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01/11/2011

Pauvre Obama. J'en ai pitié. Victime d'une telle haine portée par sa communauté, par les indignés, par Wall Street, par l'opinion mondiale.

Pourquoi Wall Street déteste Obama

Wall Street l'avait massivement soutenu lors de son investiture, mais la crise financière et la dégringolade des profits ont forgé la haine des banques et des marchés à l'égard du président américain.

Un trader du NYSE regarde Obama faisant un discours à la télévision, le 22 avril 2011. REUTERS/Brendan McDermid

- Un trader du NYSE regarde Obama faisant un discours à la télévision, le 22 avril 2011. REUTERS/Brendan McDermid -

Wall Street déteste Barack Obama. Ça, on le sait. Mais pourquoi? Il y a trois ans encore, il était le candidat préféré des financiers de Wall Street. Après son élection, il a aidé à les renflouer. Il a empêché le Congrès de s’attaquer à leurs rémunérations. Il a rejeté les propositions de réformes radicales, comme le fractionnement des plus grandes banques. Alors on pourrait penser que Wall Street donnerait à Obama un bon gros bonus de noël cette année. En fait, les financiers se mobilisent contre lui.

Les trois théories sur la haine de Wall Street envers Obama

Plusieurs théories s’affrontent pour expliquer ce désamour de Wall Street à l’égard de la Maison Blanche. La première évoque ses politiques: l’administration Obama a réussi à faire voter la loi de réforme Dodd-Frank sur la réglementation financière, qui restreint les négociations pour compte propre, l’effet de levier et autres outils utilisés par les banques pour augmenter leurs profits. L’idéologie en est une autre: les acteurs de Wall Street accusent Obama d’être un socialiste cherchant à redistribuer leurs plus-values durement gagnées aux feignants et autres miséreux. La troisième explication est d’ordre psychologique: il est clair qu’Obama n’éprouve aucun respect pour Wall Street. Par conséquent, Wall Street le déteste.

Le vrai socle de cette antipathie: des résultats lamentables!

Il se pourrait bien—c’est même assez probable—que tous ces éléments participent de l’ensemble. Mais aujourd’hui, un acteur tout nouveau et bien plus concret vient de s’inviter dans le tableau de cette antipathie. Il se pourrait que la haine de Wall Street envers Obama soit due au fait que Wall Street ait des résultats lamentables—et quand l’économie tourne au vinaigre, tout le monde met ça sur le dos du président en exercice. On ne peut pas dire que les grandes banques d’investissement soient sur la paille—elles sont restées des entreprises rentables pour la plupart. Mais elles ne sont pas aussi florissantes qu’il y un an ou même six mois, et à mesure que leurs profits diminuent, elles remercient leurs employés et font des coupes franches dans les bonus.

Voyez plutôt les données fournies par une analyse du secteur financier new-yorkais réalisée par Thomas DiNapoli, contrôleur des finances de l’état de New York. Il a écrit cette semaine que les profits «avaient baissé de 10,8% au premier semestre 2011 pour atteindre 12,6 milliards de dollars. (Ce service) prévoit que les profits n’atteindront probablement pas 18 milliards de dollars pour toute l’année.» Dix-huit milliards de dollars, la somme semble coquette! Or, il souligne que cela ne représente qu’un tiers des profits des banques en 2010.

Les banques licencient beaucoup

Comme il était à prévoir, les entreprises financières balancent les employés par-dessus bord, rapporte DiNapoli. «Le secteur boursier pourrait perdre 10 000 emplois de plus» au cours de l’année à venir, écrit-il. Ajoutez à cela les pertes d’emplois dans le secteur bancaire, et dans son ensemble l’industrie financière aura éliminé un emploi sur cinq basé à New York depuis 2008. Si l’on regarde plus loin que New York, les chiffres sont pires encore. Bank of America supprime le chiffre énorme de 30 000 postes. Même Goldman Sachs—le même Goldman Sachs qui se targuait d’avoir engrangé des profits record il y a 18 mois—se sépare de 1 000 employés.

