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31/10/2011

"La nouvelle génération doit résister et prendre la situation en main", nous sommes prêts au combat pour défendre notre patrie la Grèce.

Ethnos / To Vima / Kathimerini / Eleftheros Typos

Sauvetage de la Grèce : les Européens sont d’accord, pas les Grecs

Traduit par Laurelou Piguet
 
Sur la Toile :

Publié dans la presse : 27 octobre 2011
Mise en ligne : samedi 29 octobre 2011
 
Les Européens se sont félicités de l’accord conclu mercredi afin de préserver l’unité de la zone euro. Pourtant, ce texte est loin de faire l’unanimité en Grèce. Premier motif d’inquiétude : l’abandon de la souveraineté nationale au profit de la Troïka, qui contrôlera l’application des réformes. Des manifestations ont déjà eu lieu lors de la fête nationale du 28 octobre à Thessalonique. « Alors, c’est la guerre ? »

Par Panagiotis Panagiotou, Spyros Dimantopoulos

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Yorgos Papandreou avec Angela Merkel et Nicolas Sarkozy au sommet européen de Bruxelles le 21-10-2011 © Reuters

La décision du sommet de Bruxelles d’alléger une partie de la dette grecque provoque une violente confrontation politique entre le gouvernement et l’opposition. Le premier ministre Yorgos Papandreou a parlé d’une évolution très positive et a rejeté les accusations selon lesquelles les décisions de ce sommet limitent la souveraineté de la Grèce.


Retrouvez notre dossier :
Crise en Grèce : une histoire sans fin ?


Parallèlement, il a écarté l’éventualité d’élections anticipées. Il a choisi de ne pas annoncer lui-même les résultats du sommet aux chefs des partis politiques mais en a chargé Evangelos Venizelos, ministre de l’Économie. Le chef de l’opposition a qualifié ces résultats de suite logique et inévitable à la politique erronée du gouvernement et a déclaré que son parti ne serait pas solidaire dans l’erreur avec le PASOK.

Les plus petits partis de l’opposition, de l’extrême-droite à l’extrême gauche, ont également manifesté leur opposition aux décisions prises mercredi. La représentation que la Troïka va installer de façon permanente à Athènes pour vérifier que les buts fixés sont bien atteints est perçue comme une atteinte à la souveraineté du pays, même si le ministre de l’Économie a bien précisé qu’il s’agissait d’une aide technique.

Le lendemain de l’annonce de ces résultats, la 2e fête nationale célébrée le 28 octobre à Thessalonique par un défilé militaire, des incidents ont entraîné l’annulation de la cérémonie : des milliers de manifestants ont empêché les forces militaires de parader, en bloquant l’avenue Alexandre le Grand et en lançant des slogans hostiles au gouvernement et au Président de la République Karolos Papoulias, lequel a quitté sa tribune.

« Alors c’est la guerre ? »

Le temps de l’angoisse est passé, voici que commence le temps indéterminé, des jours et des mois, du désespoir. Jeudi, de Bruxelles, est arrivée dans notre pays une nouvelle vague de lamentations. […] Notre chef ne s’est pas battu, n’a pas résisté et a cédé au pire fatalisme, de façon incompréhensible et incroyable alors que notre pays – et donc son pays – se battait pour se maintenir à la lisière de l’Europe et éviter le précipice dans lequel il tombait. Il y a 540 jours exactement, le funeste après-midi du 5 mai 2010 [1], nous avons été livrés sans combattre, sans négocier, pieds et poings liés aux appétits, à la rancune, et peut-être à la haine de quelques uns.

540 jours après, hier, à Bruxelles, la Grèce est arrivée à la fin du voyage. Bien sûr, on entendra, comme d’habitude, quelques belles paroles sur le « purgatoire de la faillite » où se trouve notre pays, mais cela n’est que le côté pile de la monnaie. (…) Le Portugal et l’Irlande qui se sont trouvés dans la même situation que nous, reçoivent actuellement des félicitations à Bruxelles pour leur comportement, et c’est quelque chose que nous devons regarder pour nous comparer à eux. Mais eux n’ont pas dû payer, comme nous, l’inertie, l’amateurisme, la bêtise, l’opportunisme, l’absence de réflexion et de courage de leur gouvernement, ce en quoi le nôtre s’est montré champion.

