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01/09/2011

Revenons sur une anticipation de www.leap2020.eu datant de mai 2011 qui avère l'actualité avec une analyse objective et un pronostic affûté.

Quand Athènes vise à cacher Londres et Washington

- Extrait GEAB N°55 (15 mai 2011) -    

Quand Athènes vise à cacher Londres et Washington
La Grèce est de retour en une des médias anglo-saxons. Alors, comme l'année dernière à la même époque, il faut chercher non pas la « femme » mais « la poutre dans l'œil » de Washington ou de Londres. L'année dernière, la « crise grecque » avait été utilisée pour détourner l'attention du risque majeur britannique incarné par une situation budgétaire explosive et une situation politique dangereuse (avec des élections sans parti majoritaire). L'opération avait réussi à éviter que le monde se rende compte que le Royaume-Uni s'était « FMIsé » tout seul comme l'a montré la mise en place d'un plan de coupes budgétaires drastiques dans les trimestres qui ont suivi, que même le FMI version 2011 (moins idéologique qu'il y a quelques années) aurait hésiter à imposer à la Grande-Bretagne.

Mais c'était une victoire à la Pyrrhus sur deux aspects essentiels. D'une part, elle avait poussé l'Euroland a réalisé un coup d'état au sein de l'Union Européenne, marginalisant définitivement le Royaume-Uni et précipitant l'émergence d'un « nouveau souverain » qui s'étoffe chaque trimestre un peu plus en terme de processus de gestion de crise financière et de gouvernance (1). D'autre part, la « FMIsation » de la politique britannique (2), habillée d'un concept vide de sens comme la « Grande Société » de David Cameron, s'avère un an plus tard un échec social, économique et budgétaire : le fait qu'au premier trimestre 2011, la Grèce, affligée de toutes les tares par la presse anglo-saxonne, a réalisé une croissance supérieure à celle du Royaume-Uni, voilà ce sur quoi devraient titrer les médias !

Ainsi, selon notre équipe, le grand retour de la Grèce dans les médias financiers, y compris avec des concepts aussi aberrants que la sortie de la Grèce de la zone Euro, est signe d'une nouvelle crise grave au Royaume-Uni, et cette fois-ci aux Etats-Unis également car les médias américains sont très en pointe sur le sujet. Nous avons déjà identifié dans les GEAB précédents l'évènement américain à camoufler : il s'agit de l'impossible fin du QE2 (voir précédemment ses conséquences sur les Bons du Trésor US et le Dollar (3)).

Pour le Royaume-Uni, c'est une sorte de retour à la situation ex-ante de mai 2010, mais dans un état bien pire car toutes les cartouches ont été tirées. Il y a à nouveau une crise politique suite à l'effondrement des Lib-Dem, partenaires des Conservateurs dans la coalition actuellement au pouvoir. Les Libéraux-Démocrates viennent de comprendre qu'ils ont été les « dindons de la farce » (4) et vont refuser dorénavant de cautionner les mesures budgétaires les plus dures du gouvernement Cameron. L'ambiance politique britannique s'oriente donc à nouveau vers l'instabilité chronique qui avait été évitée de justesse en mai dernier ; y compris désormais une perspective d'éclatement du pays avec la perspective d'un probable référendum sur l'indépendance de l'Ecosse suite au raz-de-marée électoral des indépendantistes écossais (5).

Et désormais l'instabilité sociale s'est installée, illustrée par l'immense manifestation d'avril dernier si peu couverte par les médias alors qu'on a pu constater combien une manifestation de faible importance à Athènes faisait à nouveau la une partout. Parallèlement tous les chiffres macro-économiques se détériorent (6) et les besoins de financement public ne régressent pas, orientant le pays vers un nouveau risque de crise de la dette publique.

Le second semestre 2011 verra certainement de nouveaux rebondissements dans la crise des dettes publiques de la périphérie de l'Euroland. Mais comme nous l'avons indiqué dans le GEAB N°50, la principale conséquence en sera la décision par l'Euroland de faire payer une partie des coûts par les investisseurs, banques comprises. Mais nous insistons sur le fait que les têtes de file des pays qui vont contribuer à cette fusion explosive de la crise au second semestre seront non pas la Grèce, le Portugal ou l'Espagne, mais les Etats-Unis (7), le Royaume-Uni et le Japon (qui est désormais également en première ligne du choc à venir, coincé entre sa récession post-tsunami et son endettement public faramineux sans aucun leadership politique crédible (8)).

