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11/12/2011

L'UE, objet d'inquiétude pour le Pentagone qui la positionne avant l'Iran, Syrie, Arabie Saoudite, Corée du Nord, Birmanie, Russie, Chine.

L’UE, risque stratégique “extraordinaire”

pour le Pentagone

10/12/2011

10 décembre 2011 – on connaît la situation du chaos européen, avec la poussée en cours pour imposer de nouvelles structures à l’UE, et la situation de rupture, également en cours, entre l’un de ses principaux membres (le Royaume-Uni) et le reste. Les plus “européens” parmi les Britanniques s’en désolent déjà, comme s’ils étaient rejetés d’un paradis déjà perdu, comme si l’UE pouvait encore prétendre au titre de “paradis”, alors que nous héritons pour l’instant d’une UE où l’Allemagne est aux commandes.

The Independent est certainement le quotidien le plus pro-européen de Londres. John Lichfield y signe, ce 10 décermbre 2011, un édito qu’il surmonte de ce sous-titre impitoyable : «Britain's future? Proud isolation: like the Cayman Islands, but without the weather…» Puis il développe, toujours sur le même ton.

«Britain is not leaving the European Union, just yet. But the EU may already have abandoned Britain. The fog of the Battle of Brussels, 8-9 December 2011, is still clearing. But psychologically and politically a Rubicon has been crossed, both in Brussels and in London.

»The Prime Minister has played a poor hand very badly. He has put Britain into a position of deep isolation within the EU which even Mrs Thatcher in her “money-back” days skilfully avoided. He has given the circling sharks of the Eurosceptic backbenchers and press a taste of blood which could rapidly turn into a feeding frenzy.

»Months of difficult negotiations lie ahead in which Britain will find itself willingly cast as the villain by our anxious European partners as they struggle to avoid the collapse of the euro. In such a febrile mood, in Britain and on the Continent, the possibility of a de facto, or even actual, UK departure from the EU is no longer unthinkable.

…Et pourtant, et bien entendu, rien n’est réglé, absolument rien, et le pire, qui est toujours possible, paraît bien être encore à venir, comme une certitude fatale. Certains le pensent ainsi, et nullement parmi ceux qui sont partie prenante dans le cirque européen, mais qui s’inscrivent plutôt contre les pratiques de “dictature molle” d’une UE sponsorisée par l’Allemagne. Ils sont nombreux dans les opinions européennes.

Autres visions, donc, et également des visions venues d’outremer (d’outre-Atlantique), qui pourraient surprendre… Alors que les sommets, les traités signés loin de la démocratie et désormais amendés, les sécessions en cours ou à venir sont en train de bouleverser le paysage institutionnel européenne sans aucune garantie que cette lutte contre la crise par ceux qui ont servi le Système qui est la cause de la crise, ne l’aggravent pas au contraire, un facteur nouveau et essentiel est survenu avec l’intervention du Pentagone. Il semble bien, en effet, que le Pentagone, – dans tous les cas le représentant des forces armées au Pentagone, mais qui ne peut émettre de tels avis si importants sans l’accord de sa hiérarchie civile, – donc, que le Pentagone ait plus tendance à penser que l’action en cours pour sortir l’Europe de la crise financière et économique ne précipite au contraire cette Europe dans une crise civile chaotique bien plus dangereuse. C’est sans aucun doute le sens qu’il faut donner aux propos qu’on peut qualifier d’“extraordinaires” du général Dempsey, nouveau chef d’état-major général US (président du JCS, ou Joint Chief of Straff), lors d’une conférence, hier, devant l’Atlantic Council, un think tank de tendance absolument atlantiste.

PressTV.com avait été le premier à signaler l’événement, le 9 décembre 2011, s’en tenant à quelques éléments de cette déclarations. Le même 9 décembre 2011, relayant AFP, Defense News rend compte des principaux aspects de cette intervention.

«Top U.S. military officer Gen. Martin Dempsey said Dec. 9 he was “extraordinarily concerned” about the euro's viability due to the potential for civil unrest and the breakup of the European Union. “The eurozone is at great risk,” the chairman of the Joint Chiefs of Staff told reporters, saying it was unclear whether measures taken so far “will be the glue that holds it together.”

»“We are extraordinarily concerned by the health and viability of the euro because in some ways we're exposed literally to contracts but also because of the potential of civil unrest and breakup of the union that has been forged over there,” Dempsey added.»

BBC.News, le 10 décembre 2011, reprend également l’intervention de Dempsey, la précisant en des termes extrêmement clairs de préoccupation de sécurité pour les USA, – qui sont, spécifiquement, que les USA craignent d’abord, du point de vue des évènements, que les forces US soient d’une façon ou d’une autre impliquées dans des situations de trouble et d’émeute… Dempsey «suggested that part of his concern was that the US military could be exposed to any unravelling of the eurozone “because of the potential for civil unrest and the break-up of the union”. The US military has more than 80,000 troops and 20,000 civilian workers in Europe, many based in Germany.» D’autres inquiétudes “extraordinaires” de Dempsey concernent des situations plus institutionnalisées, comme, par exemple, la coopération européenne dans ce programme en lambeaux pleins de ruines rutilantes de technologies nouvelles qu’est le JSF… (C’est-à-dire l’achat de cet avion US par les Européens, comme c'était promis juré.)

