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16/10/2011

La grande modernisation de Medvedev n'a eu aucun effet autre que de maquiller son image propre de la modernité en Occident.

Les hommes d’affaires russes, grands sceptiques de la modernisation ?

Publié le 13 octobre 2011 à 20:33
 

Ayant analysé les dépenses des vendeurs d’actifs les plus coûteux sous la présidence Medvedev, le journal Kommersant est arrivé à la conclusion que, sur toute cette période, seuls Mikhaïl Prokhorov et Arkadiy Rotenberg ont cru dans l’économie russe. Les autres hommes d’affaires, dans leur grande majorité, n’ont pas pris le risque d’investir en Russie.

Moscou City

The Wall Street Journal publiait la semaine dernière un article signé des directeurs de l’organisation Freedom House David Cramer et Christopher Walker, appelant l’Ouest à surmonter ses phobies et à voir du bon dans le retour prévu de Vladimir Poutine au poste de président, ce retour débarrassant l’Occident des illusions de la rhétorique modernisatrice de Medvedev.

Les directeurs de Freedom House recommandent de regarder la Russie sans fard modernisateur pour éviter les erreurs : notamment celle qui aurait consisté à y placer de l’argent. En effet, la Russie se trouve jusqu’aujourd’hui à la 143ème place sur les 179 du classement sur la liberté économique d’Heritage Foundation, et à la 154ème place sur 178 au classement mondial sur l’indice évaluant la corruption.

Nous avons pour notre part décidé d’aborder la question d’un autre côté : la modernisation a-t-elle constitué une illusion également pour le business russe ? Nous avons, conjointement avec le portail Mergers.ru, établi un classement des fusions-acquisitions les plus importantes de la présidence Medvedev, dans lesquelles les actifs ont été vendus par des personnes physiques, avant de préciser où l’argent gagné avait été placé.

Victimes de la rotation

Le récent bannissement hors de la commission pour la modernisation de Mikhaïl Prokhorov et Leonid Reïman, « du fait des nécessités de la rotation », est demeuré pour nous indéchiffrable, étant donné que les deux hommes d’affaires sont les seuls participants du classement chez qui nous avons découvert des projets concrets dans cet élan modernisateur justement.

Ayant retiré, en avril 2008, 15,7 milliards de dollars de la vente du paquet d’actions de Norilskiy Nickel, Prokhorov a réalisé ses rêves d’enfant, en achetant pour 200 millions l’équipe de basket-ball américaine des New-Jersey Nets et, pour la moitié de cette somme, a également été pendant trois mois un politicien russe. Et pourtant, il n’est pas resté en marge de la modernisation et des innovations. Tout d’abord, un travail significatif est mené dans les compagnies énergétiques qui lui appartiennent. Ensuite, Prokhorov a aussi son projet, moqué mais bien réel, de « Yo-mobile », ainsi que la société Optogan, créée en collaboration avec Rosnano, qui produit des ampoules LED. En parallèle existe le Fonds Prokhorov, qui soutient la science et l’éducation.

Leonid Reïman, à qui les analystes attribuent unanimement la vente de Telekominvest en mai 2008 pour 1,2 milliard de dollars, apparaît souvent ces derniers temps dans la presse sur des sujets liés à de prometteuses start-ups dans les domaines des technologies de l’information et des télécommunications. Il possède des parts dans le groupe Angstrem (qui s’occupe d’introduction de technologies scientifiques dans l’industrie) et est capital-risque pour le fonds NGI. Ce fonds (d’un volume de 40 millions de dollars environ) est devenu, l’année dernière, copropriétaire du concepteur français de Distribution Linux Mandriva, ainsi que du concepteur du logiciel libre PingWin Software. En mai de cette année, Reïman, avec un certain nombre d’autres investisseurs, a encore créé le Fonds Alternative Capital Investments, pour l’investissement dans des projets d’innovation, notamment aussi dans les secteurs des media, des télécommunications et des services des technologies de l’information.

