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01/11/2011

Iran-Irakgate, moudjahidin, des noms qui frappent notre imaginaire mais dont les ressorts sont bien tangibles commercialement.

Fourniture d'armes aux pays tiers: Russie et USA se créent des problèmes

Irak
16:03 28/10/2011
 
Par Konstantin Bogdanov, RIA Novosti
 
La Russie continue d'exporter des armements en Iran tout en respectant les sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies. A leur tour, les Etats-Unis continuent d'approvisionner en équipements militaires le Pakistan, avec lequel Washington est en froid ces derniers temps. Ce n’est pas la première fois que la tactique du cout terme conduit les gouvernements dans une impasse lourde de conséquences graves.

Dans le cadre de la coopération militaro-technique, la Russie a fourni à l’Iran des équipements de guerre électronique de type 1L222 Avtobaza et négocie la fourniture d’un autre lot de ce système, a déclaré à RIA Novosti Konstantin Biriouline, directeur adjoint du Service fédéral pour la coopération militaire et technique. Selon lui, cette fourniture concerne des armes défensives et ne tombe pas sous le décret du président russe sur l’adhésion aux sanctions de la résolution 1929 du Conseil de sécurité des Nations Unies.

A leur tour, les Etats-Unis ont récemment vendu au Pakistan des systèmes intégrés de guerre électronique et de reconnaissance optique ALQ-211 (V) 9 pour les chasseurs F-16 Fighting Falcon.

La coopération militaire et technique avec des pays "à problèmes" était et demeure un jeu très dangereux. D’une part, aucune puissance mondiale ne renoncera à un levier de pression aussi universel et puissant. D’autre part, le résultat se traduit souvent par des désagréments importants.

Des éléphants dans le magasin de porcelaine de l’histoire

A l’intérieur de l’arbre ramifié de la bureaucratie se forment inévitablement des groupes de sociétés isolés, qui fusionnent progressivement avec la communauté d’expert, les milieux d’affaires et les médias.

Ces groupes sont assez puissants. Ils peuvent influer sur les événements dans leur pays, mais ils sont bridés par la rivalité avec des clans concurrents et sont surveillés par les institutions publiques civiles. Mais dans les pays de deuxième et troisième rang on peut vraiment faire ce que l'on veut.

En analysant les politiques des grandes puissances dans les cuisines étroites du "tiers monde", il est impossible de passer à côté des intérêts personnels des groupes de sociétés. Les meilleurs services de renseignement (CIA, BND (Bundesnachrichtendienst, Service fédéral de renseignement allemand), Mossad, MI6 ou SVR (service des renseignements extérieurs de Russie) sont capables de déstabiliser, par exemple, un pays d’Afrique du Nord. Et les conglomérats du commerce d’armes et de matières premières jouent parfois avec des gouvernements étrangers comme avec des marionnettes.

Il ne s’agit pas des pouvoirs formels, mais du principe du "droit et de la possibilité". En obtenant des ressources importantes en fonction de l’importance et de ses besoins, la société les emploiera tôt ou tard à sa guise, en ignorant l’Etat qui l’a engendrée ou allant même à l’encontre de ses intérêts. Dans le meilleur des cas, elle deviendra un exécutant de diverses directives sensibles de la haute direction.

D’ailleurs, ce genre de société met des décennies à se former. Le chassé-croisé des administrations politiques préoccupées par la prochaine présidentielle et la chute inévitable des cotes de popularité, va à l’encontre des intérêts des sociétés qui préfèrent le silence et la stabilité.

Dans ces conditions, les lobbys institutionnels devront inéluctablement réduire la dynamique politique de la haute direction, en dosant parallèlement le transit des informations vers le haut. Ainsi s’établit un environnement favorable à une activité hors-contrôle interdite.

Iran-irakgates

Le comportement des divers lobbys américains durant la guerre Iran-Irak, en 1980-1988 est un exemple classique de cette absence de contrôle.

Le gouvernement américain, préoccupé par la révolution islamique en Iran, encourageait les contacts gouvernementaux et privés permettant de renforcer la puissance militaire du régime de Saddam Hussein en guerre contre Téhéran.

