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28/10/2011

L'Ouzbekistan fait danser les puissances: Russie, Chine et Turquie. Pour contrer l'influence des 3 régionales, les USA adaptent leur diplomatie.

Les besoins militaires de Washington priment sur la démocratie

Hillary ClintonIslam Karimov
17:15 25/10/2011
 
Par Dmitri Babitch, RIA Novosti

La visite de la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton au Pakistan, au Tadjikistan et en Ouzbékistan, qui s’est achevée le weekend dernier, est un événement important pour tous les pays d’Eurasie, puisqu’il met en évidence plusieurs tendances importantes dans cette région.

Premièrement, les relations entre les Etats-Unis et le plus important pays d’Asie centrale, l’Ouzbékistan qui compte 27 millions d’habitants, sont à nouveau devenues omnidirectionnelles. Il semblerait que les conséquences de la répression de la révolte d'Andijan en 2005 sont intégralement surmontées dans ces relations. Rappelons qu’à l’époque le président ouzbek Islam Karimov a fermé la base américaine de Khanabad en riposte à la critique américaine.

Deuxièmement, les Etats-Unis considèrent l’itinéraire nord pour approvisionner leurs troupes en Afghanistan via les territoires des anciennes républiques soviétique comme plus sûr que l’itinéraire sud via le Pakistan. Il s’est également avéré que les relations dans le triangle Afghanistan-Pakistan-USA sont extrêmement tendues.

Les Etats-Unis ont plusieurs raisons de ne pas faire confiance aux autorités pakistanaises et afghanes. Ainsi, les politiciens américains sont forcés d’oublier leurs scrupules concernant les droits de l’homme en Ouzbékistan et au Tadjikistan, ainsi qu’en Russie et dans d’autres régions de l’ex-URSS.

Les Etats-Unis resteront en Asie centrale

L’entretien de dimanche entre le président ouzbek Islam Karimov et la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a duré deux heures et demie: un résultat plutôt bon pour le récent "paria" de la politique internationale des droits de l’homme inscrit dans toutes les listes noires de Human Rights Watch et Amnesty International. Qui plus est, à en croire un fonctionnaire américain haut placé ayant donné après la visite des explications sur le site du Département d’Etat, ce n’était pas Karimov qui répondait aux questions de son interlocutrice, c'était plutôt l’inverse.

Le président ouzbek était intéressé par la même question que ses homologues en Afghanistan et au Pakistan: qu’est-ce qui se produira après le retrait des troupes américaines d’Afghanistan en 2014, comme l’avait promis Barack Obama? Hillary Clinton a assuré Islam Karimov que les Etats-Unis resteraient "impliqués dans les processus locaux après 2014, et pas seulement en Afghanistan mais également dans toute la région."

Les Américains ont fait comprendre depuis longtemps qu’ils n’avaient pas l’intention de retirer leurs bases du Kirghizstan et d’autres anciennes républiques soviétiques même après le retrait des troupes de la coalition occidentale d’Afghanistan. Evidemment, cela va à l’encontre des déclarations officielles des Américains au début des années 2000. A l’époque le déploiement était provisoire et seulement pour la période de l’opération militaire en Afghanistan. Mais l’opération a duré plus longtemps que prévu.

De plus, la volonté de Washington de s’aménager des "aérodromes de réserve" au nord n’est pas uniquement liée à l’instabilité en Afghanistan, mais également à la détérioration continue des relations entre les Etats-Unis et le Pakistan, qui pourrait prochainement demander aux Américains de partir.

Les serpents dans l’arrière-cour

En analysant les derniers événements en Afghanistan et au Pakistan, on comprend pourquoi dans la conversation avec Islam Karimov Hillary Clinton a accordé autant d’attention au "réseau de distribution nord", un système d’aérodromes, de voies routières et ferroviaires, permettant d’approvisionner le contingent américain en Afghanistan via le territoire des anciennes républiques soviétiques.

Le fait est que pour ce genre d’approvisionnement, l’itinéraire sud, qui passe par le Pakistan, est loin d’être sûr. Les diplomates pakistanais ont exprimé à maintes reprises leur mécontentement au sujet de l’opération d'élimination de Ben Laden cette année, ainsi que vis-à-vis des frappes aériennes des Américains contre les bases des extrémistes dans le nord-ouest du pays, organisées sans concertation avec les autorités pakistanaises.

Les services militaires et de renseignement pakistanais considéraient les membres du clan afghan Haqqani, allié avec les talibans et actuellement attaqué par les drones américains, comme leurs agents fiables et amis an Afghanistan.

Avant l’entretien avec Islam Karimov à Tachkent et le président tadjik Emomali Rakhmon à Douchanbé, Hillary Clinton s’est efforcée pendant 5 heures de convaincre les autorités pakistanaises d’agir contre le réseau Haqqani sur le territoire pakistanais. Selon le quotidien britannique The Guardian, trois options ont été proposées au choix aux Pakistanais: faire asseoir les combattants de Haqqani à la table de négociations, les éliminer physiquement ou donner aux militaires américains la possibilité de le faire.

Le fait que Clinton ait tenté de parvenir à ce résultat en compagnie du chef de la CIA David Petraeus et Martin Dempsey, chef d’état-major interarmées, témoigne de l’importance de cette question. Mais il semblerait que le résultat n’ait pas été aussi rassurant, car à l’issue des négociations Hillary Clinton a décrit la position de ses interlocuteurs pakistanais d’une manière allégorique: "Il est impossible d’avoir des serpents dans son arrière-cour et espérer qu’ils ne mordront que vos voisins."

Les besoins militaires priment sur les besoins humanitaires

L’Afghanistan n’inspire pas non plus l’optimisme aux Américains. The Guardian parle des fissures grandissantes entre Washington et le gouvernement de Hamid Karzaï, mis en place en 2001 grâce à la coalition occidentale. Le président afghan a récemment déclaré que l’Afghanistan s'allierait avec le Pakistan si jamais ce dernier était attaqué par qui que ce soit.

Cette pique adressée aux Etats-Unis s’explique par la situation instable de Hamid Karzaï lui-même. Il est attaqué par les talibans et leurs alliés du clan Haqqani, et est également critiqué par les leaders de la minorité tadjike accusant Karzaï d’indulgence envers les talibans.

"Hamid Karzaï subit une énorme pression et est contraint de louvoyer en s’efforçant avant tout de ne pas irriter le Pakistan et ses compatriotes, fait remarquer Alexeï Malachenko, membre du conseil scientifique du centre Carnegie de Moscou. Dans l’ensemble, il suit le chemin du dirigeant afghan prosoviétique Mohammed Najibullah qui, en apprenant le retrait inévitable des troupes soviétiques d’Afghanistan a rapidement été déçu par Moscou et décrété par la suite fête nationale de l’indépendance la journée du retrait des troupes soviétiques. Et les Américains prennent conscience qu’il est impossible de construire la démocratie en Afghanistan, de la même manière que l’URSS a pris conscience qu’il était impossible d’y édifier le socialisme."

Dans ces conditions, le thème des droits de l’homme en Ouzbékistan cesse d'être actuel pour l’Occident. Dès 2009 on a annulé les sanctions adoptées contre le régime ouzbek après la répression d'Andijan. Le président Islam Karimov s’est rendu au siège de l’UE, a rencontré la chancelière allemande Angela Merkel, et fin septembre il s’est entretenu au téléphone avec Barack Obama au sujet du transit des frets militaires en Afghanistan.

Bref, Tachkent est à nouveau à l’honneur dans le "monde civilisé", non pas pour ses acquis dans le domaine de la démocratie, mais pour des raisons militaires.

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