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25/09/2011

L'orchestration perso de la crise libyenne n'a pas été au goût des alliés de l'Otan. Pour punir Sarko, le président du comité militaire sera danois.

Libye – Les dessous pas très nets de l’engagement de quelques-uns

Verbatim :: Jeudi, 22 septembre 2011 :: :: EnvoyerImprimer

Q – Quel regard portez-vous sur le bref, mais médiatique, passage de MM. Cameron et Sarkozy à Tripoli ?

Jacques Borde – Plusieurs choses sont à retenir:

1.À son habitude, le président français, Nicolas Sarkozy, aura tout fait pour tirer la couverture à lui. Au point que, dans certains media anglo-saxon, on aura davantage glosé autour de l’omniprésence du président français. Nicolas Sarkozy volant systématiquement la vedette au Premier ministre britannique, David Cameron, pourtant (physiquement) nettement plus grand que lui.
2.La brièveté du passage à Tripoli. C’est à Benghazi que s’est fait l’essentiel du show élaboré par les spin doctors de l’Élysée. Prudence aura été mère de sûreté à cette médiatique occasion.
3.Le périple de nos deux âniers de l’Apocalypse aura été, reconnaissons-le, une réussite. Veni, vidi, vici. Enfin, presque puisqu’à ce jour, les combats n’ont toujours pas cessé. Malgré les raids ininterrompus d’une Otan réduite à reconduire ses opérations militaires en Libye. Un scenario qui commence furieusement à ressembler à celui de l’Irak, où la paix « officielle » (sic) n’a rien amené de bon sur le terrain.

Q – Comment expliquez-vous le rôle effacé qu’a accepté de jouer Cameron ?

Jacques Borde – Tout simplement par le fait que les Britanniques sont des gens extrêmement pragmatiques. À raison, le plus souvent. Ce ne sont pas les chaudes démonstrations d’amitié qu’ont pu démontrer les insurgés pro-occidentaux à l’endroit de Cameron et Sarkozy qui feront motu proprio tomber les contrats dans l’escarcelle de l’un ou de l’autre. Ces choses-là se négocient en coulisses entre hommes de l’art. À ce jeu, il n’est pas sûr que la France soit le plus experts des deux joueurs ! Donc, wait & see ! Sans parler des Américains qui ne vont pas abandonner la partie. Qui plus est, le fait que les media n’aient pas hésité à rapporter qu’une des tâches dévolues à la grosse centaine de policiers accompagnant Sarkozy aura été de distribuer force drapeaux tricolores à une assistance plutôt maigre a, passablement, réduit la portée « magique » de l’événement.

Q – Vous n’exagérez pas un peu…

Jacques Borde – Pas du tout. Prenez les chiffres ! Moins de 2.000 personnes à manifester quelque curiosité au (bref) passage de nos deux compères (Cameron et Sarkozy). Et, le vendredi, 50.000 personnes sur la même place pour la prière…

Une autre raison au profil bas du Premier britannique, est, sans doute,l’absence, de l’autre côté du Channel, d’une échéance électorale aussi sensible que la présidentielle française de 2012. À l’évidence, Nicolas Sarkozy tenait à l’aborder avec l’aura d’un chef d’État victorieux…

Q – Mais pour quelles raisons ?

Jacques Borde – Deux essentiellement. Primo, l’éternel mythe du vote arabe ! Les spin doctors de l’Élysée semblent croire que les images d’un Sarkozy, ovationné – même brièvement – dans les rues de Tripoli et Benghazi lui vaudra les faveurs de ce vote arabe qui, en passant, n’a jamais fait gagner qui que ce soit et dont personne ne sait ce qu’il représente réellement. Concernant ce gambit-là, rien ne garantit que toutes les personnes – à la fois titulaires d’une carte d’électeur et d’origine arabe (ou musulmane) – votent comme un seul homme ET dans le sens souhaité par d’aussi approximatifs conseillers. Et, pourtant, Villepin n’est plus dans les parages !

Q – Là, vous pensez aussi à BHL ?

