Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24/10/2011

Pour être moi-même occidental, je ressens une gêne profonde face à la folie infantile et collective des dirigeants occidentaux. Etre né ailleurs...

Un effondrement psychologique

24/10/2011

24 octobre 2011 – Le 21 octobre 2011, l’ambassadeur russe à l’OTAN Dmitri Rogozine a émis quelques considérations sur le comportement des dirigeants occidentaux, ou disons du bloc américaniste-occidentaliste (bloc BAO) à l’annonce de la mort de Kadhafi. Bien entendu, ces observations doivent être lues à la lumière des circonstances barbares de cette mort, et ces circonstances largement portées à notre connaissance par la diffusion de vidéos montrant la scène.

Rogozine écrit ceci, qui est une dénonciation d’une sorte de sadisme infantile (Russia Today, le 21 octobre 2011) : «The faces of the leaders of ‘world democracies’ are so happy, as if they remembered how they hanged stray cats in basements in their childhoods». Jeudi soir, Rogozine avait déclaré à la radio qu’il semblait que l’OTAN était directement impliquée dans cette liquidation, terminant par une appréciation qui impliquait des soupçons sérieux sur le comportement politique et, surtout, sur la psychologie de ces dirigeants : «Apparently there were orders that oriented the military servicemen who are in Libya and that directed them to ensure the physical elimination of Gaddafi. […] We must bear in mind who we are dealing with in the face of Western democracies…»

Le même 21 octobre 2011, Russia Today publiait une brève nouvelle sur les réactions du porte-parole de Poutine aux déclarations du sénateur McCain concernant la mort de Kadhafi. Là encore, les derniers mots de l’extrait que nous citons mettent directement en cause l’état mental et l’équilibre de la psychologie du sénateur, qu’on peut sans aucune hésitation mettre dans la catégorie de ces “dirigeants du bloc BAO” : «John McCain's statements are making “less and less common sense,” Vladimir Putin's press-secretary Dmitry Peskov has said, commenting on the US senator's remarks that the Russian PM may be “nervous” after Gaddafi's death. “We consider it is below our dignity to react to these words in any way,” Peskov told Interfax agency on Friday. The prime minister's press-secretary assumed that the American senator has apparently been “very tired.”» (Observons que ce n’est pas la première fois que McCain réagit de la sorte, marquant ainsi une véritable obsession personnelle à l’encontre de Poutine. Il a déjà évoqué cette idée que les événements de Libye et concernant Kadhafi, préfiguraient de semblables événements en Russie et concernant Poutine. La caractéristique de l’obsession est la continuité pathologique d’une pensée en dépit de toutes les contraintes de la vérité, – ce pour quoi l’on parlée d’“idée fixe”.)

On placera bien entendu ces diverses nouvelles sur le même pied, et dans une même continuité, que les attitudes publiques fort peu ordinaires d’Hillary Clinton, réagissant à l’annonce de la mort de Kadhafi (“Wow) ou “commentant” cette mort («We came, we saw, he died»), avec ce que nous qualifiions de «gloussement de jeune fille attardée et excitée» en omettant de mettre l’accent, par un souligné de gras par exemple, sur le qualificatif d’attardée, – car nous sommes, dans tous ces cas, plus dans la psychologie exacerbée que dans la sexualité compulsive. (Voir, pour ceci et cela, nos Bloc Notes du 21 octobre 2011 et du 22 octobre 2011.)

