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17/11/2011

Lorsqu'on est invité quelque part, on n'agresse pas l'hôte de piques? C'est ce qu'ont fait les balourds occidentaux au Club Valdaï.

« Vladimir Vladimirovitch Poutine ne se dédouble pas »

Publié le 17 novembre 2011 à 10:13

 

Dans la nuit de vendredi à samedi, le Premier ministre Vladimir Poutine a rencontré les membres du club Valdaï. Il leur a confié qu’il ne voyait, parmi les nouveaux politiciens, que Dmitriï Medvedev ; qu’il débattrait avec celui-ci de la composition du futur cabinet ministériel ; et que lui-même ne devait, en aucun cas, être enterré.

La rencontre avec les membres du club Valdaï [club de discussion réunissant des experts internationaux et visant à débattre sur la place de la Russie dans le monde, ndlr] s’est déroulée dans la périphérie moscovite, sur le territoire du complexe de sports hippiques Novy Vek, qui s’étend sur les terres de l’ancien kolkhoze Leninsky lutch. Le kolkhoze, en son temps, était célèbre par sa production laitière, jusqu’à ce que les kolkhoziens, pour pouvoir se saouler, ne volent jusqu’aux chevrons des étables. C’est dans l’une des anciennes étables que s’installe désormais le restaurant Le Cheval Blanc et son chef français. Aux membres du club Valdaï et au Premier ministre russe, on sert ici du filet de truite fumée aux feuilles de blette et de la solyanka de renne. Dans les verres : Barolo 2007 et Gavi Rovereto Vigna Vecchia 2009.

Le Premier ministre est arrivé dans le foyer soudainement, même si les participants de la rencontre l’attendaient depuis près de deux heures. Pendant que s’organisait le plan de table, on a servi au Premier ministre un verre de vin blanc, et posé près de son assiette un verre à vodka. Pourtant, Vladimir Poutine, au cours des trois heures de la rencontre, ne s’est pas une fois approché ni du vin ni de la vodka : visiblement, c’était un auditoire face auquel il valait mieux ne pas se détendre.

La rédactrice en chef de RIA Novosti [un des fondateurs du club Valdaï, ndlr], Svetlana Mironiouk, a indiqué au Premier ministre que le club, au cours de ses sessions (quelques jours à Moscou et Kaluga), avait envisagé plusieurs scenarii de développement de la Russie : du plus pessimiste (stagnation) au plus optimiste (développement dynamique). Puis elle a donné la parole à l’enseignant de Harvard Tim Kolton.

À en juger par l’intervention de ce dernier, les membres du club étaient tout de même tombés d’accord sur le scenario le plus pessimiste.

- Le modèle actuel de gestion de la Russie, mis en place au cours des 10-12 dernières années, est, semble-t-il, déjà épuisé… – à ce moment là, il s’est étouffé- Ou, au moins, va vers le point d’épuisement de ses possibilités. Pour cette raison, la majorité des membres de notre groupe pensent cette année que la Russie fait face à de sérieux défis, et que ce qui se passe actuellement n’est pas très adapté… peut-être, après qu’auront eu lieu les élections… vous deviendrez à nouveau président ; et les choses seront un peu différentes… mais ça ne peut pas continuer à l’infini !, a finalement soupiré M. Kolton.

La réponse de Vladimir Poutine a consisté à dire que si, bien sûr, ça peut. Le modèle actuel de gestion du pays a permis, d’après le Premier ministre, de « mettre fin à la guerre civile, de restaurer la Constitution sur tout le territoire du pays, d’assurer de hauts rythmes de croissance économique, ce qui est le principal objectif de n’importe quel gouvernement, de restaurer, sur cette base, le niveau de vie des gens. Dans notre pays, en dix ans, les revenus des citoyens n’ont pas augmenté de quelques pour cents : ils ont été multipliés par 2,4 ! Le niveau des revenus des retraités a été multiplié par 3,3 ! En outre, nous avons assuré la sécurité intérieure et extérieure du pays. S’il y a quelqu’un à qui cela ne plaît pas, je le regrette vivement. »

Le tandem a été décrit par le Premier ministre comme une « structure opérative de gestion », qu’il a « avec l’actuel président Medvedev, proposée au pays ». D’ailleurs, le Premier ministre a déclaré que « des systèmes de gestion parfaits, ça n’existe pas », citant en exemple « un respecté collègue… dans le passé… »