Jacques Borde – Absolument pas. Je pense que le rôle, certes tapageur, joué par BHL a été plus primal. L’intéressé, bien qu’il n’y connaisse pas grand-chose, s’est toujours pris pour une sommité en matières internationales. Visiblement, il n’a guère retenu la formule de Boèce : « Si tacuisses, philosophus mansisses » (Si tu t’étais tu, tu serais resté un philosophe). Mais l’essayiste approximatif est-il aussi philosophe que le prétendent ses groupies ? À noter que sa présence à Benghazi n’aura pas provoqué le buzz qu’il attendait. BHL n’aura même pas réussi à s’imposer, malgré ses tentatives répétées, au premier rang, lors du passage de Sarkozy à Benghazi. Cela nous confirmerait, si besoin était, que son rôle en cette affaire fut plus anecdotique que beaucoup l’ont cru…

Mais, pour revenir au périple médiatique du binôme Cameron-Sarkozy, là, je pense, qu’encore une fois, les gourous élyséens prennent ceux à qui ils lancent d’aussi absurdes signes subliminaux pour des imbéciles. Je ne suis par sûr qu’un franco-algérien, sachant parfaitement ce que signifient les mots « guerre civile », se montre particulièrement emballé par l’aventurisme français au Maghreb. Idem pour toute personne ayant des affinités politiques nassériennes ou ba’athistes.

Sans parler des Chrétiens d’Orient qui savent quelle géhenne les Croisées néo-cons traînent dans leur charroi. Ceux qui ont dû fuir l’Irak depuis qu’y prévaut la pax americana savent de quoi je parle ! À ce stade de mon propos, je conseille à ceux de vos lecteurs qui ne l’ont pas encore fait, de lire le dernier Point fort paru sur votre site, consacré aux propos tenus par le Patriarche de l’Église maronite, Sa Béatitude Béchara Raï. Et je ne vous parle même pas de la question palestinienne qui démontre, si était besoin, le « deux poids, deux mesures » de l’approximative diplomatie élyséenne…

Secundo, en période crise, il est toujours meilleur d’arborer les lauriers de César, que le ridicule d’un Tartarin. À cet, égard, et jusqu’à présent, le parcours de Sarkozy – et je fais, là, fi de toute considération morale – est un sans faute. La Guerre de Libye ne nous a pas coûté un homme. Du moins officiellement. Et l’Élysée escompte, sur ce conflit, quelques retours sur investissements. Il en faudra bien ! Cette Guerre de Libye a, déjà, coûté à la France pas loin de 500 M€ !

Q – Vous voulez parler des promesses faites à la France par le CNT ?

Jacques Borde – Si vous faites allusions des 35% de contrats promis à la France. Tout à fait. Mais plusieurs choses restent à préciser :

1.A priori, sauf erreur de ma part, RIEN n’a encore été signé, à ce jour. Donc, il s’agit, à l’évidence, de simples paroles en l’air.
2.Il ne s’agit nullement de promesses faites par le CNT, en tant que puissance dirigeante de la Libye, mais de promesses faites, aux tous début du conflit, par DES membres du CNT, ce qui n’est pas la même chose.
3.Je ne suis par certain que – pour peu qu’ils se sentent engagés par leur promesse – que les membres du CNT soient les vrais maîtres du dossier. Je veux dire lorsqu’il s’agit de signer de vrais contrats. L’OPA occidentale conduite en Libye reste avant tout une opération made in USA.
4.Il y a de la coupe aux lèvres entre les youyous et les Allah U-Akbar, de quelques centaines de militants et de badauds, et des contrats commerciaux dûment signés et reconnus internationalement. Rappelez-vous les châteaux en Espagne bâtis par l’entourage de Sarkozy, à propos de la vente d’avions de combat Rafale au Maroc. Qui a finalement opté pour le F-16 made in USA !…
5.Pour finir, je vous citerai la phrase d’Edgar Faure (attribué de manière erronée et récurrente à Charles Pasqua) : « Les promesses (électorales) n’engagent que ceux à qui elles sont faites ». En matière économique et dans l’Orient compliqué, c’est, à peu près, la même chose. En pire, évidemment…

Q – Concrètement, que peut tirer Paris de son engagement libyen ?

