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19/11/2011

L'Iran et le Pakistan font pression sur la Loya Jirga afghane, dénonçant le partenariat stratégique qu'Ahmid Karzaï voudrait signer avec les USA.

Dans quel contexte se déroule l’assemblée traditionnelle pan-afghane et quels en sont les enjeux ?

17 novembre

Réponse de Karim Pakzad, chercheur associé à l’IRIS, spécialiste de l’Afghanistan

 

Cette Loya Jirga, assemblée traditionnelle pan-afghane, est convoquée dans une situation particulière de crise et de tension en Afghanistan et dans son environnement géopolitique. Alors que le retrait des troupes de l’OTAN est prévu d’ici fin 2014, la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader. Aucun progrès tangible n’est venu démontrer que les tentatives de négociations avec les talibans, aussi bien par Hamid Karzaï que par les États-Unis, ne progressent. Hamid Karzaï est de plus en plus contesté par son camp, et par l’opposition légale, dont les responsables ont tous été des anciens ministres. Le président Karzaï sait que sans soutien militaire et financier des États-Unis, son pouvoir ne survivra pas après 2014. Un accord stratégique permettrait aux États-Unis d’installer des bases permanentes en Afghanistan. En contrepartie, l’Afghanistan bénéficierait de l’aide militaire et financière de Washington.

Il faut aussi soulever la question de la légalité de cette Loya Jirga. Il en existe deux catégories :
- La Loya Jirga traditionnelle, convoquée dans le passé par des rois pour donner une apparence de légitimité à ces décisions prises. Les membres de ces Loya Jirga étaient désignés par le roi, les décisions étaient en réalité prises unilatéralement.
- La Loya Jirga prévue par la Constitution et qui détient le pouvoir de décision. Son rôle est d’approuver des décisions importantes concernant le pays comme les traités et la Constitution. Cette deuxième catégorie de Loya Jirga a été convoquée en 2003 pour approuver la Constitution actuelle en Afghanistan. Les deux-tiers des membres sont élus. En effet, ils sont membres du Parlement, de l’Assemblée nationale, du Sénat, ou sont des membres élus provenant des Conseils Provinciaux. Le tiers restant est désigné par le chef d’État.

La Loya Jirga convoquée actuellement appartient à la première catégorie pour deux raisons. La première raison à évoquer est le boycott des travaux de cette Loya Jirga par les partis de l’opposition. D’autre part, de nombreux députés du Parlement ont considéré que cette Loya Jirga fut convoquée pour des convenances personnelles du président et n’est donc pas légale.
Il faut souligner que le partenariat stratégique entre Kaboul et Washington n’est pas encore élaboré dans sa version définitive. Les membres de la Loya Jirga, dont le rôle est uniquement de donner un avis, n’en connaissent pas précisément les tenants et les aboutissants. Certains membres se sont plaints d’un manque considérable d’éléments concrets. En effet, la Loya Jirga ne dispose actuellement que d’un pré-projet qui pourrait subir des modifications lors des discussions avec les États-Unis. Elle apparaît donc comme une simple opération de communication, destinée à renforcer la légitimité que veut se donner Hamid Karzaï.

L’opposition et de nombreux députés afghans ne sont pas les seuls à s’opposer à cette Loya Jirga. Les pays voisins, tels que l’Iran et le Pakistan, ont dénoncé le projet de partenariat stratégique qui permettrait l’établissement de bases militaires américaines en Afghanistan. L’Iran a même menacé à plusieurs reprises, de faire tout ce qui est en son pouvoir pour que ce projet soit voué à l’échec. Il faut savoir qu’à l’heure actuelle, certaines bases américaines en Afghanistan sont situées près de la frontière avec l’Iran.

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