—…Et quelqu’un que je considère, disons, comme un bon camarade : Tony Blair. Il a abandonné la direction du parti, et son successeur dans le parti, est automatiquement devenu le visage du pouvoir exécutif du pays, et automatiquement a pris la tête du gouvernement de Grande-Bretagne. Sans élections, en ne proposant rien, en résultat de manipulations internes du parti ! »

Ensuite, quand Vladimir Poutine quittait déjà le restaurant, les membres du club ont déclaré que les choses n’étaient pas du tout ainsi, et que le principal mérite de la démocratie britannique résidait précisément dans les luttes internes au parti et que cela garantissait les processus démocratiques.

 

Le directeur du Centre canadien d’étude de la gestion étatique et de la politique sociale, Petr Dutkevitch, a demandé au Premier ministre si Vladimir Poutine numéro 1 allait se distinguer d’une quelconque façon de Vladimir Poutine numéro 2. Ce à quoi le Premier ministre russe a répondu :

— Vladimir Vladimirovitch Poutine -pas plus, je l’espère, que toutes les personnes ici présentes- ne se dédouble pas.

Ensuite, la secrétaire perpétuelle de l’Académie française Hélène Carrère d’Encausse a demandé au Premier ministre d’où venait la volonté de former une Union Eurasiatique, puisqu’il y a la CEI (il a été précisé que les formations politiques doivent tout de même évoluer en fonction du développement de la situation économique et géopolitique, à la différence, évidemment, des systèmes politiques).

Vladimir Poutine a également prononcé la sentence impitoyable de l’Union européenne : c’est, à son avis, un hamster qui a rempli entièrement ses joues de nourriture (c’est-à-dire les nouveaux membres) et ne peut plus avaler.

— Certaines personnes, en Europe, quand il est question de notre intégration à l’espace eurasiatique, sautent carrément hors de leurs pantalons : alors soit leurs pantalons sont un peu petits, soit ils ont fait dedans.

Il a réfuté la thèse selon laquelle la Russie avait en Lybie et en Syrie de sérieux intérêts économiques :

— En Lybie, nous avons quelques centaines de millions de dollars, et encore, même ça, c’est avec des sociétés européennes ; en Syrie, près d’un milliard…

C’est-à-dire pas un sou, bien sûr.

Sur la question de Mouammar Kadhafi, M. Poutine a répondu de façon très brève :

— L’effroyable tyran a été anéanti de manière absolument effroyable.

On l’a, pour des raisons compréhensibles, beaucoup interrogé sur les relations avec les USA, et il a dit que ni les républicains, ni les démocrates ne pouvaient, actuellement, trouver un leader d’envergure nationale (« et ils attendent quelque chose de nous ? ») et aussi qu’il avait récemment lu un rapport sur la façon dont les Américains ordinaires considéraient la Russie : les résultats du sondage indiquent que jusqu’à présent, dans leur majorité, ils la voient comme un pays capable d’anéantir les États-Unis en une demi-heure.

— Ce serait fait beaucoup plus rapidement, a précisé M. Poutine. Mais quand même, c’est dommage que les Américains continuent, comme par le passé, de penser à la Russie de cette façon. La vieille pensée est efficace !

En attendant, Vladimir Poutine, au cours de cette rencontre, a parlé avant tout de Dmitriï Medvedev (et, de fait, de lui-même aussi, évidemment).

 

— Comment pensez-vous que j’estime quelqu’un que je recommande comme Premier ministre ! Nous n’aurions pas collaboré, nous ne serions pas resté en bons termes, si je n’avais pas une haute estime pour lui ! S’il ne travaillait pas avec efficacité, avec responsabilité, avec précaution.

Et une fois seulement, quand on lui a exprimé l’hypothèse que le système pourrait ne pas tenir quand M. Poutine s’en irait (pas du restaurant, mais de la grande politique), le Premier ministre ne s’est pas retenu :

— Vous m’enterrez un peu vite, dites donc !

Puis il a confié qu’il voyait actuellement le développement de la Russie sur les 10-15 prochaines années.

Ou, pour être précis, sur les 12 prochaines.

Traduit par :

Source : Kommersant

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