Jacques Borde – Théoriquement, nous devrions retomber sur nos fameux 35% ! Sauf que, pour l’instant, peu de choses concrètes ont filtré sur ce point.

Hors l’énergie, il y aura bien les marchés militaires. Sauf, que les Français, quoi qu’ils aient fait pour propulser les djihâdistes de marché du CNT aux commandes de la Libye, ne sont pas nécessairement les mieux placés. En effet, l’Otan n’a de cesse de répéter qu’elle n’a pas l’intention d’envoyer des troupes en Libye, mais n’exclut cependant pas que des alliés le fassent, ou bien l’Union Européenne, qui a ce qu’il faut sous le coude. Mais au sein de l’Union, les Français n’ont pas d’expertise particulière qui leur permette de se détacher du peloton. Peu ou prou, tous les Européens et Otaniens ont, dans leurs catalogue, la même chose à offrir aux Libyens. Sans compter le fait que la France a, bel et bien, été au premier rangs des fournisseurs de la Libye, Kadhafi regnante. Y compris pour former, il y a quelques années, ses forces spéciales…

Il y a bien le volet entraînement et formation. Mais, là encore, l’Otan a affirmé son intention d’entraîner et d’armer les nouvelles forces, militaires et de sécurité, libyennes. Donc les places seront chères !

Qui plus est, comptons sur les Américaine (et les Britanniques) pour imposer leur concept de privatisation de la guerre. Et, là, en dépit de réelles qualités, que pèsent les Sociétés militaires privées (SMP) françaises ? Seront-elles à même de participer aux appels d’offres ? La dernière à avoir tenté le challenge, la Secopex, a vu son pdg, Pierre Marziali, y perdre la vie, dans des circonstances à ce jour non-élucidées. Et sans que la France ne bouge le petit doigt pour obtenir des explications sérieuses de la part de gens dont elle portait la « rébellion » à bouts de bras…

Q – Et les marchés d’État, les gros contrats ?

Jacques Borde – Lesquels ? Ceux que voudront bien nous laisser les Anglo-Saxons ? Et rien d’autre ! Je sais bien que quelques supposés spécialistes des affaires militaires se prennent, encore, à rêver des Rafale arborant, la livrée de la monarchie sennoussie ! Qu’ils redescendent sur terre, si vous le voulez bien ! La remise en état des ailes libyennes n’est nullement à l’ordre du jour. En effet, comme l’a souligné Manlio Dinucci, « Formellement à la demande du futur gouvernement (…), l’Otan continuera à contrôler l’espace aérien et les eaux territoriales de la Libye. Officiellement pour assurer les aides humanitaires et protéger le personnel civil sous bannière Onu ».

Quel besoin d’une Armée de l’air libyenne pour cela ? Au contraire, cela passera par la mise sous tutelle des rares moyens encore à disposition des Libyens, puis du « libre accès aux ports et aéroports libyens, qui seront de fait transformés en bases militaires Otan même si on y déploiera le drapeau rouge, noir et vert — celui-là même du régime du roi Idriss qui, dans les années 50, concéda à la Grande-Bretagne et aux États-Unis l’usage du territoire pour y implanter des bases militaires, comme celle de la base aérienne de Wheelus Field aux portes de Tripoli ».

Pourquoi, Wheelus Field ? Parce que « c’est emplacement idéal, aujourd’hui, pour le quartier général du Commandement Afrique des États-Unis (AfriCom) ». La boucle sera ainsi bouclée. Et si un jour, Washington se pique de vouloir voir renaître une forme d’Armée de l’air locale, Tripoli sera, n’en doutez pas, prié de faire son marché auprès des avionneurs états-uniens ! À en juger ce que les Américains ont fini pour concéder à l’Al-Qūwāt al-Jawwīyä al-Iraqīya (armée de l’air irakienne) – quelques F-16 A/B Fighting Falcon, de première génération, des L-39 et des monomoteurs turoboprop – le sort d’une improbable Al-Qūwāt al-Jawwīyä al-Libyya (armée de l’air libyenne) devrait, à l’extrême limite se cantonner à une poignée de Soko Galeb. Et encore !

