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15/10/2011

Un vent d'espoir souffle sur la Zambie suite à des élections qui ont été maîtrisées malgré les tensions contenues de la population.

Le pacifique et exemplaire appel au changement des citoyens zambiens

14 octobre

Par Agathe Nogueira, consultante auprès du marché commun pour l’Afrique orientale et australe- COMESA, diplômée d’IRIS Sup’

Le 20 septembre dernier, la Zambie, immense pays d’Afrique australe dont l’économie est presque exclusivement fondée sur l’exploitation du cuivre, s’est dotée d’un nouveau Président de la République et d’une nouvelle majorité parlementaire en votant pour la première fois depuis la mise en place du multipartisme dans le pays - en 1991- pour un parti d’opposition, le « Front Patriotique » (« Patriotic Front - PF »), lors d’une mobilisation électorale d’une ampleur historique pour le pays.

 

Rupiah Banda, président déchu et membre du parti au pouvoir depuis toujours, le « Mouvement pour la démocratie multipartite » (« Movement for Multiparty Democracy – MMD »), avait accédé au pouvoir en 2008, après le décès du Président en exercice, Levy Mwanawasa et alors qu’il était Vice-président du pays. Son principal opposant, Michael Sata -donné depuis longtemps favori dans les zones urbaines mais qui avait auparavant perdu par trois fois les élections présidentielles- vient de lui succéder en s’appuyant sur la soif de changement qui a aujourd’hui envahi le pays. De nombreux Zambiens admettent ainsi volontiers ne pas avoir voté pour Michael Sata mais « pour le changement ».

Les Zambiens désespèrent en particulier de ne pas bénéficier de la montée des prix du cuivre -dont l’exploitation par des compagnies étrangères a constitué la pierre angulaire des débats politiques durant la campagne présidentielle- et de ne pas voir le fort taux de chômage et la pauvreté diminuer- plus de 60% des Zambiens ont un revenu de moins de 2 dollars par jour- alors qu’ils prennent conscience des systèmes de corruption généralisés qui gangrènent le pays.

Malgré l’immensité des enjeux, cet appel au changement vécu comme fondamental par des millions de Zambiens s’est fait de façon pacifique et selon les règles démocratiques et du multipartisme. A ce titre, la –faible- couverture de cet événement historique dans les médias internationaux a de quoi nous interpeler en ce qu’elle s’est presque exclusivement concentrée sur des manifestations de violence très marginales et constitue à ce titre une analyse extrêmement simpliste de la réalité des élections zambiennes.

Certes, quelques émeutes ont eu lieu travers le pays durant le processus électoral, notamment dues à des suspicions de trucages et à l’ouverture tardive de certains bureaux de vote pour lesquels aucune explication n’avait été donnée. Néanmoins, tous les observateurs s’accordent d’une part, sur la transparence des élections et, d’autre part, sur le pacifisme dans lequel elles se sont déroulées. Nombreux sont en effet les observateurs qui redoutaient une montée rapide des violences, face à l’excitation réelle que les élections ont provoquée et il est possible qu’un résultat différent des élections aurait pu mener à une vague de violences. Cependant, la réalité des élections zambiennes a souligné, une fois de plus, le pacifisme exemplaire de la Zambie dans une région du monde historiquement tourmentée. De nombreux appels au calme lancés dans les médias et sur des panneaux publicitaires par des personnages emblématiques du pays comme par les différents candidats aux élections enjoignaient depuis des semaines la population zambienne à garder son calme durant le processus électoral. De la même façon, le départ respectueux de Rupiah Banda et la passation de pouvoir pacifique a montré, une fois de plus, la volonté des Zambiens de jouer le jeu de la démocratie.

Néanmoins, face à l’immensité des attentes du peuple zambien, le nouveau président dispose aujourd’hui de cinq ans avant les prochaines élections pour relever un défi majeur : ne pas décevoir cette population qui a accepté, de façon pacifique, de lui faire confiance et satisfaire ce désir de changement qu’il a tant alimenté par ses propres promesses –notamment en ce qui concerne les taxes et la rente minière et la création d’emplois– face à un peuple de moins en moins enclin à se laisser duper.

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