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06/12/2011

Est-ce que les tensions internationales auraient pesé sur les élections russes? Pas si sûr. A l'inverse, nos chefs d'Etat en ont besoin.

Russie versus USA, précisions et conséquences (intérieures)…

06/12/2011 


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Diverses précisions sont apportées sur des situations qui portent potentiellement une réelle activation d’un antagonisme entre la Russie et les USA, avec une composante militaire jouant un rôle essentiel. Il ne s’agit pas de nouveaux champs d’antagonisme, mais bien de précisions concernant deux théâtres, qui permettent d’avoir une meilleure mesure des possibilités d’affrontement.

• Concernant les relations antagonistes entre la Russie et les USA en Europe, par le biais de la question du ravitaillement des forces US (OTAN, ou bloc BAO, comme l’on veut) en Afghanistan passant par la Russie, le site WSWS.org apporte des précisions intéressantes ce 6 décembre 2011. Ces précisions montrent l’importance des enjeux en cause, notamment et principalement pour les USA. (Nous avons parlé de ce sujet, qui suit une déclaration de l’ambassadeur russe à l’OTAN Rogozine, le 29 novembre 2011.)

«Relations between the US and Russia, which have been deteriorating over the course of the year, grew more tense last week when Russia’s NATO envoy, Dmitri Rogozin, said Moscow might cut off the only alternative US and NATO supply route into Afghanistan to routes through Pakistan that were shut down by Islamabad following the US attack on two Pakistani military bases at the end of November. […]

»The Northern Distribution Network through Russia and former Soviet republics now accounts for at least 52 percent of NATO supplies for 130,000 coalition troops in Afghanistan. The route has been built up by the US and NATO since 2009 in response to repeated attacks on supply routes through Pakistan by forces opposed to the US-led war across the border in Afghanistan. NATO plans to ship up to 75 percent of all fuel to Afghanistan via the Northern Distribution Network by the end of the year.

»The chief executive of the US-based defense analysis web site Stratfor, George Friedman, warned last Wednesday that were Pakistan and Russia to simultaneously suspend US-NATO access to supply routes, the US would “face the choice of going to war to seize supply lines—something well beyond US conventional capacity at this time—or to concede the war.”»

Sur ce point précis, WSWS.org conclut : «While Russian backing for the Afghan war makes its highly unlikely that Moscow would undertake such a move, Rogozin’s threat underscores the intensity of the Kremlin’s opposition to efforts by the US to shore up its position in Central and Eastern Europe by extending its military presence.» Il n’est pas assuré que cette conclusion soit garantie, dans tous les cas de figure considérés.

• Dans son article (le 6 décembre 2011) consacré aux possibilités d’un conflit régional général au Moyen-Orient, le site DEBKAFiles consacre un passage aux activités navales et autres des USA et de la Russie par rapport à la Syrie, éventuellement à l’Iran et à la région en général. La chose est présentée selon une logique de confrontation potentielle, avec notamment la confirmation pour DEBKAFiles de la livraison de missiles russes terre-mer anti-navires à la Syrie, ce qui a conduit le porte-avions USS George H.W. Bush à prendre ses distances des côtes syriennes ; avec, d’autre part, des précisions sur la présence ou pas du porte-aéronefs russe Amiral-Kouznetzov dont le déplacement devient de plus en plus un mystère ajoutant à la tension dans la région, dont DEBKAFiles affirme qu’il est d’ores et déjà déployé “sur zone” (voir notamment, sur ce site, les 28 novembre 2011 et 29 novembre 2011).

«…The unusually powerful US and Russian naval buildups in the waters around Syria and Iran.

»Washington sought in late November to give the impression that the George H.W. Bush Carrier Strike Group was anchored off Marseilles, when it was spotted in the eastern Mediterranean opposite Syria. Moscow then rushed to Syria's defense by airlifting 72 anti-ship Yakhont missiles (Western-coded SSN-26) to Damascus. These water-skimming weapons can hit naval targets at a distance of 300 kilometers.

»After that the Bush, whose freedom to approach Syrian or Lebanese shores had been curtailed by the new weapon reaching Syria, departed to an unknown destination, while the USS Carl Vinson strike group took up position opposite Iran.

»Moscow is also playing hide and seek with its only air carrier Admiral Kuznetsov. It was announced that the vessel would set sail for the Mediterranean on Dec. 6. But on Nov. 25, it was sighted passing Malta and chugging past Cyprus four days later on its way to join the flotilla of three Russian guided missile destroyers already anchored off Syria.

