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28/10/2011

L'Eglise a décidé de sortir de l'ombre en provoquant le débat de société sur le terrain de la politique financière universaliste.

Miracle, le Vatican a la solution à la crise financière

3LH-Fine Art/SUPERSTOCK/SIPA

 
26.10.2011 | 14:35

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Taxes sur les transactions financières, recapitalisations des banques, création d'une "autorité publique universelle" et d'une "banque centrale mondiale". Ce ne sont pas là les dernières trouvailles d'Attac ou un nouveau coup d'esbroufe de Sarkozy, mais bien les solutions du Vatican à la crise économique et financière. Un vœu pieux ?

Alors que les dirigeants de la zone euro, empêtrés dans leurs querelles de clochers, poursuivent leur chemin de croix et veulent croire à un dénouement miracle, mercredi soir, au sortir d'un nouveau sommet de la dernière chance, l'Eglise catholique dénonce "l'idolatrie des marchés" et propose des solutions contre la crise économique.

Car, il y a urgence. Le diagnostic du Saint-Siège sur la situation actuelle est sombre:

Si aucun remède n'est apporté aux différentes formes d'injustice, les effets négatifs qui s'en suivront au plan social, politique et économique seront de nature à engendrer un climat d'hostilité croissante et même de violence, jusqu'à miner les bases mêmes des institutions démocratiques, celles qui sont également considérées comme les plus solides et les plus sûres.

Le Vatican appelle donc à la création d'une "Autorité publique universelle" et d'une "Banque centrale mondiale" pour réguler les institutions financières. Un véritable pamphlet anti-libéral, qui s'en prend au FMI et aux abus de la finances. Au point de trouver un écho auprès de nombreux économistes italiens.

L’Église, "experte en humanité"

L’Église catholique renoue ainsi avec une tradition oubliée depuis la guerre froide. La note de 18 pages du Conseil Pontifical "Justice et Paix" intitulée "Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d'une autorité publique à compétence universelle" replace l’Église au centre du débat social.

Dès la première intervention du Cardinal Peter Kodwo Appiah Turkson lors de la présentation de cette note, le ton est donné. L'heure est à la relecture du rôle universaliste de l’Église. Le Cardinal cite l’encyclique Populorum progressio de 1967, dans laquelle le pape Paul VI, en pleine guerre froide, présentait l’Église comme "experte d’humanité":

La situation actuelle du monde exige une action d’ensemble à partir d’une vision claire de tous les aspects économiques, sociaux, culturels et spirituels. Experte en humanité, l’Église, sans prétendre aucunement s’immiscer dans la politique des États, ne vise qu’un seul but: continuer, sous l’impulsion de l’Esprit consolateur, l’œuvre même du Christ venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi.

Le Cardinal est convaincu du rôle actif que l’Église est amenée à jouer. Il tient à ce que sa proposition d’une "autorité publique à compétence universelle" soit prise au sérieux non seulement par les croyants, mais surtout par les Etats les plus riches de la planète: la note a été préparée pour être lue et étudiée au prochain G20 de Cannes des 3 et 4 novembre. L’objectif déclaré: être"utile pour les délibérations du G20".

Une "taxe Tobin" très catholique

Monseigneur Mario Toso qui a contribué à la note apparait tout aussi pragmatique. Le Saint-Siège propose ainsi un agenda en 3 points:

  1. Des mesures de taxation des transactions financières.
  2. Des formes de recapitalisation des banques.
  3. La distinction entre activités de crédit ordinaire et celles d'investissement.

Le Vatican propose une sorte de "taxe Tobin": il faut, estiment les auteurs

des mesures de taxation des transactions financières, avec l’application de taux justes d’impôt, avec des charges proportionnées à la complexité des opérations, surtout celles réalisées dans le marché secondaire, ce qui permettrait, dans un second temps, de promouvoir le développement mondial et durable selon les principes de justice sociale et de solidarité.

L’autre proposition concrète est l'instauration d'une "Banque centrale mondiale" dont les

décisions ne devront pas être le résultat de la toute-puissance des pays plus développés sur les pays plus faibles. Elles devront, au contraire, être assumées dans l’intérêt de tous et pas seulement à l’avantage de certains groupes, que ceux-ci soient formés de lobbies privés ou de gouvernements nationaux.

Un pamphlet anti-libéral

Les responsables de l'impasse économique et sociale actuelle sont désignés sans ambages:

En première ligne sur le banc des accusés, le libéralisme "sans règles ni contrôles". Définition, selon le Saint-Siège:

Il s’agit d’une idéologie, d’une forme d'apriorisme économique qui prétend tirer de la théorie les lois de fonctionnement du marché.

Egalement pointées du doigt, "l’idéologie utilitariste, c’est-à-dire l’organisation théorique et pratique selon laquelle 'ce qui est utile au plan personnel conduit au bien de la communauté' et 'le manque d’éthique'".

Dans son encyclique sociale, intitulé "Caritas in veritate" ("L'Amour dans la vérité")le pape Benoit XVI avait déjà, en 2009, vilipendé la toute puissance de l’idéologie de la "technocratie".

L’Europe ? Une bonne catholique

Les institutions mondiales, qui ne répondent plus aux objectifs qu’ils s’étaient fixés, sont brocardées. En particulier, le Fonds Monétaire International (FMI), qui selon les auteurs

a perdu un caractère qui est essentiel pour la stabilité de la finance mondiale, celui de réguler la création globale de monnaie et de veiller sur le montant du risque de crédit que le système assume.

Devant une attaque aussi frontale, peut-on sauver quelques acteurs internationaux ? L’Europe est présentée comme le bon élève catholique: le document du Vatican estime que la future "banque centrale mondiale" devrait être structurée comme la Banque centrale européenne (BCE). Monseigneur Mario Toso ajoute par ailleurs que les manœuvres européennes, en particulier dans le domaine de la "recapitalisation des banques", sont un exemple à suivre.

Le Saint Siège fait cause commune avec Stiglitz

En Italie, l'appel du Vatican est amplement discuté. Alors que le chef du gouvernement ne semble plus apte à tenir le gouvernail d’un pays à la déroute, la nouvelle ligne défendue par le chef spirituel catholique fait couler beaucoup d’encre.

Et le professeur d’économie italien Leonardo Becchetti de rappeler que ces propositions sont en accord avec l’appel, signé l’année dernière par 130 économistes italiens. Un appel qui a par la suite été relayé dans un texte validé par 1 000 économistes de 53 pays, parmi lesquels Dani Rodrik, Tony Atkinson, Joseph Stiglitz et Jeffrey Sachs. Le document avait été confié aux ministres des Finances des pays du G20 de Washington, les 14 et 15 avril 2011.

Le Saint Siège, chef de file des économistes non alignés? Dans quelques jours à Cannes, on pourra vérifier l'hypothétique infuence de l’Église catholique sur la politique économique mondiale.

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