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12/09/2011

"Opinions publiques et politique européenne de sécurité et de défense commune." Lorsque démocratie ne rime pas avec défense à Londres.

L’Europe de la Défense et les opinions publiques. Le cas du Royaume-Uni

(BRUXELLES2) Cet ouvrage va bien au-delà de son titre qui peut penser que cet ouvrage est limité à une seule analyse. C’est en fait un inventaire de ceux qui font (ou ne font pas) la politique européenne de sécurité et de défense commune — les institutions européennes, les parlements (européen, national), les partis politiques, les thinks tanks — et de l’impact dans les diverses opinions publiques ou dans la presse en Belgique, en Allemagne, au Royaume-Uni, en France… sans oublier les valeurs, les outils de communication ou les « grands enjeux de la PesSDC » (dernier chapitre que votre serviteur a livré en propos introductif). Parmi les différents aspects, je ne saurai que conseille à ceux intéressés par la politique du Royaume-Uni de lire le chapitre rédigé par Arthur Minsat, doctorant à la London School of Economics, consacré à l’opinion publique britannique.

Une opinion eurosceptique par nature

Les Britanniques « font partie des trois seuls peuples qui, en automne 2007, ne souhaitent pas partager leurs compétences en matière de défense nationale avec l‘UE ». Ils ne sont que 40%, le second niveau le plus bas derrière… les Finlandais (à 26%). Mais ce serait un raccourci de croire que c’est une hostilité dirigée contre un corpus particulier. Il faut la situer dans le « contexte d’une culture sécuritaire propre au Royaume-Uni. Traditionnellement les Britanniques privilégient leur indépendance militaire et diplomatique envers d’autres puissances et organisations internationales, cristallisée par le terme de « Self-reliance ». »

Un « Souci de soi » qui explique que le Royaume-Uni fait partie d’organisations et d’alliances « qui sont parfois en concurrence l’une avec l’autre ». Et un scepticisme qui ne se manifeste pas qu’à l’égard de l’UE. Ainsi en 1983, 70% du public britannique avait peu ou pas confiance envers les Etats-Unis. Ce scepticisme n’a pas empêché certains gouvernements de passer outre son opinion publique, comme le relate l’auteur, avec la décision de Tony Blair d’intervenir en Irak (contre son opinion publique, 70% des citoyens britanniques étaient contre) ou en faveur de l’européanisation de la politique de défense, consacrée à Saint-Malo en 1998. (Et on pourrait en dire autant de la décision de D. Cameron de passer un accord de coopération avec la France).

A la chambre, le débat continue de se « focaliser sur la question de la réelle complémentarité entre PESD et OTAN », avec des opinions tranchées. D’un coté, le parti travailliste qui soutient (de plus en plus discrètement en ces temps de crise) « l’idée que la PESD n’est pas concurrente » et des tories. Pour certains d’entre eux « l’idée même d’une PESD demeure iconoclaste ». Pour « une partie des conservateurs », c’est même l’ensemble des « réformes en politique étrangère prévues par le Traité de Lisbonne (qui) sont inacceptables ».

En revanche, les thinks tanks – dont on connait l’importance outre-manche – sont « en général favorables à un développement de la PESD, afin de moderniser les marchés de défense et les armées européennes. » Un essor qui « permettrait aussi d’exporter le savoir-faire britannique tant technique et opérationnel qu’une vision particulière de la PESD aux autres pays membres ». Ils militent notamment en faveur d’un « noyau dur » et d’une « PESD à plusieurs vitesses qui s’appuierait sur des partenariats avec des acteurs considérés sérieux en matière de défense ».

NB : C’est un peu à quoi on assiste aujourd’hui … même si le noyau dur aujourd’hui patine un peu, et ressemble un peu à un moteur de solex sur une grosse carcasse de tank T72.

• André Dumoulin & Philippe Manigart, (dir.), Opinions publiques et politique européenne de sécurité et de défense commune: acteurs, positions, évolutions (Ed. Bruylant, 2010).

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