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19/09/2011

Tribune aux défenseurs de la campagne française en Libye.

Les gains géopolitiques de la campagne libyenne. Réponse à Aymeric Chauprade.

Dans une tribune à Valeurs Actuelles, un ancien professeur à l’Ecole de Guerre a violemment dénoncé la campagne française en Libye. Non seulement pour les inévitables ambiguïtés du discours «droit de l’hommiste» mais surtout pour ses graves conséquences stratégiques. Tenez vous bien, après la crise libyenne la France aurait perdu sa position d’équilibre au profit de l’Allemagne et serait désormais isolée sur la scène internationale. M. Chauprade a du oublier que pour peser sur un équilibre géopolitique, il faut d’abord inverser le rapport de force en sa faveur et non pas se contenter d’un prudent juste milieu. Et c’est justement ce qu’a fait la France en Libye pour quatre raisons.

1. la relation transatlantique entre l'UE et l'OTAN s’est équilibrée:

La France et le Royaume-Uni ont prouvé que l’OTAN n’était pas uniquement au service de l’armée américaine. Les Etats-Unis ont été enrôlés par ses alliés dans cette guerre et non l’inverse. Par conséquent le retour de la France dans le comité militaire intégré de l’OTAN prend du sens. La France a convaincu ses partenaires de l’intérêt d’une défense européenne et de sa sincérité à ne pas couper les ponts avec les Etats-Unis : l’Espagne et l’Italie ont rejoint « le triangle de Weimar » dans sa volonté de passer outre le veto de l’Angleterre sur le dossier de l’Etat-major européen.

 

2. Prestige diplomatique et militaire.

Tous les pays ont peu à peu fini par se rallier à la position française : la reconnaissance du CNT et la chute de Kadhafi. Le vote de la résolution 1973 et la conférence de Paris ont montré que la France est un pays qui compte sur la scène internationale. L’armée française a prouvé qu’elle était moderne. Elle a maitrisé sa force et a pris son temps pour ne pas raser la Libye. Elle a su prendre en compte une coalition, des populations locales, une opposition et des rebelles. C’est une vraie démonstration de force et de savoir faire dans un conflit moderne. La Libye ne sera pas l’Irak ou l’Afghanistan.

3. La France est de retour en Afrique et en Méditerranée.

« La rue arabe », comme en 2003, brandit des trapeaux tricolores. Le soutien d’une opinion n’est pas négligeable dans les relations internationales. Ensuite et au-delà du strict bénéfice économique et militaire que la France va tirer de son engagement en Libye, l’élimination d’un fauteur de trouble en Afrique sahélienne et en Afrique noire va dégager des marges de manœuvre dans notre sphère d’influence traditionnelle. Après le succès ivoirien, la France continue de nettoyer son pré carré africain. Kadhafi arrosait de ses pétrodollars toutes sortes de mouvements armés touaregs, il avait voulu faire de l’UA et de la Ligue Arabe une tribune antioccidentale. C’est terminé.

Alors certes des armes se sont éparpillées, mais il serait de mauvaise foi de croire qu’AQMI et d’autres n’en disposaient déjà pas. Les armes n’avaient pas besoin de la Libye pour arriver dans la zone. Autre point négatif soulevé par M. Chauprade : les tensions migratoires. Certes elles vont s’accroitre comme en Tunisie, et il faudra renégocier des accords de coopération avec les nouveaux gouvernements. Enfin la menace islamiste. Mais là encore les mouvements djihadistes étaient déjà présents avec Kadhafi et il n’est pas certain que ce dernier fût le meilleur rempart qui soit contre ce fléau. En tout état de cause on ne fait pas de politique ambitieuse sans contrepartie négative. Il y a des points inquiétants c’est indéniable mais ils sont acceptables. Le nouveau pouvoir libyen, proche des frères musulmans, a reçu notre soutien; il devra être accompagné dans sa marche vers la démocratie. Tout n’est pas noir ou blanc dans les relations internationales, il y a M. Chauprade ce qu’on appelle des « zones grises » . Il s’agira de les contenir à l’avenir. Le réalisme ne consiste pas à lutter tel Don Quichotte contre les vents dominants mais à essayer de les canaliser.

4. La supplément d’âme à notre Nation.

Enfin et surtout la France, dont la tradition universaliste est vivace, ne peut se permettre, à l’instar des Etats-Unis, d’appliquer une stricte realpolitik teintée de cynisme. Le réalisme de la politique étrangère française doit reposer sur un discours et des objectifs humanistes qui ont le soutien des peuples et en premier lieu des français. C’est-ce que de Gaulle appelait « la grandeur ». Dommage qu’Aymeric Chauprade n’accepte pas la tradition française dans sa globalité, y compris après 1789. Qu’on le veuille ou non la France et son histoire sont dépositaires d’un message au monde entier sur les droits de l’Homme et la démocratie. Or le réalisme c’est aussi prendre en compte cet héritage diplomatique. Cela ne date pas d’aujourd’hui; la preuve cette vibrante interpellation de Jules Michelet à ces contemporains : « France, notre mère, qui n’êtes pas seulement la nôtre et qui devez enfanter toute Nation à la Liberté! ».

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