Nous avons choisi, à peine d’ailleurs tant ces commentaires viennent si naturellement et ne se dissimulent plus pour s’exprimer, des commentaires qui concernent la psychologie. Ce n’est pas sans intention, on s’en doute. Lorsque Rogozine dit qu’il faut “avoir à l’esprit la sorte de gens avec laquelle nous traitons lorsque nous traitons avec les démocraties occidentales”, lorsque Peskov observe que McCain montre “de moins en moins de sens commun” et qu’il paraît “très fatigué”, c’est évidemment de psychologie qu’ils parles, l’un implicitement, l’autre explicitement. Ils disent et ils nous disent que les dirigeants du bloc BAO sont si pressés, si épuisés psychologiquement, qu’ils commencent à avoir des comportements anormaux, dans le sens de la pathologie… Certes, nous préférons résolument parler de “comportements anormaux, dans le sens de la pathologie”, plutôt que de cynisme, de cruauté, d’absence totale d’humanité et de compassion. Dans le second cas, nous distinguerions des “salauds”, au sens un peu désuet et empli d’illusions (puisqu’il y a “salauds”, il y a absolument “types merveilleux”) que porte le sens sartrien ; mais il n’est pas donné à tout le monde d’être un “salaud”, au point que nous doutons grandement, au contraire de Sartre, que cela existe un “salaud” ; un “salaud” qui montre cynisme, cruauté, etc., le montre avec une certaine puissance, un certain équilibre dans le Mal, un certain empire sur lui-même… Il n’est pas possédé, dominé, presque incapable de réduire, voire même de contrôler des réactions émotives, incohérentes, déraisonnables. L’allure absolument ahurie de la Clinton, tombée dans une bassesse abyssale même par rapport à 1999 (lorsqu'elle pressait son mari de bombarder la Serbie), relève d’une pathologie, ou de quelque chose d’autre qui y ressemble, nullement d’un comportement et d’un projet politique, fût-il maléfique, ni d'un comportement politique cohérent, t-il celui d'un “salopard”.

Une autre chose que nous révèle cette affaire du massacre de Kadhafi, c’est le caractère collectif de ce comportement. Dans ce cas interprété, Rogozine a raison. En précisant encore notre pensée, nous penserions que lorsque Rogozine dit qu’il faut “avoir à l’esprit la sorte de gens avec laquelle nous traitons lorsque nous traitons avec les démocraties occidentales”, il signifie qu’il faut avoir à l’esprit que ces dirigeants occidentaux sont frappés d’une sorte de pathologie commune, qu’ils ont activement en commun jusqu'à parfois ne sembler qu'un, peut-être pas d’être des fous mais dans tous les cas dans le processus de devenir fous. C’est bien le cas, si l’on accorde au mot “folie”, non pas les appréciations médicales habituelles, neurologiques, ou même psychiatriques, de forme individuelles, mais bien la conduite d’une pathologie collective.

Cette hypothèse est conforme avec l’affaire Kadhafi. Ils se sont engagés dans cette affaire, fondamentalement (les explications rationnelle viennent ensuite et n’ont aucune valeur psychologique fondamentale), dans des circonstances compulsives, sous la pression de quelques événements absolument bouffons, informes, des événements de type deleuzien si l’on veut ; le rappel du clown BHL et de son numéro de cirque suffit à fixer la chose. (Faut-il lire le récent Sarkozy sous BHL, de Vergès-Dumas pour en savoir plus, ou mieux comprendre ? Cela vaut d’essayer, est le titre est déjà fort bien contourné : ce “président” se trouvant en dessous de ce qui est déjà d’une bassesse proche d’être insondable, – voilà que beaucoup nous en est dit.) Les circonstances de la “guerre de Libye” ont pris le tour qu’on sait, entre les ordres péremptoires de ces directions civiles d’autant plus énervées qu’elles y étaient engagées comme on l’a vu, et qu'elles se trouvaient dans l’obligation politique d’en finir très vite, et dans l’obligation psychologique de tenter de rattraper leur bassesse ; l’action brutale qui en a résulté, de la part d’un système du technologisme (l’OTAN, les forces armées) inéluctablement conduit à frapper de plus en plus fort, et de façon de plus en plus “aveuglément précise” (la “tuerie de précision”, ou la précision par accidents, qui pulvérise les civils qu’on est censés défendre) ; la nécessité de la présentation vertueuse d’un acte illégal (la résolution de l’ONU bafouée), au nom de compagnons suspects (le CNT), etc., cela impliquant la tension constante et grandissante du mensonge répété, et même inconscient peu importe… Tout cela vous exacerbe une psychologie déjà épuisée.