Et puis les banques d’investissement réduisent aussi les rémunérations des employés qu’elles gardent. Le Wall Street Journal rapporte que les consultants s’attendent à toucher des bonus réduits de 30 à 40%, en fonction des banques.

Un troisième semestre bien maussade pour les banques

Il y a à peine six mois, les profits du secteur financier flambaient. Des banques comme Goldman Sachs étaient débarrassées de leurs rivales comme Lehman Bros ou Bear Stearns. Cette réduction du nombre des rivales, associée à une aide généreuse de l’oncle Sam, a fait grimper les profits encore plus haut. L’année dernière, les bénéfices réels des sociétés ont pratiquement atteint un niveau record, avec des entreprises qui ont amassé 1 680 milliards avant impôts et étaient assises sur près de 2 000 milliards de dollars de cash.

C’est bien fini tout ça. Prenez J.P. Morgan, largement considérée comme la plus saine de toutes les grandes banques d’investissement. Elle a déclaré cette semaine que ses profits du troisième trimestre avaient chuté de 25% environ, malgré l’impulsion positive permise par un changement exceptionnel de méthode comptable. Dans une lettre aux investisseurs, Jamie Dimon, président directeur général de la banque, a livré cette conclusion tiédasse: «Dans l’ensemble, nous estimons que les profits de l’Entreprise ont été raisonnables au vu de l’environnement actuel.» La semaine prochaine, un certain nombre d’autres grandes banques vont publier leurs bénéfices du troisième trimestre. Les bilans promettent de n’être pas jolis-jolis chez elles non plus. Les analystes revoient à la baisse leurs estimations pour des banques comme Goldman Sachs, dont ils estiment que les revenus trimestriels vont accuser une chute, passant de 10,71 milliards de dollars à 4,93 milliards en glissement annuel.

Quand l'économie rattrape Wall Street

Comment expliquer tout cela? Tout d’abord, les banques viennent à peine de se faire rattraper par l’économie. Les consommateurs américains ne consomment pas beaucoup, ce qui signifie que les entreprises américaines ne sont pas florissantes. Le nombre de fusions et acquisitions a diminué car les entreprises préfèrent conserver leurs liquidités, ou les dépenser pour survivre. La rafale d’introductions en bourse alimentées par le secteur des nouvelles technologies du début de l’année est à présent terminée. La crise de la dette européenne et l'impasse politique qu'elle provoque depuis des mois pèsent sur le monde financier. Ce qui est de mauvais augure pour les résultats financiers des banques d’investissement. J.P. Morgan, par exemple, a annoncé cette semaine que les revenus de ses services bancaires d’investissement avaient pratiquement été réduits de moitié au troisième trimestre. Ce qui n’a pas échappé aux investisseurs. Le KBW Bank Index, indice pondéré qui suit les performances de banques cotées en bourse, a perdu environ 30% cette année.

Ce mois-ci, Citi a mené une enquête auprès d’un grand nombre d’investisseurs, à qui elle a demandé leur opinion sur la direction que prenaient les marchés et leur ressenti sur le moment. La proportion d’entre eux qui prévoit une récession a triplé depuis juillet et atteint désormais 30% rapporte Business Insider. Une majorité d’entre eux pense à présent qu’Obama va perdre les prochaines élections. Et ce qui préoccupe le plus les investisseurs, plus encore que la dette, l’immobilier et les bénéfices en baisse? «Les bourdes politiques du gouvernement».

L’antipathie à l’égard d’Obama n’a naturellement rien de nouveau, et elle prend certainement de multiples formes. De nombreux financiers exécraient déjà le président bien avant que leurs bénéfices ne se fassent la malle, à l’époque où leur seul grief était qu’il ne cessait de les qualifier de gros richards qu’il entendait réguler de force. Mais Wall Street, qui ne semblait alors que manifester une ingratitude prudente, s’oppose aujourd’hui avec colère. Ce qui pourrait en partie constituer sa nouvelle force et accentuer la faiblesse du président. Mais il ne fait aucun doute que cela s’explique aussi par le fait que, soudain, les financiers de Wall Street souffrent un peu, et comme tant d’autres Américains, c’est au président qu’ils font porter le chapeau.

Annie Lowrey

Traduit par Bérengère Viennot

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