Le 28 octobre 1940, aux premières heures du jour, le gouvernement italien envoyait un télégramme en Grèce par l’intermédiaire de l’ambassadeur italien à Athènes qui le transmit ensuite en mains propres au premier ministre grec Ioannis Metaxas. Par ce télégramme, l’Italie demandait que son Armée puisse traverser librement la frontière Albanie-Grèce pour occuper ensuite quelques points stratégiques du royaume de Grèce (aéroports, notamment) pour ses besoins logisitiques et en ravitaillement en vue de sa descente sur l’Afrique. Après avoir lu le texte, le premier ministre grec tourna ses regards vers l’ambassadeur italien et lui répondit en français (langue diplomatique officielle) la phrase historique suivante : « Alors, c’est la guerre », ce qui signifiait qu’il refusait les demandes italiennes.

Le gouvernement incapable de préserver l’intérêt national

71 ans plus tard le peuple grec voit sa fierté nationale humiliée, détruite, vit les douloureuses conséquences économiques de la crise financière implacable, et avec pour allié prétendu un système politique pourri qui ne se bat que pour obtenir le pouvoir dans le pays, qui est impliqué dans des négociations inefficaces avec les étrangers, se pliant sans condition aux propositions interminables et aux objectifs de l’axe franco-allemand – les sauveurs de l’euro. 71 ans plus tard, le peuple grec est appelé à survivre à une guerre économique déclarée contre lui et dont les termes sont très inégaux.

Malheureusement, comme on le voit, le pouvoir politique actuel ne réussit pas à faire ce qui devrait pourtant être naturel : protéger nos intérêts nationaux. Il n’a donc rien appris de l’histoire et du gouvernement Metaxas en criant : « Non ! », aux Allemands cette fois. Non à la misère et à la paupérisation de la société, non aux droits de la personne bafoués, non à la remise d’aujourd’hui au profit d’un lendemain incertain. Je crains que nos ancêtres ne se retournent dans leurs tombes en constatant l’incapacité de nos politiques à être à la hauteur des événements.

Le 28 octobre est l’occasion d’abord d’honorer le combat glorieux et l’abnégation dont ont fait preuve nos ancêtres face à l’envahisseur [2]. D’autre part, c’est aussi l’occasion d’envoyer un message fort dans toutes les directions. Nous sommes prêts à changer tous les problèmes structurels de notre système actuel, il suffit d’être fidèles à nos idéaux, de ne pas céder sur les principes et les valeurs qui ont guidé nos ancêtres. Il suffit de placer au centre l’homme et la valeur de son existence. La nouvelle génération doit résister et prendre la situation en main. 


À partir du 28 octobre, la Grèce devra être gouvernée dans un cadre très strict. Le problème de la dette a été « réglé », mais nous avons endossé la responsabilité d’aller de l’avant tout en équilibrant dépenses et recettes. On ne pourra et il ne faudra plus nourrir d’illusions. Le gouvernement doit comprendre qu’il ne parvient pas, dans sa forme actuelle, à mener à bien le travail particulièrement difficile qu’il a à faire. Maintenant, il n’y a plus aucune marge de manœuvre, car c’est un gouffre qui nous attend : celui de l’abandon de l’euro. Les cartes sont données pour les politiques économiques à venir, quelque soit le gouvernement, dans les prochaines années, que cela nous plaise ou non. À moins de suivre les propositions de quelques uns qui envisagent de revenir à la monnaie nationale. […]

La Grèce aurait dû demander de sa propre initiative un rééchelonnement de sa dette et aurait pu ainsi parvenir à la payer. Malheureusement, aujourd’hui, cela arrive trop tard, sans que le pays n’en ait pris l’initiative, et après qu’une recette sans succès l’a mise à plat économiquement et socialement. La coupe de la dette sous condition peut être... Une « prolongation du match » et un « ballon d’oxygène ». Si seulement nous avions l’impression que le match se termine... Mais il n’y pas de nouvelle prolongation, seulement l’impression d’un match qui se répète à l’infini.

 

[1] Date à laquelle la Grèce, par la voix de son premier ministre, a officiellement demandé l’aide de l’UE et du Fmi pour faire face à la crise de la dette. NDT

[2] Le 28 octobre est le 2e jour de fête nationale en Grèce après le 25 mars. Traditionnellement, il est célébré à Thessalonique et le 25 mars à Athènes, NDT

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