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26/09/2011

La candidature de Poutine à la présidentielle et celle de Medvedev aux législatives peut sembler une comédie bien ficelée... Cependant...

Poutine-Medvedev (dans l’ordre) : 2012 est déjà là…

26/09/2011 
    

Les deux compères Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine ont dévoilé leur plan pour 2012 : on échange les fonctions. Poutine est candidat à la présidence, sur proposition de Medvedev, avec toutes les chances (plus quelques-unes en plus) de l’emporter ; Medvedev sera son Premier ministre.

On expédiera lestement les habituels gémissements des chroniqueurs-Système, dans l’habituel commentaire pavlovien : “hmm, tout cela n’est pas tellement démocratique, il serait temps qu’ils fassent, les Russes, comme nous, chez nous, où la démocratie s’étale dans tous ses ors, avec le succès qu’on constate, avec les perspectives que cela ouvre, avec la vertu que cela manifeste”. Voilà résumé, notamment et parmi tant d’autres, l’article de The Independent du 25 septembre 2011.

Un peu plus intéressant, l’article de Aljazeera.net, qui rapporte et commente la nouvelle, le 24 septembre 2011. On retiendra notamment cette réflexion du correspondant de la chaîne à Moscou, Neave Barker, – en soulignant (en gras) un extrait qui nous servira plus loin : «I don't think anyone really knew that this would be the final configuration. People presumed that Putin would remain a senior figure in politics and perhaps in the government. But no one assumed that Putin would return to presidency potentially without a fight. What today's news shows is that Medvedev is behind Putin, and that both of them have a master plan that they want to put into action.»

Russia Today du 24 septembre 2011 développe une réflexion un peu plus approfondie. L’article, qui donne la parole à divers experts, parle d’“une ère politique nouvelle”, impliquant que les manœuvres Medvedev-Potine menant à la nouvelle situation constitue autre chose qu’une simple manigance pour conserver la direction politique en Russie aux seuls deux hommes, avec prédominance de Poutine.

«With Vladimir Putin as president and Dmitry Medvedev as prime minister, Russia will step into a new political reality, believes Sergey Brilev, political commentator and member of Russia’s Council for Foreign and Defense Policy. “Firstly, Medvedev will bring liberal votes for the United Russia party because he is, of course, associated with a liberal agenda and secondly, those things which have been inserted into the Russian political agenda, such as political and economic modernization and innovations, these are things that are normally associated with Medvedev’s name,” he said.

»“If he becomes a reformist prime minister under super popular President Putin, that takes us to a new political reality,” Brilev added. “It brings us to a reality where Putin, who is normally associated with a strong-handed sort of politics could indeed inevitably set out quite a liberal economic agenda, which will be carried out by Medvedev.” […]

»Andrey Kortunov, vice president of the Eurasia Foundation, hopes that Dmitry Medvedev will find ways to continue his initiatives towards modernization when he becomes Russia’s prime minister. ”It is evident that Russia needs innovation. Russia needs modernization,” he said. “We need to move away from an energy economy to a knowledge-based economy. We need to pay much more attention to small business. We need to reform and to modernize our financial system, so there are ways in which we can protect ourselves against the downturns of global markets and I hope that this is something that the new president and the new prime minister will concentrate on.”»

Ces commentaires témoignent du fait que l’analyse un peu plus en profondeur de la décision Medvedev-Poutine s’attache essentiellement aux aspects économiques, avec l’obsession continuelle de la question de la “libéralisation” de l’économie. Des commentateurs occidentalistes intéressés vont évidemment dans le même sens, qui est celui de souhaiter une plus grande “libéralisation” de la Russie, – à l’heure, évidemment, où les crises témoignent partout de l’étourdissant succès de la “libéralisation”.

Nous choisissons une autre approche, sans préjuger une seconde qu’elle soit spécifiquement celle des deux hommes, mais en avançant l’hypothèse que leur décision répond à cette approche sans qu’il soit nécessaire, même chez eux-mêmes de façon précise, de réaliser pleinement la chose. Pour nous, cette décision commune, qui représente une volonté d’organisation et de structuration du pouvoir russe pour la prochaine élection (mars 2012), et une volonté de ménager une transition aussi rapide et aussi contrôlée que possible, avant même que cette élection soit entrée dans sa phase préliminaire (campagne), ressort d’une autre préoccupation, à beaucoup plus court terme mais de beaucoup plus grande importance que les supputations sur la mise en place d’un “libéralisme”, dont l’écho prémonitoire nous semble destiné d’abord à impressionner les milieux dirigeants du bloc BAO. (Ce qui nous gêne effectivement, dans toutes ces supputations, particulièrement sur la “libéralisation” à moyen-long terme de la Russie, à l’imitation d’un système financier et économique en cours de pulvérisation, c’est qu’elles s’exercent justement par le biais d’une perspective catastrophique sur le court terme, dont nul ne sait évidemment ce qu’il sortira. Dans ces conditions, les supputations sur le moyen/long terme deviennent des spéculations sur un destin bien incertain qui dépend entièrement du court terme, et nous préférons nous occuper du court terme.)

Nous savons d’une façon générale que les milieux dirigeants russes, à côté de conceptions opérationnelles très réalistes de leur politique, ne sont nullement étrangers à des interrogations et à des analyses portant sur des hypothèses catastrophiques en général méprisées par leurs collègues américanistes-occidentalistes. Un signe de cet intérêt quasiment officiel se trouve dans le cas du professeur Panarine, ex-officier du KGB fameux pour ses thèses sur l’éclatement prochain des USA, qu’on retrouva en 2008 professeur à l’académie diplomatique du ministère des affaires étrangères. Un autre signe est la présence parmi les chroniqueurs de Russia Today de Gerald Celente, autre prévisionniste (US, celui-là) d’un destin d’éclatement à très court terme des USA.

Il nous paraît évident que les dirigeants russes prévoient des conditions de plus en plus difficiles pour l’ordre (dito, le désordre) international, et, notamment, la situation des USA. A cet égard, 2012 s’impose comme une année fatidique, avec des consultations électorales et des changements cruciaux (présidentielles successivement en Russie, en France, au Mexique, aux USA, changement de direction en Chine). Un autre signe de cette préoccupation est l’intérêt des Russes (Russia Today, notamment) pour le destin de Ron Paul, homme-clef d’une déstabilisation possible des USA en 2012. Dans ce contexte, il apparaît comme tout à fait plausible que la direction russe entretienne elle-même des craintes précises sur des situations de déstabilisation grave dans le monde durant l’année 2012, pouvant déboucher sur des situations de crise systémique générale, mettant en cause toutes les structures actuelles ; selon cette hypothèse, cette direction entendrait se tenir prête, sans rupture de pouvoir, pour affronter de tels événements. Nous pensons que c’est aussi, et peut-être essentiellement, à cette lumière qu’on doit voir l’arrangement Medvedev-Poutine. Et nous répétons que si même il ne s’agit pas d’une explication exprimée, voire même consciente, il nous paraît que l’hypothèse doit être prise en compte d’une manière objective, comme signe d’une pression générale dans ce sens, – dans le sens d’événements graves en 2012 qui impliquent qu’on soit le plus préparé possible pour les affronter.

 

Mis en ligne le 25 septembre 2011 à 09H43

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