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07/09/2011

Les services israéliens prédisent un "hiver islamiste" suite au "printemps arabe" avec une guerre d'armes de destruction massive.

Carnet de bord d’Aymeric Chauprade : du 3 au 6 septembre

Publié par le 6 septembre 2011 dans Articles
 
Carnet de bord d'Aymeric Chauprade : du 3 au 6 septembre

Les pays du Sud font moins d’histoires que nous pour expulser leurs clandestins. Après l’attentat sanglant contre le siège des Nations unies à Abuja, le 26 août, le Nigeria vient d’expulser 115 immigrés clandestins de la ville nordiste de Kano qui viennent du Niger, du Tchad, du Togo, du Cameroun et du Bénin. Nos médias feraient bien de se pencher sur le durcissement des politiques migratoires des pays d’Afrique subsaharienne. Ils découvriraient, premièrement que la question migratoire n’est pas seulement un problème Nord/Sud mais aussi Sud/Sud, deuxièmement que l’idéologie des Droits de l’Homme n’embarrasse nullement le Tiers-monde. C’est une maladie de l’esprit manifestement réservée aux Européens de l’Ouest.

A propos d’immigration clandestine, arrive ce qui devait arriver avec la chute de Kadhafi et l’on n’entend guère les médias sur ce sujet non plus. De nombreux candidats ouest-africains à l’immigration clandestine profitent de la chute du régime de Kadhafi pour fuir vers l’Europe à travers une Libye devenue passoire. Bien sûr que le chantage à l’immigration de Kadhafi était insupportable ! Mais dans l’ensemble, l’État libyen faisait plutôt écran. L’écran est tombé. Les 2000 km de côtes sur la Méditerranée de la Libye sont désormais hors contrôle. Agadez, aux portes du désert, est revitalisée par l’afflux de ces milliers de candidats à l’émigration.

A propos de la Libye, le 5 septembre, a commencé à Alger une importante conférence sur la sécurité au Sahel. Avant la chute de Kadhafi, il y avait déjà le triple problème Aqmi (Al Qaïda du Maghreb islamique)/rébellions séparatistes (Polisario, Touaregs), trafics en tous genres (immigration clandestine, drogue…). Imaginez maintenant la situation après la chute de Kadhafi : la guerre civile libyenne a dispersé les armes des dépôts de l’armée nationale dans la nature, la guerre des tribus est ouverte, les mercenaires touaregs de Kadhafi sont de retour au pays (à Agadez, au nord du Niger) bourrés d’armes et ils ne vont certainement pas s’arrêter en si bon chemin. Agaly Alambo, chef du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), la rébellion touareg engagée en 2007 dans la région d’Agadez dans une guerre contre le pouvoir central, était en Libye depuis 2009 sous la protection du Guide libyen. Le voilà de retour… En juillet 2001, le président nigérien Mahamadou Issoufou, avait déclaré que plus de 210 000 Nigériens avaient fui la Libye depuis février. 210 000 en 6 mois ; peut-on imaginer l’effet déstabilisateur que cela constitue sur un pays pauvre comme le Niger ? Ces immigrés nigériens envoyaient beaucoup d’argent à leurs familles. Quant aux Touaregs maliens qui ont combattu pour Kadhafi, ils seraient en possession d’armes parachutées par la France pour les rebelles libyens (dans l’ouest de la Libye) selon des sources sécuritaires maliennes.

L’Algérie partage avec la Libye un millier de kilomètres de frontières et les autres pays de la zone (Mali, Mauritanie, Niger) sont aussi inquiets des conséquences du chaos libyen. La Libye présente toutes les caractéristiques pour devenir une nouvelle Somalie, mais cette fois-ci en plein cœur du Sahara et aux portes de l’Europe.

Décidément les perspectives pour le monde musulman ne semblent guère meilleures côté Proche-Orient. Le 5 septembre, un général israélien, Eyal Eisenberg, responsable de la défense passive, a déclaré qu’il fallait s’attendre à un « hiver islamiste » après le « printemps arabe ». Il a précisé sa prédiction en pariant sur le risque d’éclatement d’une guerre totale au Moyen-Orient avec utilisation d’armes de destruction massives. En fait sa déclaration faisait écho à l’inquiétude des milieux militaires et de renseignement israéliens quant… à une éventuelle chute du régime syrien de Bachar el-Assad. Les Israéliens sont des réalistes. Ils ont des problèmes avec l’axe Hezbollah-Syrie-Iran, mais ils ont manifestement appris à les maîtriser. Ils semblent en revanche craindre beaucoup plus la perspective d’un axe sunnite radicalisé les encerclant avec, en Syrie, un chaos islamiste sunnite à la place de l’ordre alaouite. Cette inquiétude est à relier à la tension croissante entre Israël et la Turquie, avec l’annonce le 2 septembre, par le gouvernement turc, de l’expulsion de l’ambassadeur d’Israël à Ankara et la perspective d’une amélioration des capacités offensives (visant les localités du sud d’Israël) du Hamas de la bande de Gaza.

Aymeric Chauprade
blog.realpolitik.tv

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