 
Pourcentage des pertes d'emploi en Europe et aux Etats-Unis (2005-03/2011) (en % d'évolution du taux d'emploi, en fonction du nombre de mois) - Sources : Berruyer-LesCrises, Eurostat, 05/2011
Pourcentage des pertes d'emploi en Europe et aux Etats-Unis (2005-03/2011) (en % d'évolution du taux d'emploi, en fonction du nombre de mois) - Sources : Berruyer-LesCrises, Eurostat, 05/2011    

 

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Notes:

(1) Nous rappelons que notre équipe ne fait qu'analyser objectivement les faits. Le fait d'apprécier ou non l'intégration européenne et la monnaie unique n'ont rien à voir en la matière. Ceux qui prédisaient l'éclatement de la zone Euro ont eu tort et se trompent chaque jour un peu plus puisque, au contraire, l'Euroland est désormais équipé pour résister à la crise financière (alors qu'il était sans défense il y a une année seulement). D'ailleurs, nous soulignons que ceux qui ont suivi nos conseils de Mai dernier concernant l'évolution du cours Euro-Dollar ne peuvent que s'en féliciter alors que ceux qui ont écouté les « anti-Euros » et leurs pronostics d'un Euro pour un Dollar ont perdu beaucoup d'argent. Pour conclure ce thème, nous soulignons que, selon LEAP/E2020, il n'y a aucun risque d'éclatement de l'Euroland à moyen ou long terme. Le vrai risque en Europe et dans l'Euroland en particulier est un risque démocratique dans la seconde moitié de cette décennie ; mais pas un risque monétaire. Même les mouvements d'extrême-droite se rallieront à l'Euro car « Paris vaut bien une messe » et car ils n'ont aucune politique économique crédible. Ils endosseront celle de la technostructure en place ; comme toujours. Pour le reste, chacun peut continuer à refuser de regarder la réalité en face et continuer à croire aux vieilles lunes qui le rassurent ou lui permettent de sombrer dans la nostalgie de sa jeunesse incarnée par le Franc, le Mark, la Lire ou le Florin. Pourtant une jeunesse incarnée par une monnaie ne devrait pas porter à tant de nostalgie !

(2) D'ailleurs David Osborne, le ministre britannique des finances se dit désormais très heureux que le Royaume-Uni soit intégré au groupe de sept pays censés être « scrutés » par le FMI. Au moins, les choses deviennent plus claires ! Sources : Independent, 16/04/2011 ; Journal des Finances, 16/04/2011

(3) Comme nous l'avons souligné depuis plusieurs années, il n'y a pas que l'Euro qui va bénéficier de la fin de l'hégémonie du Dollar US. Le Real brésilien, le Rouble russe et la Roupie indienne en seront aussi les grands gagnants comme le reconnaissent maintenant les « experts » et les médias qui n'en croyaient rien il y a encore trois ans. Source : Spiegel, 10/05/2011

(4) Source : New York Times, 11/05/2011

(5) Source : Irish Times, 07/05/2011

(6) Source : The Independent, 28/04/2011

(7) Y compris les faillites d'Etats et de villes. Il suffit de constater que MarketWatch du 13/05/2011 compare désormais Las Vegas à Détroit, ou bien de découvrir avec l’Herald Tribune du 12/05/2011 que les villes « font la manche » auprès des fondations en tout genre, pour mesurer la fragilité croissante de tout le tissu des collectivités locales américaines ; et se poser du même coup, concernant le second article, la puissance réelle d'un Etat qui voit autant d'acteurs économiques échapper aux impôts.

(8) Il faut noter que ce sont ces trois mêmes caractéristiques qui se retrouvent dans les cas japonais, britannique et américain : endettements et déficits publics faramineux, récession et absence de leadership politique crédible (c'est-à-dire compétent et disposant des moyens d'agir). C'est un cocktail explosif pour les trimestres à venir.
 

 

Jeudi 1 Septembre 2011

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