La liquidation de Kadhafi est venue comme une apparente libération, – complètement faussaire certes, simulacre de libération, – de psychologies effectivement et précisément prisonnières d’elles-mêmes dans ce cas. Nous sommes absolument convaincus que pas un seul de ces crétins glorifiés par leurs fonctions (crétins au sens pathologique) n’a compris précisément qu’en applaudissant la mort de Kadhafi comme il l’a fait, sans un mot de retenue, sans la prudence du commentaire nuancé, ils applaudissaient la barbarie. Cela ne fait pas d’eux des “salauds” encore plus “salauds”, puisqu’ils ne le sont pas. Cela fait d’eux des gens, non au bord du nervous breakdown (cela, ce serait pour les plus chanceux, qui serait ainsi mis sur la voie de garage, hors de la trajectoire suicidaire), mais bien encore plus épuisés psychologiquement et plus proches de la pathologie imposée par des circonstances extérieures qu’ils soutiennent mais auxquelles ils ne comprennent rien, et qui produisent à chaque fois le contraire de ce qu’ils en attendent (d’où la fatigue pas loin, presque accomplie, de la pathologie, la “fatigue pathologique” enfin…).

On observera bien entendu que cette affaire libyenne n’est certainement pas la première du genre à soumettre à rude épreuve ces psychologies des dirigeants du bloc BAO, ou disons la “psychologie collective” de ces dirigeants car un tel phénomène est désormais non seulement concevable, – ce qu’il est d’une façon ontologique, à notre sens, – mais quasiment observable. Depuis 2008 et la crise de l’automne, les événements contraires à leur “politique”, ou à leur “instinct sous influence” s’accumulent et accroissent leur fatigue collective ; depuis cette même rupture, il n’y a plus de réelle dissension entre ces dirigeants, comme il y eut durant l’époque Bush, et tous sont emportés, non dans une politique américaniste ou d’une qualification semblable qui supposerait une inégalité, voire des soumissions d’engagement ; désormais, il y a une cohorte unie dans une Chute générale, suscitée par une sorte de “politique-Système” qui dépasse leurs capacités de conception et de compréhension. Il y a donc ce point très remarquable d’initiatives politiques se heurtant à des effets absolument contraires à ceux qu’on attend, et par conséquent une impression à la fois d’impuissance et d’agitation échevelée produisant objectivement une évolution absolument contraire à celle qu’on espère. L’effet n’est pas politique, il est psychologique, et il est effectivement celui d’une psychologie collective.

En attendant 2012

Effectivement, on le devine, c’est ce caractère d’un courant d’une “psychologie collective” qui nous arrête… Il signifie qu’il existe, de plus en plus forte, une influence extérieure qui uniformise les psychologies de ces dirigeants-Système selon une attitude psychologique catastrophique similaire. Cette “influence extérieure” qui renvoie à un courant métahistorique antagoniste du Système, se nourrit nécessairement des événements qui objectivisent la catastrophe de l’effondrement en cours du Système, et influencent à leur tour en les uniformisant effectivement ces psychologies des dirigeants politiques. Au plus l’effondrement du Système accélère, au plus ces dirigeants sont prisonniers du Système et produisent une politique catastrophique, avec les conséquences les plus aberrantes et les plus cruelles, au plus leurs psychologies épuisées sont touchées par cette “influence extérieure” qui ne cesse de les placer d’une façon de plus en plus pressante devant les contradiction entre les effets de leurs actes et la prétention vertueuse du catéchisme-Système auquel ils se raccrochent comme à une bouée de sauvetage.

