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13/11/2011

La crise européenne de la dette des Etats a rempli les caisses de l'Allemagne. Tout bénéfice pour la chancelière. Deutschland Über Alles.

L’Allemagne gagne 9 milliards grâce à la crise

CLOSON/ISOPIX/SIPA

 
11.11.2011 | 16:50

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L’Allemagne profite-t-elle des déboires de ses voisins ? D’après un économiste d’ING, Berlin aurait "gagné" 9 milliards d’euros lors des deux dernières années, grâce à un financement meilleur marché. Les investisseurs se tournent massivement vers une Allemagne, considérée sans risque, à l'inverse de la Grèce, de l'Italie et désormais de la France.

"Le malheur des uns fait le bonheur des autres", c'est bien connu. Et quand, en plus, les malheureux sont nombreux, qui rafle la mise? L'Allemagne. A qui la crise de la dette dans la zone euro a permis de gagner 9 milliards d'euros grâce à des taux de financement historiquement bas, selon un économiste.

Depuis le début de la crise, l’économie allemande a été l’une des bénéficiaires de la crise des dettes souveraines. En fait, le gouvernement allemand peut se financer quasiment gratuitement sur les marchés,

explique Carsten Brzeski, économiste chez ING et auteur de l'étude pour le site EUObserver.

Un calcul provocateur que goutteront peu les salariés allemands soumis à une cure de rigueur depuis 10 ans et qui ont amèrement gouté les plans de sauvetages successifs à destination de la Grèce mais aussi du Portugal et de l'Irlande, pour lesquels l'Allemagne était le premier contributeur.

"Un mal pour un bien"

A l'évidence, l’Allemagne se passerait bien de cette crise qui ébranle également ses principaux partenaires commerciaux et donc son économie: la Commission européenne prévoit seulement 0,8% de croissance l’an prochain. Carsten Brzeski précise d'ailleurs que la contagion à l'Italie et, peut-être demain, à la France à fait perdre "son immunité" à l'économie allemande.

Pourtant sur le marché de la dette, c’est un fait: l’Allemagne a su tirer profit de sa bonne gestion des comptes publiques et se finance à un taux historiquement bas. Le "Bund 10 ans" [les obligations émises par l'Etat allemand à 10 ans] clôturait hier à 1,8% contre 2,9% au début de l'année. Bien en-dessous du niveau d'inflation, actuellement de 3% au sein de la zone euro. Pendant ce temps, les marchés demandent 6,9% à l'Italie et 17,7% à la Grèce, jeundi 10 novembre.

Vases communicants

Les taux français restent eux aussi à des niveaux faibles (3,4% jeudi), mais l'écart avec l'Allemagne - le "spread" dans le jargon de la finance - se creuse toujours plus.

Depuis mai, on assiste à une phénomène de vases communicants: tandis que les investisseurs fuient la Grèce et se défient de l'Italie et - dans une moindre mesure - de la France, ils achètent massivemtnt des obligations allemandes. Face à cet afflux de demandes, Berlin peut baisser le prix qu'il offre pour son "Bund". Une "fuite vers la qualité", au point de pouvoir se financer quasiment gratuitement.

 


Source: COE - Rexecode

 

Pour rappel, les Etats se financent depuis les années 1970 sur le marché mondial de la dette: pour payer les dépenses courantes de la Nation et les investissements dits "productifs", chaque pays émet des obligations d’Etat que l’investisseur lambda souscrit, en demandant un taux d’intérêt qui rémunère le risque qu’il prend.

Historiquement les obligations d’Etats sont réputées "sûres" alors que les actions présentent un risque mais aussi un potentiel de gain plus forts. La crise de la monnaie unique, vient du fait que pour la première fois, les investisseurs doutent de la capacité des Etats à rembourser leurs dettes et les intérêts qui les rémunèrent. Le "Too big to fail" - "trop gros pour tomber", - a fait son temps.

La France a également longtemps bénéficié de taux préférentiels face à la réticence des investisseurs à acheter des obligations grecques, irlandaises, portugaises et même espagnoles. Mais les rumeurs de marchés et l’annonce par Moody’s le 18 octobre de placer sous surveillance le triple A français ont depuis changé la donne. Alors que la France s’est longtemps financée à des niveaux proches de l’Allemagne, elle s’en éloigne désormais lentement mais surement.

L’intransigeance allemande face à la BCE

Face à des taux devenus insupportables pour certains pays, les gouvernements ont eu recours à plusieurs plans de sauvetage et créer le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF). Un autre moyen utilisé pour soulager le coût du financement des Etats en difficultés est l’intervention de la BCE: celle-ci a progressivement procédé, au grand dam des Allemands, au rachat de dettes grecques, portugaise, irlandaises, espagnoles et maintenant italiennes.

Cette politique dite "non-conventionnelle" menée à la marge par la BCE – son intervention sur le marché de la dette n’est pas prévue par les traités - a mené à la démission de trois figures allemandes à la BCE et à la Bundesbank: Jürgen Stark d’un côté Thilo Sarrazin et Axel Weber de l’autre. Ceux-ci avaient alors motivé leur retrait par la « "trahison" et le dévoiement des institutions monétaires.

Alors que Nicolas Sarkozy milite depuis plusieurs semaines pour une politique monétaire plus offensive de la BCE, qui pourrait alors devenir prêteuse en dernier ressort pour les pays en difficultés, Angela Merkel s’y oppose frontalement. A l’instar des trois démissionnaires, elle met en avant les dangers auquel une injection massive de liquidité pourrait aboutir: envol de l’inflation, caution de politiques laxistes et création de bulles (financières, immobilières, matières premières).

L’autre gain : un poids politique croissant

Jusqu’ici Angela Merkel tient bon, et c’est sûrement le gain majeur qu’a tiré l’Allemagne de cette crise: son nouveau poids politique. Comme le rappelle Die Zeit, daté du vendredi 11 novembre, Angela Merkel si elle ne dicte pas la marche à suivre pour l’ensemble de la zone euro a désormais un droit de regard et un pouvoir de blocage sur les décisions de ses voisins jamais connu jusqu’alors.

N’a-t-elle pas - en compagnie de Nicolas Sarkozy - sommé Silvio Berlusconi de revoir sa copie, après l’annonce du premier plan d’austérité ? N’a-t-elle pas également obtenu des grandes banques qu’elles acceptent une décote de 50% sur la dette grecque, au terme d’une nuit de négociation et de pression que Handelsblatt, le très sérieux quotidien économique, comparait à une scène hollywoodienne de négociation mafieuse ?

Enfin, ultime exemple du nouveau poids de l’Allemagne: le Bundestag est désormais le seul parlement à être consulté en cas de changement de politique au sein du FESF. A avoir pris au sérieux les attentes des marchés financiers, l’Allemagne bien que tourmentée par la crise aura donc également gagné, pécuniairement et politiquement.

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