«Gen Dempsey also said he was concerned that an international project to develop the F-35 Joint Strike Fighter aircraft could be put in jeopardy if European national defence budgets were cut. “It will clearly put [budgets] at risk if all the economic predictions about a potential collapse were to occur,” Gen Dempsey said.»

L’intervention de Dempsey concernait les nouveaux “risques stratégiques” dans le monde, selon le Pentagone. Dans le même article déjà référencé, Defense News signale qu’une étude du Council of Foreign Affairs place effectivement l’Europe comme une des “principales menaces” que doivent affronter les USA, dans la forme de l’instabilité, des risques d’émiettement de l’UE, d’émeutes et de soulèvement.

«In a study published Thursday, the Council on Foreign Relations ranked the eurozone among the main threats facing the United States. It pointed to a risk of “intensification of the European sovereign debt crisis that leads to the collapse of the euro, triggering a double-dip U.S. recession and further limiting budgetary resources.” Other countries identified as priorities for U.S. national interests included China, Iran, North Korea, Mexico, Pakistan and Saudi Arabia.»

…L’Europe en elle-même (et non plus selon des menaces contre elles d’ennemis extérieurs qui seraient ceux des USA également), l’Europe per se, placée sur le même plan de dangerosité que l’Iran, la Corée du Nord, la Chine, le Mexique, le Pakistan, l’Arabie Saoudite ! «Que sont mes amis devenus…?», disait notre poète de ces temps que nous persistons bien injustement au vu des des nôtres à considérer comme “sombres”… L’Europe, construction du génie rationnel et libéral, globalisant et intégré, formule miracle pour éviter la guerre, en écarter le spectre et faire que “la der des ders” soit vraiment la dernière … Le Pentagone ne prend pas de gants pour nous ramener aux réalités, assez peu impressionné par les bousculades et embrassades de Merkozy-Sarkel. De ce point de vue, Moby Dick n’a jamais fait dans la dentelle, et lorsqu’il s’agit de débusquer une menace pour nourrir ses bureaucrates-stratèges et lutter contre ceux qui voudraient toucher à ses centaines de $milliards annuels, le sentiment n’a pas sa place. D’autre part, la nouveauté de l’analyse est d’un tel poids que l’on ne peut en laisser la parenté à ces seules considérations pratiques, mais qu’il y a véritablement une inquiétude très grande de fond… Ainsi l’UE, la glorieuse, est-elle placée par le général Dempsey sur le même banc d’infamie que l’affreux Iran et la paranoïaque Corée du Nord.

Le champ du désordre transatlantique

Il ne faut pas s’y tromper. Cette intervention, qui, bien entendu, ne fera pas les gros titres de la presse-Système et de ses journalistes professionnels, est un tournant dans une situation qu’on n’ose plus qualifier de “stratégique”, – une situation de “chaos stratégique” disons, avant de trouver une expression plus adéquate encore… (Mais situation de “chaos stratégique” ou de “chaos géostratégique” d’abord parce que l’époque n’est plus dominée par la géostratégie, parce que l’époque est celle de l’ère psychopolitique où la psychologie et le système de la communication sont des déterminants essentiels de l’orientation et de l’activation de la puissance.)

D’un côté, vous pouvez prendre cette intervention de Dempsey comme un avertissement à l’Europe, avec à l’esprit l’ombre d’un interventionnisme US si les choses tournaient mal en Europe. Cette interprétation, qui relève d’un autre temps désormais bien lointain, nous lui donnons, disons pour être dans le vent des slogans en cours, 1% de crédit. Le reste, le “nous sommes les 99%”, c’est l’interprétation d’un Pentagone aux abois qui avertit qu’il veut à tout prix éviter de se laisser impliquer dans des troubles européens. On peut en conclure provisoirement, avant d’autres prolongements, que cette analyse alimentera largement ceux qui, de plus en plus nombreux aux USA, se placent dans les anti-guerres, ceux qui s’affirment partisans d’un repli stratégique US plus ou mois affirmé sur la dimension continentale, dimension où il y a déjà tant à faire, avec les crises sans nombre et les menaces insurrectionnelles. Voilà, dira-t-on, où Ron Paul tombe à pic.

