans, il a même défié les adeptes du catastrophisme en annonçant régulièrement la fin prochaine de la nébuleuse Ben Laden en même temps que le discrédit de ses adeptes dans les opinions arabes, traversées désormais par d’autres courants, tout aussi dangereux, parfois, pour les États concernés (le salafisme politique en Égypte, le Hezbollah au Liban, etc.) mais à coup sûr moins aptes à porter la destruction au coeur du monde développé.

Il constate aujourd’hui : « En dehors de quelques États en guerre (Afghanistan-Pakistan, et encore), rien ne s’est produit après l’élimination de Ben Laden. Dans quelques mégapoles musulmanes, quelques fanatiques portant le portrait du défunt, seuls ô combien, parmi des foules indifférentes. Des menaces bien molles. Des appels à la vengeance bien mièvres. »

Et pourtant, déplore-t-il, la plupart des services secrets attachés à la lutte antiterroriste continuent de recourir à des grilles de lecture élaborées dans la foulée du 11-Septembre, à partir de modèles largement inspirés par les mathématiques et l’informatique. Il nous apprend ainsi que la CIA a chargé un chercheur de la Hoover Institution, Bruce Bueno de Mesquita, d’effectuer un millier de prévisions relatives à la sécurité nationale à partir d’un logiciel inspiré de la théorie des jeux. Fondé sur « un classique schéma béhavioriste, qui suppose égoïsme et comportement rationnel chez tout être humain confronté au besoin d’agir », ce modèle, explique Raufer, serait censé percer à jour les projets des organisations criminelles en modélisant rien de moins que le cerveau humain !

Pur produit du « fétichisme technologique », cette ambition, déplore-t-il, ne peut que scléroser notre capacité d’analyse : « Que signifie “rationnel” pour un ayatollah, ou pour le chef d’un cartel ? Probablement pas la même chose que pour un ingénieur en informatique, ou pour un professeur de philosophie. Pis : toutes les menaces émergentes ayant la commune caractéristique d’être quasi incalculables et incommensurables, un système seulement nourri de faits passés (comme l’est toute base de données informatisée) peut-il, dans un tel contexte, restituer autre chose que du rétrospectif ? Comment alerter sur des évolutions – souvent brutales en cas de crise – à partir d’éléments déjà connus et stockés dans des mémoires d’ordinateurs ? Si cela se pouvait, Echelon, le plus grand réseau planétaire d’espionnage électronique, aurait décelé puis permis de prévenir les attentats du 11-Septembre… »

Voilà pourquoi Xavier Raufer en appelle à la capacité d’étonnement des spécialistes du renseignement. Celle qui, de tout temps, a fait la différence entre le tacticien, rompu à reproduire des recettes éprouvées, et le stratège, intéressé d’abord par ce qui change chez l’ennemi afin de le frapper là où il se croit invulnérable.

En l’occurrence, aujourd’hui, l’argent. Et voilà bien ce que reproche Raufer aux gouvernements occidentaux : sous-estimer la dimension financière d’une criminalité organisée, qui profite pleinement de la mondialisation pour s’extraire du contrôle des États.

Dans le meilleur des cas, en s’insinuant dans le système en vigueur (les mafias qui blanchissent leurs profits dans les paradis fiscaux, les escrocs à la Madoff qui ratissent les naïfs de New York au Cap et de Moscou à Dubai), et dans le pire, qui devient la règle, notamment en Amérique du Sud, en constituant de véritables “zones grises” à l’intérieur des frontières géographiques des États. C’est ce que Raufer nomme “l’hybridation” des réseaux criminels et terroristes, dont l’Aqmi, épigone d’Al-Qaïda en Afrique, est un parfait exemple, tout comme le Hezbollah au Moyen-Orient : des réseaux au sein desquels l’idéologie politique ou religieuse le dispute aux ressorts classiques de l’industrie du crime, tout en disposant de moyens militaires sans rapports avec ceux des anciennes guérillas révolutionnaires ! « Aujourd’hui, le Hezbollah a ses drones, le Hamas, ses missiles à longue portée, certains cartels de la drogue des sous-marins performants, dont certains font 30 mètres de long… Récemment même, les Tigres tamouls possédaient quelques rustiques bombardiers légers ! »

L’hybridation, voici donc l’ennemi d’aujourd’hui, et plus encore de demain. Un ennemi que nous sommes d’autant moins préparés à combattre que nous avons négligé de nous y intéresser, occupés que nous étions à nous prémunir contre les menaces classiques (la guerre interétatique, avant-hier ; le terrorisme “asymétrique” hier). Mais un ennemi que, par son travail, Xavier Raufer contribue magistralement à nous faire connaître. Eric Branca

Quelles guerres après Oussama Ben Laden, de Xavier Raufer, Plon, 150 pages, 16 €.

À lire également sur valeursactuelles.com : L'après-Ben Laden selon Xavier Raufer

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