Partisans de l’orientation traditionnelle

Employer son argent pour le bénéfice du pays était également possible dans les branches traditionnelles de l’économie. C’est le choix qu’ont fait les ex-détenteurs de WBD Gavril Iouchvaev et David Iakobachvili : ils ont acquis sur des bases paritaires la société Promuglesbyt, qui construit le plus gros puits d’extraction de Kouzbass. Parallèlement, Iouchvaev a accru ses parts dans le groupe Agrocomplex Gorki-2 de 2,01% à 34,78%, quant à Iakobachvili de 1,99% à 19,37%.

Les frères Sarkissov, après avoir vendu à la fin de l’année dernière 36,7 % de la société d’assurance RESO-Garantia pour 810 millions de dollars, ont créé une banque mono-produit, spécialisée dans le crédit hypothécaire et rêvent, d’ici à cinq ans, occuper pas moins de 10 % du marché russe de l’hypothèque.

Parmi les branches traditionnelles, une des variantes les plus avantageuses de placement de l’argent gagné est le business immobilier. C’est la voie qu’ont empruntée Mikhaïl Gutseriev et l’ex-actionnaire du port maritime de Novorossisk Aleksandr Ponomarenko.

Les structures de Mikhaïl Gutseriev ont conduit la reconstruction de l’hôtel Leningrad, l’homme d’affaires possède également 70% de la corporation Mospromstroï ainsi que les passages Petrov et Smolensk. Chez Aleksandr Ponomarenko, l’échelle est moindre : en mars de l’année 2011, il a acquis le complexe Lazurnaïa Iagoda, situé à Gelendjik et d’une superficie totale de près 26 000 hectares, plus son terrain, pour 350 millions de dollars.

Le plus célèbre des vendeurs du port maritime de Novorossisk, Arkadiy Rotenberg a, en mars 2011, racheté à Gazprom la société de services Burgaz pour 4,05 milliards de roubles puis, quatre mois plus tard, l’entreprise Minudobrenia, située à Rossoch, dans l’oblast de Voronej. La transaction n’est pas encore achevée : il est prévu que Rotenberg recevra 79,6% des actions de Minudobrenia, pour une transaction estimée par les experts à 1,3 milliard de dollars. Dans le même temps, en août 2011, la société française Vinci, en partenariat avec les structures d’Arkadiy Rotenberg, faisait part de son intention de construire à Moscou des lignes de métro et des parkings ; coût du projet : 66 milliards de roubles. Les frères Arkadiy et Boris Rotenberg se trouvent encore être propriétaires du combinat de boucherie Tagansky : un paquet de 73,66 % est détenu par la banque Severniy moskoï put, qui leur appartient.

Investisseurs muets

Près de la moitié des participants du classement des gros investissements dans l’économie russe sont, après la vente de leurs actifs, restés muets. Evgueniy Tchitchvarkine et Andreï Borodine ont quitté le pays. Dmitriy Rybolovlev a obtenu la nationalité suisse et est devenu un actif investisseur à l’étranger.

Evgueniy Tchitchvarkine a crée en Grande-Bretagne une petite affaire de vins. Andreï Borodine n’a rien crée. Dmitriy Rybolovlev, en revanche, est devenu en septembre 2010 le plus gros actionnaire de la Bank of Cyprus, l’achetant à 9,7 % du paquet pour 223 millions d’euros (300 millions de dollars). D’autre part, Rybolovlev a sérieusement investi en Suisse dans un projet lié à l’immunologie.

Exode au lieu d’investissements

« Les seuls appels du président se sont avérés insuffisants, et il semble que le gros business ne s’intéresse pas à la sphère de l’innovation», constate la présidente de l’Association nationale pour l’innovation et le développement des nouvelles technologies de l’information (NAIRIT) Olga Uskova.

L’investisseur russe, semble-t-il, a peu de choses qui l’attirent en Russie. D’après la balance des paiements publiée par la Banque centrale, sur les neuf derniers mois, l’exode du capital hors de Russie s’est élevé à 49,3 milliards de dollars. En tout, pour les deux dernières années, ce sont 82,9 milliards de dollars qui se sont échappés de Russie.

Source: Kommersant

Traduit par: JULIA BREEN

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