Idem pour les marchés civils. Mais, là, il y a, tout de même un os ! Il existe déjà DEUX compagnies aériennes libyennes. Et, toutes deux, sont équipées d’Airbus flambant neufs ! Afriqiyah Airways 1 qui aligne pas moins de 3 A319-100, 8 A320-200, 2 A330-200, un a340-200 et a en commande 6 A350. Et les Libyan Airlines2, dotées de 2 Airbus A300-600, 2 A320-200 (1 en réserve). Clairement seule la commande d’A350 d’Afriqiyah semble, à terme, menacée…

Q – En sait-on plus sur les graves attaques racistes dont sont victimes les travailleurs et résidents africains, en Libye ?

Jacques Borde – Assez peu de choses qu’on ne savait déjà. Je parle là, bien sûr, des honnêtes gens ! Il y aurait bien eu de vastes pogroms anti-noirs à Benghazi et Misrata, comme l’a écrit Gilles Munier, dans AFI-Flash n°1183. Et, par réaction, une manifestation monstre à Harlem.

Mais, exceptés quelques media vraiment indépendants, de ce côté-ci de l’Atlantique, une véritable chape de plomb s’est abattue à propos de cette question…

Q – Pour quelles raisons ?

Jacques Borde – Oh ! Pour deux raisons essentielles. La première est assez évidente. En France, la majorité des media – qu’ils soient généralistes ou spécialisés – sont, depuis des années, passés sous la coupe de grands groupes financiers et/ou économiques. Vous ne serez pas surpris d’apprendre que ces groupes sont, peu ou prou, les mêmes que ceux qui sont derrière la via factis si férocement appliquée à la Jamahiriya libyenne. Avant tout, les Je suis Partout de la kollaboration médiatique se taisent parce qu’on les paye pour se taire. C’est aussi simple que cela !

Secundo, n’oubliez jamais la vieille gangrène coloniale-socialiste qui ronge la gauche systémique française. À cet égard, je vous renouvelle les Trois rappels historiques que je vous avais fait lors d’un précédent entretien :

François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur, et son « L’Algérie, c’est la France ». C’est aussi à cette époque de gouvernance de gauche qu’ont été votés les pleins pouvoirs autorisant la torture en Algérie.
La Chambre, dominée par la SFIO, votant les pleins pouvoirs à Pétain.
Jules Ferry énonçant, devant l’Assemblée nationale, la vulgate coloniale-socialiste : « Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ».

Désolé de vous le dire aussi brutalement, la social-démocrartie française est sans doute la plus raciste du monde. Bien plus que les droites réunies, en tout cas ! De cause à effet, compte tenu de l’importante proportion de gens issus de cette gauche coloniale-socialiste dans les media, vous comprendrez, qu’au-delà du chèque que beaucoup touchent en fin de mois, ça n’est pas vraiment leur conscience qui va les pousser à dénoncer les ratonnades et les pogroms des insurgés pro-occidentaux que leurs propriétaires soutiennent ! Bien sûr, ne généralisons pas, il existe de nombreuses personnes confessant des idées de gauche qui sont révulsées par cette répugnante vulgate coloniale et son application servile en Libye…

Q – Mais, doit-on, pour autant, parler de pogroms ?

Jacques Borde – Je le crains. Gilles Munier, aujourd’hui grand reporter, a été on ne peut plus clair à ce sujet. Il évoque « la question des meurtres, viols et tortures de Libyens de race noire (Toubous), de travailleurs et d’étudiants africains des régions de Benghazi, de Misrata et de Tawergha, commis par les « libérateurs » du CNT »4, ainsi que l’existence d’une « Brigade de nettoyage des esclaves, des peaux noires » qui servirait sévirait dans les zones passées sou la houlette des insurgés5.

