Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14/10/2011

Le printemps arabe n'a rien changé dans la volonté du pouvoir de sacrifier les coptes pour atteindre politiquement les Frères musulmans.


La lettre défense de l’IRIS
N°4 - Vendredi 14 octobre 201

ÉDITO
Symbole du « printemps arabe » la place Tahrir vient de revêtir des atours
dignes de Tian An Men. L’agora où s’exprimaient les espoirs d’un monde trop
longtemps opprimé par ses  généraux, ses oligarques, ses mollahs, s’est
muée en champ de bataille « huntingtonien ». Les guillemets s’imposent car
l’affrontement qui s’est produit entre Egyptiens chrétiens et musulmans dé-
ment l’unicité d’un ensemble arabe trop facilement résumé par le penseur
américain sur l’Islam.
En revanche, la dimension religieuse, structurante de la théorie du choc des
civilisations, confirme tragiquement sa primauté du Maroc à l’Irak. En
quelques jours, les fondamentalistes musulmans viennent de doucher les espoirs de ceux qui rêvaient déjà d’un espace de libertés partagées de part et
d’autre de la Méditerranée. Vingt-quatre morts sur la place Tahrir dans les
rangs des Coptes. Ils n’avaient d’autre tort que de manifester contre les pogroms dont ils sont régulièrement victimes de la part de leurs concitoyens
musulmans. Scènes de guérilla urbaine à Tunis autour de Nessma TV : la
chaîne a osé adopter une ligne éditoriale laïque et diffuser un film dans lequel
Allah est représenté.
Bien entendu tous les oiseaux de mauvais augure, ceux qui assurent depuis
des mois que l’Islam ou le monde arabe ne sont pas faits pour la démocratie,
jubilent : il fallait que bien que cela arrive, que l’Occident redescende sur
terre… Cela n’a rien de réjouissant, mais on ne saurait leur donner tout à fait
tort. Car une fois encore nos sociétés ont pêché par excès d’enthousiasme.
Dans le tourbillon des révoltes, des appels à la liberté, nous avons oublié ce
que quelques dépêches d’agences de presse, quelques articles rappellent
régulièrement à ceux qui scrutent cet « arc des crises » : l’intolérance, le racisme, ne sont pas l’apanage exclusif du méchant descendant de colon franchouillard ou du sioniste fanatique incendiaire de mosquée. Combien d’églises
brûlées au Pakistan, en Irak, en Egypte ? Combien de fatwas contre ceux qui
réclament un peu plus de modernité ? L’auteur de ces lignes se rappelle
d’une dépêche AFP lue à l’antenne d’une radio de la communauté musulmane française : elle rapportait les tentatives désespérées des immigrants
venus d’Afrique sub-saharienne pour traverser au plus vite l’Egypte et gagner
Israël, où il est moins difficile d’être noir. Pour une fois il ne fallait surtout pas
reprendre l’AFP !
Sortons enfin du politiquement correct et de l’angélisme. Toutes les révolutions arabes ne méritent pas notre appui inconditionnel. Leurs leaders doivent d’abord donner des gages vis-à-vis des minorités, laïcs, chrétiens, juifs,
féministes, homosexuels… Ne pas exiger un discours clair dès à présent,
c’est se rendre complice de drames à venir.
● Philippe Migault, Rédacteur en chef de 3

Les commentaires sont fermés.