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10/09/2011

Dissymétrie contre asymétrie. Quelle stratégie adopter? Selon qu'on soit fort ou faible, faire le bon choix de la stratégie: directe ou indirecte.

Pourquoi les faibles sont-ils forts ?

 
Dans How the Weak Win Wars, Ivan Arreguin-Toft se livre à une analyse de 202 conflits asymétriques depuis 1800, c’est-à-dire, dans sa définition, opposant des entités politiques dont les rapports de volumes de population et de forces armées sont supérieurs ou égaux à 5 contre 1.

Le premier résultat de cette étude indique une victoire du plus fort dans seulement 71,5 % des cas, ce qui est déjà surprenant eu égard au rapport de forces écrasant. La répartition dans le temps du pourcentage des victoires est aussi très intéressante. De 1800 à 1849, le fort l’emporte dans 88,2 % des cas ; de 1850 à 1899, 79,5 % ; dans la première moitié du XXe siècle, le chiffre tombe à 65,1 % puis à 48,8 % après 1950. On assiste donc clairement à une difficulté croissante du fort à vaincre le faible.

Plusieurs hypothèses ont déjà été émises pour expliquer cette inefficacité surprenante du fort. Dans son article "Why Big Nations Lose Small Wars", Andrew J.R. Mack, expliquait ce phénomène par une asymétrie d’importance des intérêts entre les adversaires inverse de l’asymétrie des ressources. Pour le faible la guerre est totale, pour le fort elle n’est que limitée et s’arrête lorsque les coûts dépassent les objectifs espérés et suscitent une forte opposition interne. La puissance militaire n’aurait même pas besoin d’être vaincue par les armes pour se retirer du conflit, comme la France en Algérie en 1962 ou les États-Unis au Vietnam en 1972. Cette thèse forte apparaît cependant incomplète. Elle présuppose que le faible adoptera forcément une stratégie de guérilla face au fort et que le conflit sera de longue durée, or, le faible peut aussi tenter une défense conventionnelle (l’Irak de 1991 et 2003) et les conflits asymétriques peuvent également être très brefs (Grenade, 1983). Elle oublie aussi l’incitation à poursuivre provoquée par un engagement déjà important de ressources dans un conflit.

Une théorie proche est celle de Gil Meron, qui considère que les États démocratiques sont handicapés dans leur lutte contre les guérillas par leur difficulté à faire preuve de brutalité, jugée seul moyen de vaincre une guérilla populaire (sous-entendant la supériorité des régimes autoritaires dans ce type de lutte). La réalité historique semble plus complexe. Des méthodes autres que la coercition envers la population civile ont été efficaces (aux Philippines en 1952, par exemple), alors que des régimes autoritaires ont échoué en mettant en œuvre des stratégies très dures, comme l’URSS en Afghanistan ou les Nazis en Yougoslavie.

Ivan Arreguin-Toft considère pour sa part que la meilleure explication réside dans l’interaction des stratégies des deux camps. L’auteur distingue deux types de stratégies : directe lorsque l’objectif de l’emploi des forces réside dans la destruction des forces armées adverses ; indirecte lorsque la cible principale est la volonté de combattre de l’autre. Sa thèse majeure est alors que, lorsque les deux camps ont le même type de stratégie (directe contre directe ou indirecte contre indirecte), le fort l’emporte dans 76,8 % des cas, par la simple arithmétique du rapport de forces, et dans 36,4 % des cas seulement si les types de stratégies sont opposées (respectivement 81,9 % et 43,8 % si le faible ne bénéficie pas d’un soutien extérieur). Pour employer une terminologie française, le fort lemporte en situation de dissymétrie et le faible en situation dasymétrie. La capacité pour le fort à se placer sur le même champ que le faible, et donc à lui ressembler, est donc la clé de sa victoire.


Ivan Arreguin-Toft, How the Weak Win Wars, Cambridge University Press, 2005.
Andrew J.R. Mack, "Why Big Nations Lose Small Wars", in World Politics, janvier 1975.
Gil Meron, How Democracies Lose Small Wars, Cambridge University Press, 2003.

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