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11/11/2011

"Le plus intelligent serait de cesser de traiter l'Iran comme l'Empire du mal. Téhéran est un partenaire diplomatique plus fiable qu'Islamabad".

Enième rebondissement dans le dossier du nucléaire iranien, le dernier rapport de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) n’apporte pas de
révélations fracassantes sur la nature vraisemblablement militaire du programme développé par Téhéran. Les estimations qu’il contient auraient déjà
dû figurer en annexes d’un précédent rapport de l’AIEA. Elles en avaient été exclues faute d’éléments suffisamment convaincants par Mohammed El Baradeï,
le précédent directeur de l’agence, ce qui avait entraîné une passe d’armes
avec Bernard Kouchner, alors ministre français des Affaires étrangères.
L’Iran, selon toute vraisemblance, essaie donc de se doter de l’arme atomique. Avec pour président un boute-feu tel Mahmoud Ahmadinejad, cela n’a
rien de réjouissant. Mais il faut aller au-delà des rodomontades menaçantes
de celui-ci vis-à-vis d’Israël.  A l’heure d’apprécier la nature de la menace iranienne et les options qui peuvent être envisagées pour la conjurer, il faut
avant tout garder la tête froide.
D’une part parce qu’Ahmadinejad n’a un pouvoir de nuisance que dans la
mesure où le Guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, lui
laisse la bride sur le cou. Or, Khamenei est un peu plus homme d’Etat que
son second « laïc ». Fin, cultivé, il sait jusqu’où l’Iran peut aller et surtout quels
sont les intérêts diplomatiques réels du pays au-delà des déclarations antisionistes fracassantes. Le véritable ennemi de la Perse et des Chiites, il le
sait, ce n’est pas Israël. Tel-Aviv, ne l’oublions pas, a été l’un des principaux
fournisseurs d’armes de Téhéran lors de la guerre Iran-Irak… Et les Salafistes
ou les Wahhabites ont tué et tuent encore infiniment plus de Chiites au Pakistan, en Afghanistan ou ailleurs que les « sionistes », dont l’adversaire est
à peu de choses près le même, si l’on fait abstraction du Hezbollah.
D’autre part, il est sans doute trop tard pour intervenir. Le programme iranien
est dispersé entre plusieurs sites, quelques fois profondément enterrés sous
des dizaines de mètres de roche. Frapper efficacement sera difficile, voire impossible pour Israël. On voit mal les Américains s’embarquer dans une opération dont les implications seraient vraisemblablement désastreuses à l’heure
où les présidentielles approchent… Alors que l’électorat américain est de plus
en plus tenté par son vieux réflexe isolationniste, Washington ne va pas partir
en croisade en Iran alors qu’il s’est engagé du bout du Tomahawk en Libye.
Restent les sanctions. Quelle efficacité ? Moscou et Pékin ne joindront sûrement pas leurs efforts à ceux des Occidentaux.
Le plus intelligent, sans doute, serait de cesser de traiter l’Iran comme l’Empire du mal. Téhéran est un partenaire diplomatique plus fiable qu’Islamabad,
que l’Amérique a laissé se doter d’un arsenal atomique. Et les terroristes du
11 septembre venaient d’Arabie saoudite, pas d’Iran... Après l’Irak, ne nous
trompons pas d’ennemi une fois encore.
● Philippe Migault, Rédacteur en chef de 3P

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