»Neither the United States nor Russia would have concentrated two powerful fleets in the proximity of Syria and Iran unless they were certain a military conflagration was imminent. While any of the prime movers, Washington, Moscow, Tehran, Israel or Bashar Assad, may at the last moment step back from the brink of a regional war, at the moment, there is no sign of this happening.»

Tout cela indique un climat beaucoup plus lourd encore qu’il ne pouvait paraître à première vue. On connaît certes les conditions de désordre liées à ces deux théâtres et, par conséquent, l’extrême difficulté d’élaborer plus avant sur les perspectives à cet égard. Il est par contre intéressant d’envisager ces précisions diverses, et cette montée de la tension, par rapport aux situations intérieures des deux protagonistes. Cela permet d’avoir effectivement un aperçu de ces situations par rapport aux tensions.

• Pour ce qui concerne les USA, nous nous cantonnerons à mentionner un vote du Sénat qui est passé inaperçu, et dont nous récupérons la nouvelle parce qu’elle correspond d’une façon à la fois symbolique, et à la fois fort concrète, aux affrontements dont il est question ci-dessus. Dans Aljazeera du 5 décembre 2011, Robert Naiman signale ce vote de la soirée du 30 novembre 2011, où la Sénat a voté un amendement demandant l’accélération du retrait des forces US d’Afghanistan. («On Wednesday night, the Senate adopted by voice vote an amendment introduced by Oregon Democrat Jeff Merkley calling on President Obama to speed up US military withdrawal from Afghanistan. This was a watershed event towards ending the war.») Ce vote a vu un nombre important de républicains se prononcer dans ce sens d’un retrait accéléré, ce qui fait dire à Naiman qu’un Ron Paul représente beaucoup plus le sentiment des républicains, – les habituels va-t’en-guerre, – que les autres candidats type-Gingrich et Romney. Ce vote va évidemment dans le sens du sentiment populaire aux USA, qui se prononce aux deux tiers pour un retrait rapide d’Afghanistan. On voit combien des tensions avec les Russes, dans ce contexte où justement l’affaire d’Afghanistan est concernée, mettrait Obama dans une posture délicate au moment où toute son attention est bien entendu mobilisée par sa réélection ; sa politique s’en ressentirait nécessairement, marquée par l’hésitation, l’alternance de positions dures et de recherches d’arrangement, voire de décision de retraite.

• Le cas russe est plus complexe. On sait que le parti de Poutine et de Medvedev vient d’essuyer un sérieux revers, tout en conservant la majorité à la Douma (de 64% à 49,8% des voix, mais avec une majorité de justesse en siège). C’est un sévère avertissement pour la direction russe, qui doit encore préparer les présidentielles de mars. Les attaques contre Poutine-Medvedev portent sur les conditions intérieures (niveau de vie, corruption, état de la démocratie, etc.). Quel peut être l’effet des crises extérieures sur cette situation intérieure ? Si le tandem Poutine-Medvedev a à la fois le sens politique, le sens de l’Etat et le sens de la gravité de la crise, sa stratégie devrait plutôt se tourner vers l’exposé d’une situation catastrophique du monde, où la Russie est nécessairement engagée comme le montrent les cas évoqués ici. De ce point de vue, le tandem se présenterait pour ce qu’il est réellement, la seule direction russe capable d’affronter la tempête qui souffle, et qui ne fait que commencer, en appelant à une sorte d’union nationale derrière lui, selon une technique et une conception de type “gaullien”. Dans ce cas, on peut être assuré que la Russie appuierait de plus en plus dans le sens de la fermeté face aux USA. Selon notre appréciation, et selon les précédents qu’on a connus à cet égard, c’est effectivement dans ce sens que devrait évoluer la politique russe, avec une équipe parfaitement coordonnée et bien servie par des exécutants type Lavrov et Rogozine qui n’ont pas peur d’“aller au charbon”, qui sont au contraire attirés par cette sorte de perspective.

…Tout cela conduisant en conclusion à l’hypothèse que les situations de tension évoquées devraient s’aggraver dans les semaines qui viennent, plutôt que s’apaiser.

 

Mis en ligne le 6 décembre 2011 à 13H32

 

Commentaire

1.

Les Russes n'ont pas besoin de tensions internationales pour élire leur président.

