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24/09/2011

Le taliban qui a abattu l'hélicoptère des Navy Seals, vient d'être éliminé cette semaine. Parce qu'il était trop bien renseigné sur cet hélicoptère?

AYMERIC CHAUPRADE

Semaine importante aux Nations unies avec, au cœur des débats, la demande palestinienne pour la reconnaissance d’un Etat. Sur ce sujet, Obama est rentré dans le rang. Le Jerusalem Post (droite israélienne) constate, après le discours du président américain, que celui-ci « a fini par dire aux Israéliens ce qu’ils espéraient entendre. Il aura fallu attendre 34 mois, mais en fin de compte Israël a entendu le discours qu’il attend du président américain ». En rejetant la requête d’un Etat de Palestine à l’ONU Obama aura, en effet, selon les mots des envoyés spéciaux de Yediot Aharonot à New York, « suscité une grande joie au sein de la délégation israélienne ». Tous les arguments classiques que l’Etat israélien met habituellement en avance ont été mobilisés pour justifier l’exception israélienne et ce que l’on pourrait appeler un traitement privilégié réservé à un Etat de classe supérieure aux autres, en échappant, au nom des « souffrances de milliers d’années d’exil et de la Shoah » (dixit Obama) aux règles élémentaires du droit international. « Oncle Sam-Obama » est rentré à la case ; c’est promis il ne causera plus de souci au lobby pro-israélien, surtout avant une présidentielle américaine qui approche à grands pas…

Sarkozy a quand même essayé, dans cette affaire, de rester plus proche de la position traditionnelle de la France, celle de l’équilibre. La France gaullienne elle, n’aurait pas hésité, et aurait soutenu l’Etat de Palestine à l’ONU, non seulement parce qu’il est tout simplement juste que les Palestiniens finissent par avoir accès à la souveraineté, mais aussi parce que, là résidait la véritable position d’équilibre. En proposant un statut intermédiaire d’Etat observateur de l’ONU, Sarkozy a quand même su montrer que la France restait un pays de bonne volonté (pas sur dossier iranien en revanche !) qui cherchait le dialogue et les ouvertures. Sa proposition a d’ailleurs été accueillie favorablement par les Palestiniens (la délégation en tout cas, mais certainement pas le Hamas ni la masse des Palestiniens désespérés Gaza). Les Israéliens n’ont pas sauté de joie au plafond ni protesté, ce qui montre qu’ils ont conscience, malgré tout, que leur position dogmatique de refus d’un Etat ne tient pas la route dans la longue durée. Quant au « no comment » d’Obama sur la proposition française, il en dit long, une fois de plus, sur l’arrogance de ces Etats-Unis qui se vivent en monopole de l’action sur l’Histoire.

La proposition française a aussi révélé, à nouveau, la fracture profonde qui existe entre Paris et Ankara. Le 22 septembre en effet, le Vice-Premier Ministre turc a rejeté avec vigueur l’idée d’un statut intermédiaire pour les Palestiniens en la comparant à l’opposition de Sarkozy à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. L’attaque est devenue plus sournoise encore lorsqu’il a ajouté qu’il regrettait que certains pays puissent changer leurs idées à cause de l’influence d’Israël… De qui pouvait-il bien parler ? Le Premier Ministre Recep Tayyip Erdogan est venu, lui, renforcer la position de son Vice-Premier Ministre en demandant à ce que l’on « fasse pression sur Israël pour faire la paix » afin de montrer que les Israéliens « ne sont pas au-dessus des lois ».

Voilà une Turquie en tout cas bien loin de l’axe kémaliste traditionnel. Une Turquie qui soutient l’idée de solidarité islamique et restaure sa politique arabe par un appui clair aux Palestiniens et à l’ensemble des transformations politiques en cours dans le monde arabe. Une Turquie, j’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, qui est devenue un véritable modèle pour beaucoup d’Arabes sunnites, du Maghreb jusqu’au Moyen-Orient.

L’actualité turque c’est aussi cette tension croissante entre les Turcs et les Chypriotes (grecs) à propos de la souveraineté maritime et des ressources gazières off-shore. A la Tribune des Nations unies, le président de la République de Chypre, Demetrios Christofias, s’est attaqué aux provocations de la Marine turque dans la Zone Economique Exclusive (ZEE) de Chypre. C’est dans cette zone qu’a commencé en effet, selon un accord entre Chypre et la société américaine Noble Energy, une campagne d’exploration gazière. Il faut noter que la République de Chypre a signé récemment un accord avec Israël pour la délimitation des zones économiques exclusives entre les deux pays. L’enjeu, en termes de ressources gazières est très important, et le problème se retrouve entre le Liban et Israël. Pour contrer cet accord israélo-chypriote, les Turcs ont signé mercredi 21 septembre, avec la République turque de Chypre du Nord (la RTCN qui n’est pas reconnue en tant qu’Etat à l’ONU et qui est soutenue par Ankara dans sa démarche sécessionniste).

On ne parle donc pas suffisamment des tensions croissantes en Méditerranée orientale autour de la souveraineté maritime, en rapport avec des enjeux énergétiques. D’un côté Israël et Chypre, de l’autre la Turquie, le Liban. Dans le refus des Israéliens à voir une souveraineté palestinienne reconnue à l’ONU, n’oublions pas la dimension maritime ! Pour les Israéliens, l’indépendance énergétique repose en large partie (pour le gaz) sur son émancipation d’une Egypte de plus en plus tentée par l’islamisme (Frères musulmans). Israël compte donc beaucoup sur l’optimisation de son espace de souveraineté maritime, lequel lui donnera d’autant plus de chances de contrôler d’importantes ressources gazières off-shore.

Dans l’actualité géopolitique de cette semaine, je me suis arrêté aussi sur la colère de l’amiral Mullen, le plus haut responsable militaire américain, contre l’allié pakistanais. Voici un extrait de la déclaration de Mullen devant le Sénat, dans laquelle il a explicitement visé le réseau Haqqani (insurgés afghans) comme bras armé des services de renseignement pakistanais (l’ISI) :

« En choisissant d’utiliser l’extrémisme violent comme instrument politique, le gouvernement du Pakistan (et plus spécifiquement) l’armée pakistanaise et l’ISI compromet non seulement la perspective d’un partenariat stratégique avec nous, mais aussi l’opportunité pour le Pakistan d’être une nation respectée ». Conseil à l’amiral Mullen : en parler à la CIA qui travaille depuis toujours de concert avec l’ISI. Peut-être que l’on finira alors par comprendre comment l’armée américaine sacrifie des hommes à éteindre des feux allumés à l’initiative de la CIA !

A propos, un clin d’œil pour les initiés : le taliban qui avait fait exploser le militaire américain transportant des Navy Seals (l’unité qui a « eu » Ben Laden), vient d’être éliminé à son tour cette semaine. Bien renseignés, les Américains savaient qui avait feu le coup (quelqu’un aussi de très bien renseigné à propos de cet hélicoptère). Décidément il ne reste plus beaucoup de traces de « l’occultation » mystérieuse de l’imam Ben Laden…

Enfin, des nouvelles du rivage des Syrtes. Pour un pays tout entier dressé contre son dictateur, il y a quelque chose qui cloche. Syrte et Bani-Walid résistent en effet farouchement et les ex-rebelles libyens (aujourd’hui le gouvernement reconnu) ne sont pas encore au bout du chemin. On nous aurait donc menti ?

Agenda : pour ceux qui sont matinaux, je serai sur France culture, Les enjeux internationaux, émission de Thierry Garcin, le 28 septembre 2011 à 6h50.

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