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06/10/2011

Maintenant, c'est en Tchéquie que la problématique Rom se manifeste. Quelle solution au niveau européen pour ces gens du voyage?

République tchèque

A Varnsdorf, les Roms sont sous pression

5 octobre 2011
Prague
Varnsdorf (République tchèque), 3 septembre, 2011. La police garde une pension abritant des Roms.

Varnsdorf (République tchèque), 3 septembre, 2011. La police garde une pension abritant des Roms.

Romea os

A 500 mètres de la frontière allemande, Varnsdorf est depuis plusieurs semaines le théâtre de manifestations de l’extrême droite contre la minorité rom — 500 personnes sur les 16 000 habitants de la ville. Elles cristallisent les tensions entre ces derniers et une communauté dont l’intégration pose encore des problèmes.

Dans une chambre, située au rez-de-chaussée du centre d’hébergement T. G. Masaryk, une trentaine d’enfants se sont blottis sur des lits superposés. Ondřej travaille pour l’ONG Nenávist není řešení [La haine n’est pas une solution]. Il leur a distribué des journaux datant d’une semaine et remplis de photos de la dernière manifestation à laquelle ont participé les habitants de la ville avec des dizaines de crânes rasés.

"On va parler maintenant de ce qu’il y a sur ces photos", propose Ondřej aux enfants. "C’est la manifestation contre nous", dit une petite fille âgée de 10 ans. "Et qu’est-ce que tu en penses ?", demande Ondřej. "Ce sont des idiots", répond un garçon âgé de 9 ans.

Dehors, une cinquantaine de policiers lourdement équipés se préparent à intervenir. "Je suis ici déjà pour la quatrième fois et je pense que je serai là encore la semaine prochaine", dit l’un d’eux. Ces policiers ont pour mission d’empêcher la foule de pénétrer à l’intérieur du centre d’hébergement.

Depuis quelque temps, tous les week-ends, Varnsdorf est le théâtre de manifestations contre les habitants Roms de la ville. La dernière a été organisée à l’initiative de Lukáš Kohout. Il s’est fait connaître en accompagnant les responsables politiques lors de leurs déplacements en se faisant passer pour leur assistant. Le matin, un débat a eu lieu dans le cinéma de la ville avec des représentants de la mairie. Les habitants ont été chauffés à blanc avant la manifestation de l’après-midi. "J’en peux plus de ces Tziganes. Rendez-vous à deux heures sur la place. On va s’occuper d’eux", s’entendent deux hommes dans le hall du cinéma.

Protéger les enfants

Miroslav Brož, porte-parole de Nenávist není řešení, accompagne les reporters de Hospodářské noviny dans le centre d’hébergement à trois étages. Ses occupants n’ont pas suffisamment d’argent pour payer les loyers des appartements dans lesquels vivent la plupart des habitants. La ville reçoit 3 000 couronnes [environ 104 euros] par adulte et 2 000 couronnes [environ 70 euros] pour chaque enfant.

 

"Nous sommes là aujourd’hui pour rassurer les gens et pour divertir les enfants. Nous veillons à ce qu’ils ne sortent pas, à ce que rien ne leur arrive", explique Brož. "La mairie engage bien des travailleurs sociaux, mais aujourd’hui, ils ne sont pas là", dit-il en soupirant.

Quelques têtes d’enfants et d’adultes émergent des chambres. "Madame, savez-vous quand ce sera fini ? On veut sortir", interroge, la mine fâchée, une femme d’un certain âge. Elle n’est pas Rom. Elle est arrivée dans ce centre d’hébergement après s’être retrouvée dans l’incapacité de payer un loyer à prix normal. "Oui, je comprends pourquoi les gens sont en colère contre les Tziganes qui volent et sèment la pagaille. Et qui parfois tabassent des gens. Mais ils ne sont pas tous comme ça. Sur chaque pièce, il y a toujours deux faces", avance-t-elle. "J’avais un travail, une famille et aujourd’hui je n’ai plus rien", dit-elle pour expliquer sa présence dans le centre d’hébergement, sans donner plus de détails sur ses mésaventures.

"Ce n’est pas facile de vivre avec eux"

Un policier de la brigade anti-conflits explique ainsi le problème de Varnsdorf : "Ça ne m’étonne pas vraiment que les habitants de Varnsdorf aient des problèmes avec la communauté rom. Ce n’est pas facile de vivre avec eux dans une même ville. Ils sont de plus en plus nombreux à venir habiter ici à cause des centres d’hébergement que les entrepreneurs se sont mis à créer à grande échelle".

Beaucoup d’entrepreneurs de la région ont en effet fondé leur activité sur le regroupement des personnes en situation de détresse sociale. Ils gagnent de l’argent grâce aux subventions versées aux centres d’hébergement, à l’instar de la ville qui possède également quelques-unes de ces structures.

Près d’une centaine de personnes vivent à T. G. Masaryk. C’est ainsi qu’on appelle ce centre d’hébergement. La plupart de ses occupants sont en colère de devoir rester enfermé un samedi ensoleillé à l’intérieur du centre, pour ne pas risquer de provoquer un conflit.

Mais quelques-uns parmi eux ont également peur. C’est pour cela qu’ils ne sont pas allés discuter le matin au cinéma avec le reste de la population. "La prochaine fois, on doit aller parler à ces gens. Nous ne sommes pas qu’une bande de voleurs et de tire-au-flanc", affirme Vyskočil en poussant František Godl devant l’objectif. "Franta a suivi un cours de requalification d’apprentissage des bases de l’informatique. Personne n’a voulu l’embaucher. Il voulait devenir travailleur social, mais là aussi ça n’a pas marché. Alors il moisit ici", dit en colère Vyskočil.

Un peu moins de trois heures plus tard, la foule abandonne. Les policiers lui a refusé l’accès au logement social. Chacun part vaquer à ses affaires. "Je vais maintenant sortir les enfants, ils sont restés enfermés toute la journée, il faut qu’ils aillent s’aérer un peu dehors", dit en prenant congé Kumar Vishwanathan, un travailleur social indien qui a acquis une riche expérience avec la communauté rom de la région d’Ostrava. Il a reçu le prix František Kriegl pour son travail avec l’association Vzájemné soužití [Vivre ensemble] et il a été décoré par l’ambassade des Etats-Unis pour son action en faveur de l’amélioration des relations entre Roms et non-Roms tchèques.

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