Des faits suffisamment alarmants pour qu’à New York, le 14 août 2011, plusieurs dizaines de milliers de manifestants se soient réunis, Boulevard Malcom X, à Harlem, à l’appel de Louis Farrakhan6, dirigeant de la Nation of Islam, du Père Miguel d’Escoto Brockman, ancien vice-président de l’Onu, de Cynthia McKinney, membre de la Chambre des représentants 7, de Sara Flounders8, d’ONG et de partis de gauche, « pour condamner le racisme du CNT, l’agression de l’Otan contre la Libye et l’embargo contre le Zimbabwe ».

Naturellement, dans leur immense majorité; les media français – en bons petits soldats de l’hegemon états-unien – n’auront parlé ni de la manifestation ni des raisons qui la motivaient. Et, pire, comme le précise encore Gilles Munier, « En France, les organisations antiracistes se taisent ».

Q – Et, pour quelles raisons ?

Jacques Borde – Oh ! À peu près pour les mêmes raisons que l’officialité de gauche et les media aux ordres. En France, ce sont, généralement, les mêmes groupes qui subventionnent les organisations (supposément) antiracistes. Que voulez-vous : on ne crache pas dans la main qui vous nourrit, pardi…

Q – Autre sujet, selon vous, la Guerre de Libye aura-t-elle renforcé la place de la France au sein de l’Alliance atlantique…

Jacques Borde – Certains, dans quelques cénacles hexagonaux, on fait mine de croire croire que l’aventure libyenne aura fait de Paris un des membres « écoutés » de l’Alliance atlantique. Dans les fait, pas vraiment. Lisez ce qu’écrit Nicolas Gros-Verheyde sur son site, lorsqu’il évoque l’échec français à se glisser au somment du Comité militaire de l’Otan. Pour cet observateur averti des arcanes bruxelloise et otanesques, « C’est la fin d’un espoir français. Pour remplacer l’amiral italien Giampaolo Di Paola, qui préside aux destinées du comité militaire de l’Otan – la plus haute instance de concertation de l’Alliance –, les chefs d’état-major (CHOD) de l’Alliance ont choisi… un Danois »9.

Il est intéressant de noter que « Le mandat de Di Paola » se terminait « en juin 2012 »10. Il n’y avait donc pas vraiment urgence à à officialiser, aussi vite, le choix du CHOD, même si « les membres du comité militaire, réunis le 17 septembre à Séville (Espagne) » avaient « déjà choisi son successeur (…) le général Knut Bartels, l’actuel chef d’état-major danois »11.

Q – En quoi est-ce un « espoir français déçu » ?

Jacques Borde – Parce que que, comme l’indique clairement Nicolas Gros-Verheyde, Paris « pouvait espérer que ce poste saurait revenir à un officier tricolore. Une hypothèse qui avait le vent en poupe à Paris au printemps (…). Même si coté français, on affirme qu’il n’y avait pas de candidat national, celui-ci (l’Amiral Guillaud) étant confirmé à son poste de chef d’état-major par Nicolas Sarkozy, on peut voir là sinon un nouveau revers au moins une occasion perdue, preuve que la réintégration de la France dans l’Otan, son engagement décisif en Libye et sa revendication d’avoir davantage de postes ne suffisent pas automatiquement à convaincre tous ses membres »12.

Q – Est-ce vraiment important ?