MBM 06/12/2011

Votre analyse des élections russes semble plutôt excentrique et trahit une grille d’interprétation de « guerre froide » vu le triomphe de Russie Unie qui obtient encore près de 50% des suffrages malgré l’usure du pouvoir poutinien. Observez cette redistribution des sièges à la Douma : Russie Unie-238 députés ; Parti Communiste-92 députés ; Russie Juste-64 députés ; LDPR-56 députés dont son chef de file (Jirinovski) était l’ardent promoteur de l’idée d’expédier une bombe nucléaire sur Washington DC en 1994. Vous constaterez l’absence d’opposition. Rien que le renforcement des partis dominants depuis une dizaine d’années à la chambre basse et qui, tous, ont la bonne idée de partager un tiers de leur programme s’accordant à celui de Russie Unie (donc rien d’antagonique), tirant donc par là profit de l’existence de Russie Unie dominée par Poutine. Les 14% de baisse pour son parti ne signifient nullement qu’ils se soient dispersés dans l’opposition. L’opposition reste écartée de la vie publique malgré les efforts financiers colossaux consentis par les USA aux ONG occidentales sur le terrain. Donc, ce résultat électoral n’est aucunement dû à l’avancée remarquable d’une opposition libérale, que du contraire dans la mesure où l’Occident s’attendait à une percée significative des partis pro-occidentaux (notamment Iabloko) à la Douma. Mais bien au contraire le constat d’un désaveu criant de l’électorat russe pour le modèle occidental. Cet écart de 14% est bien une valse huilée de chaises à l’intérieur d’un vivier politique cohérent dominé par une même vision géopolitique et sans en changer l’ordre d’importance de chaque parti à la Douma, excepté pour Russie Unie qui n’est jamais inquiétée par le deuxième Parti Communiste. Je lis fréquemment que la perte d’aura de Poutine y serait pour quelque chose dans la baisse de 14%, mais si Poutine devait quitter brusquement la vie politique, Russie Unie n’y survivrait pas au-delà de deux années. Imaginons même le scénario surréaliste du départ foudroyant de Poutine claquant la porte de Russie Unie pour intégrer une équipe adverse, cette nouvelle équipe s’enrichirait sur le coup d’une majorité de voix au détriment de son ex parti. Soyez-en sûr ! Poutine est l’incarnation de la stabilité intérieure et de la volonté de puissance extérieure pour les Russes. Votre égarement est pathétique. La crise extérieure n’influence en rien l’électorat russe sinon à l’inverse de votre analyse qui suppose que les événements extérieurs aient joué un rôle prépondérant dans la baisse de 14%. Même sans les tensions internationales, cette baisse reste logique vu la longévité de l’équipe dirigeante et les résultats du scrutin n’eurent jamais été bien différents. Les tensions internationales ne sont pas causées par l’attitude du duo Poutine-Medvedev dans les rapports avec l’Occident. A contrario, l’attitude des chefs d’Etat occidentaux sont tributaires des élections à venir, d’où cette surenchère agressive. Je sais que vous rêvez que la gouvernance globale centralisée par les intérêts américains soit précipitée, mais ne vous fiez pas à l’UE qui sera tôt ou tard contrainte de se tourner vers l’Eurasie pour financer son empire qui prend l’eau. L’UE qui sortira bientôt la tête du marécage n’aura pas les moyens suffisants de sa gouvernance pro-occidentale. Surtout lorsque la Chine connaîtra elle-même des soubresauts de société majeurs, en l'occurrence sa bulle "immobilière" de 2012 qui en ouvrira la porte, et qui plus est a une imbrication économique devenue trop intime avec l’Occident. Ainsi, quand les USA et l'UE verront leurs banques et leurs Etats vaciller, les ondes de choc atteindront aisément la 2ème économie mondiale. Et quand vous évoquez l’ « Union nationale » derrière le tandem russe, je vous retourne votre réflexion sur les actes guerriers du camp occidental USA, GB, France qui eux peuvent logiquement être soupçonnés de rameuter l’électorat autour du chef d’Etat. Poutine n’a guère besoin de recourir à une dialectique guerrière pour faire évoluer la société russe vers un horizon de puissance internationale, tandis que les Bush, Blair, Obama, Cameron, Sarkozy ne peuvent se vanter de telles performances pour épanouir leur classe moyenne. Les classes moyennes occidentales sont roulées dans la farine par leurs équipes dirigeantes. La classe moyenne a pris un poids considérable en Russie, ce qui ne s’était plus vu depuis longtemps.

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