Le spectre de la coopération était très large et allait de la communication à Bagdad des données de reconnaissance par satellite et radio à la transmission des échantillons et des technologies contribuant à la création en Irak des armes chimiques et biologiques.

Parallèlement se déroulait l’opération américaine Bear Spares (pièces de rechange de l’ours) pour surveiller l’entrée illégale en Irak de pièces de rechange pour le matériel militaire de production soviétique (or au début des années 80 l’Union soviétique respectait l’embargo sur la fourniture d’armes aux pays en guerre).

D’autre part, dans ce même conflit, la société de renseignement américain faisait tout à fait le contraire : elle vendait en douce des armes à l’Iran (ce qui a prétendument permis de régler les problèmes des otages américains), en utilisant l’argent récolté (également en douce) pour financer les mouvements proaméricains au Nicaragua, qui luttaient contre le régime sandiniste de Daniel Ortega.

Lorsque cette magouille est remontée à la surface dans la seconde moitié des années 80, le terme "Irangate" et "l’affaire Iran-Contra" sont devenus des noms communs pour définir ce genre de manœuvres des groupes de sociétés.

L’incompétence contre la malveillance

Cependant, ce qui s’explique par des plans rusés des hommes derrière le rideau mondial en la personne des institutions très puissantes adhérant au business transnational, n’est étrangement pas la chose la plus destructrice. Les véritables destructions commencent là où les décisions sont prises par imprévoyance, incompétence ou cupidité.

A la fin des années 40, l’Union soviétique approvisionnait activement en armes via la Tchécoslovaquie le nouvel Etat d’Israël en Palestine, qui luttait contre les arabes soutenus par les Britanniques. Ce qui a été regretté à maintes reprises par la suite.

Une maladresse totale s’est également produite pendant la guerre de l’Ogaden en 1977-1978 qui opposait l’Ethiopie et la Somalie. Les deux Etats recevaient des armes soviétiques et impliquaient activement des conseillers de Moscou dans l'édification militaire.

L’affaire Al Yamamah (pigeon en arabe) entre le Royaume-Uni et l’Arabie saoudite (les fournitures de pétrole brut en échange d’un grand nombre de chasseurs Tornado) est entrée dans les annales de l’histoire du commerce mondial des armes comme le modèle de la corruption effrénée. Les membres de la famille royale de Riyad ainsi que des fonctionnaires haut placés du gouvernement britannique étaient mêlés à cette affaire.

Quant à l’histoire de l’exportation illégale d'équipements militaires soviétiques, elle attend encore son chroniqueur.

On pourrait également rappeler les approvisionnements des moujahids afghans qui résistaient aux troupes soviétiques par le renseignement américain en systèmes mobiles antiaériens Stinger. Puis, dans les années 90, les USA faisaient des efforts colossaux (opération MIAS) pour racheter ces armes très dangereuses. Au final, le Congrès a dû payer 65 millions de dollars qui ont été tout simplement gaspillés.

Ce n’est pas un secret que les Américains et les services de renseignement pakistanais ont alimenté et équipé la plus puissante organisation islamiste dans la zone tribale à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan. La mission consistant à causer des problèmes à l’Union soviétique a été couronnée de succès… en engendrant le régime des talibans et Al-Qaïda.

Le mécanisme de la confusion générale

Un vaste espace pour l’abus des exécutants apparaît avant tout là où la haute direction a une approche bâclée de la planification stratégique. Lorsque les intérêts à long terme ou l’analyse des risques d’une ingérence maladroite sont troqués contre le profit immédiat. Peu importe si cela arrive par manque de temps ou en raison d’une erreur intentionnelle.

Cela complique considérablement la tâche du contrôle politique sur les sociétés très puissantes. A condition que cet objectif soit fixé, car parfois les sociétés fusionnent avec les gouvernements, et ensuite s’enchaînent les "opérations spéciales" à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

Et l’affaiblissement du contrôle civil incite à succomber à la tentation d'utiliser les ressources disponibles pour atteindre des buts personnels. Même si pour cela il faut casser plusieurs pots dans la cuisine, que ce soit la sienne ou celle de quelqu’un d’autre.

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