Jacques Borde – Nicolas Gros-Verheyde semble le croire, dans la mesure où il écrit que « La France a donc désormais un handicap notable dans les postes importants qui doit être comblé lors d’une prochaine redistribution de postes, à peine de devoir se poser la question : où est l’influence supplémentaire acquise par la réintégration ? »13

J’irais plus loin. Je crois sincèrement que l’Otan n’a que peu apprécié le jeu « perso » de Sarkozy sur le dossier libyen. Même si l’Otan est une machine entièrement à la dévotion se l’hegemon états-unien, elle est supposée offrir aux États qui la composent (voire au grand public) l’image d’un outil collectif bien rodé et efficace. Or, le moins que l’on puisse dire est que le président français, dans sa précipitation à se jeter à la gorge de Kadhafi et d’imposer à l’Otan SON calendrier militaire – basé, rappelons-le, sur les manœuvres estivales franco-britanniques Southern Mistral 2011 – a contraint les Otaniens à calquer leur propre intervention sur l’agenda franco-anglais ! Évidemment, tout cela serait passé comme une lettre à la poste, si le fruit libyen était tombé dans le panier otanien, peu ou prou, à la fin des-dites manœuvres. Mais au début de l’été, aucun des objectifs prévus par les schtroumpfs-guerriers de l’Élysée n’a été atteint. Au point même que c’est le commandement de l’Otan qui a hérité de la patate chaude libyenne. Une Otan qui vient encore de remettre le couvert en Libye. En effet, réuni le 22 septembre 2011 à Bruxelles, le Conseil de l’Atlantique nord, a prolongé de trois mois l’opération Unified Protector, qui, pourtant, devait s’achever le 27 septembre 2011. guère le choix; à vrai dire, les combats se poursuivent contre les forces fidèles au colonel Kadhafi, ce qui contraient le dispositif de l’Alliance à rester mobilisé dans les airs et au large des côtes libyennes.

Q – Est-ce pour cela que certaines sources évoquent des rivalités entre (anciens) alliés, européens notamment ?

Jacques Borde – Oui et non. Évidemment le jeu sarkozien n’a guère été apprécie dans plusieurs capitales européennes. Mais, ça, Européens et Otaniens devraient s’en accommoder au fil du temps. À moins, bien sûr, que la stabilisation de la Libye en tant que nouvel eldorado énergétique ne vire au cauchemar. Mais ce que la réalité des combats – pérennisation ou extension de la Résistance anti-occidentale, pour faire simple – ne pourra empêcher ce sont les rivalités coloniales autour des richesses libyennes. Et, là, ça commence plutôt fort.

À peine Tripoli passée sous la coupe des djihâdistes de marché, une délégation de l’Italien ENI dirigée par Paolo Scaroni, s’est précipité auprès du CNT, suivie 24 heures plus tard par une délégation du Français Total. Dans le même temps, des émissaires de BP et Shell prenaient, eux aussi, contact avec le CNT.

Bien qu’ils ne l’affichent guère, l’objectif non avoué des pétroliers Franco-Anglais est bien de « bouter ENI hors de Libye ». Ou, pour le moins, d’y fragiliser de manière durable et conséquente, la position de l’Italie . Mais, si vous e voulez bien, nous développerons plus avant cet aspect du dossier dans un prochain entretien.

Notes
[1] En arabe الخطوط الجوية الأفريقية. Code AITA : 8U ; code OACI : AAW) .

[2] En arabe الخطوط الجوية الليبية‎ (al-Khutut al-Jawiyah al-Libiyah), anciennement connue comme Libyan Arab Airlines. Code AITA LN, code OACI LAA.

[3] http://www.france-irak-actualite.com/article-pogroms-anti-noirs-a-benghazi-et-misrata-manifestation-monstre-a-harlem-81757127.html

[4] Ethnic Hatred Rooted in Battle for Misrata Underlines Challenges the Nation Faces After Gadhafi,http://online.wsj.com/article/SB10001424052702304887904576395143328336026.html

[5] Ethnic cleansing of Black Libyans (25/7/11), http://sfbayview.com/2011/ethnic-cleansing-of-black-libyans/

[6] Discours de Louis Farrakhan :http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=hDUQjLywTRI#at=1

[7] 1993-2003 et 2005-2007.

[8] Cofondatrice de l’International Action Center (IAC), une organisation présidée par Ramsey Clark, ex-ministre américain de la Justice.

[9] Bruxelles2.eu.

[10] Bruxelles2.eu.

[11] Bruxelles2.eu.

[12] Bruxelles2.eu.

[13] Bruxelles2.eu.

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