Le plus important dans cette description hypothétique, c’est évidemment l’hypothèse de cette “influence extérieure”, renvoyant au “courant métahistorique antagoniste du Système”. Elle seule donne une compréhension intuitive du puissant phénomène d’accélération de l’Histoire, qui est devenue, dans la pratique des relations internationales, un renforcement constant du nombre et de la puissance des crises, un renforcement de la structure crisique qui constitue la nouvelle structure insaisissable de ces relations, et de la chaîne crisique qui en est devenue le moteur en constante accélération. L’accélération de l’épuisement psychologique des directions politiques ainsi constatée en constitue la conséquence naturelle, conséquence qui devient elle-même un facteur de renforcement du tout en poussant à des décisions et à des réactions qui, toutes, vont dans le sens de l’aggravation qu’on décrit. Le Système dans son processus d’autodestruction s’est transformé en un cercle vicieux, ou en un tourbillon qui ressemble de plus en plus à un de ces “trous noirs” où s’engloutit notre contre-civilisation.

Dans ces conditions, les directions politiques se transforment effectivement en caricatures d’elles-mêmes, montrant des excès de comportement qui les ridiculisent, qui les délégitiment, concentrant tous les effets les plus voyants et les plus choquants de la crise générale aux plus hauts sommets de la hiérarchie politique. Dans ce contexte, les critiques et les agitations accusatrices deviennent elles aussi radicales, comme on peut le lire avec le jugement d’un Rogozine sur les dirigeants occidentaux, – jugement tout de même venu d’un ambassadeur d’un pays comme la Russie auprès d’une organisation telle que l’OTAN. Cette critique passe pourtant comme une lettre à la poste, sans soulever la moindre protestation, la moindre remarque, comme si ces mêmes directions politiques accusées de sadisme infantile n’avaient même plus la force, ni même la présence d’esprit de relever le trait pour le juger comme peu conformes aux bons usages diplomatiques. (En d’autres temps, il y a seulement 20 ou 30 ans, un tel jugement aurait suscité un violent incident entre l’OTAN et la Russie, et, pour le moins, des explications exigées de l’ambassadeur Rogozine, sinon son remplacement.) C’est que, simplement, la critique de Rogozine est d’une telle vérité, et la faiblesse psychologique des dirigeants occidentaux d’une telle intensité, et les “bons usages diplomatiques” si loin enfouis dans la poussière de l'oubli, que tout se passe comme si rien ne s’était passé… C’est que, simplement, tous ces incidents et excès divers ne répondent plus à des politiques normalement conçues et développées, mais à une accumulation ininterrompue d’incohérences comme simples réactions d’individus et de groupes d’individus (les directions politiques du bloc BAO) emportés par le grand “courant métahistorique” dont nous parlons.

Dans ce contexte, l’incident des réactions autour de la mort de Kadhafi ressemble à un acte désespéré, – un de plus dans la cohorte de ces actes insensés, – d’esprits à la dérive avec leurs psychologies épuisées, saisissant l’apparence d’un événement pour espérer en faire le symbole du triomphe d’une aventure politique dont nul ne comprend le sens originel, – même si des explications rationnelles, venues après coup, ont tenté de lui en donner un. Ce processus n’étant fait que d’actes faussaires et de décisions qui ne sont que des simulacres, le résultat est une caricature cruelle et honteuse, qui met encore plus en lumière ce qu’elle espérait dissimuler un instant.

C’est dans ce climat psychologique qu’il faut comprendre l’importance, que nous ne cessons d’avancer, de l’année 2012, à cause des renouvellements politiques auxquels contraignent les calendriers politiques de plusieurs grands pays. (Elections présidentielles en Russie, en France, au Mexique, aux USA, peut-être en Egypte, nouvelle présidence en Chine, etc.) On y trouve nécessairement la situation d’une convergence potentiellement explosive entre les situations des crises diverses composant la crise d’effondrement du Système, les exigences des populations rendues de plus en plus furieuses par ces crises et par la perception de la nécessité de la mise en cause radicale du Système, et enfin cette situation de crise générale des psychologies des dirigeants politiques.

Les commentaires sont fermés.