(On observera combien, lorsque la situation de crise terminale du Système est observée du point de vue de la sécurité générale et en général et non du point de vue étroit de la seule crise financière et économique, le raisonnement s’inverse complètement : l’on passe de l’enchaînement des uns aux autres à cause de la globalisation, – contre lequel luttent les positions souverainistes et proches qui vont jusqu’à prôner le protectionnisme, – à la position de repli sur l’espace souverain à défendre en priorité. La position implicite du Pentagone serait alors d’évoluer vers une “globalisation paradoxale” du problème de la sécurité devenu général en y intégrant toutes les crises, avec potentiellement l’évolution générale vers une situation de repli en gardant des capacités de projection de forces plutôt de caractère défensif.)

Ainsi commencent à apparaître les potentialités de bouleversements géopolitiques, dans le sillage du bouleversement psychologique qui secoue le monde et le bloc américaniste-occidentaliste (BAO), avec la géopolitique plus que jamais conduite par la crise psychologique qui, dans cette ère psychopolitique, mène les affaires du monde en folie. (Confirmation que, pour une politique et une géopolitique en folie, il faut que la psychologie domine tout parce que seule elle est capable de distiller cette folie.) C’est désormais à la lumière de cette analyse du Pentagone qu’il faut tout envisager dans un avenir qui est si rapide à se concrétiser qu’on dirait parfois que le temps contracté n’est plus qu’un présent continu jusqu’à l’effondrement… C’est désormais à cette lumière qu’il faut considérer la relation transatlantique présentée comme “éternelle” et qui ira s’effritant et se dissolvant très rapidement, le statut de l’OTAN, la complicité dans le catastrophisme des copains du bloc BAO. Le Pentagone, quand il s’agit de ses champs d’action, ne mâche pas ses mots. Il dit ce que, bientôt, dans ces domaines, devront penser, malgré les neocons et leurs candidats d’un autre temps type-Gingrich, les robots-Système qui peuplent Washington… A moins, hypothèse supplémentaire pour l’avancement encore plus rapide du chaos-Système, qu’il fasse le lit, le Pentagone avec ses analyses, de la candidature Ron Paul ? (Ne jamais oublier que Ron Paul n’est pas un pacifiste qui veut désarmer l’Amérique mais un isolationniste stratégique qui veut retirer les USA des aventures incertaines où rôdent tous les dangers du monde en folie. Et cela, Europe incluse.)

Est-il justifié, disons “objectivement”, de considérer l’Europe (l’UE) de cette façon, comme un “risque” géostratégique majeur, comme une menace ? On répondrait prudemment et à première vue que c’est à voir, mais on ajouterait évidemment que, pour le Pentagone c’est tout vu. Là encore, selon nos conceptions où règnent la psychologie et par conséquent la communication qui en est le facteur d’influence le plus important, la perception règne. Les dirigeants américanistes, tout comme les citoyens américains mais avec moins d’excuses que ces derniers, ne comprennent rien à l’Europe, et particulièrement à l’UE. Tout de même, sur ce dernier point (l’UE en tant que labyrinthe institutionnel et palais kafkaïen des chimères européennes impossibles à démêler), on ne peut leur jeter la pierre, certes ; et, finalement, dans son ignorance de la chose (l’UE, à nouveau), mais par le biais de sa perception où se mélangent certaines obsessions, le Pentagone voit peut-être juste, dans tous les cas pour l’évolution générale de cette même chose (l’UE, toujours elle).

Il y a, d’une certaine façon, confluence de perceptions encombrées de chimères et d’obsessions… Du côté du Pentagone, la crainte d’un éclatement de l’UE et de troubles civils, c’est l’obsession récurrente dans les mémoires américanistes, et dans les esprits américanistes aujourd’hui avec les crises en cours aux USA, – c’est l’obsession de la sécession avec le risque, historique pour les USA, de la guerre civile (Guerre de Sécession, mais Civil War selon l’historiographie conformiste de l’américanisme). Mais pour les idéologues “européistes”, est-ce tellement différent ? Nous avons, nous aussi, nos “Pères Fondateurs” (Schumann, de Gasperi, Monnet, etc.), et nous avons, nous aussi, nos fantasmes des “Etats-Unis d’Europe” comme un double de la fascination que les Etats-Unis d’Amérique exercent sur tous ces esprits enfiévrés. Dans l’atmosphère catastrophique actuelle, dans les “solutions” et les révisions de traité décidées à la hussarde et qui recèlent bien plus de risques graves que de promesses avec le mépris qu’elles signalent pour le peuple, – qui est, lui, “démocratiquement élu” si l’on peut dire, – dans cette situation crisique d’une profondeur abyssale les craintes du Pentagone ont leur place.

Il faut encore aller plus loin sur le chemin du raisonnement qui tient essentiellement compte des psychologies et de leurs détours dissimulés. Dans cette prospective alarmiste du président du comité des chefs d’état-major, on peut trouver également, dissimulée et en plus, une “prospective manquée” comme l’on dit d’un “acte manqué”… Cela reviendrait à dire que si cette prospective européenne du Pentagone représente sans aucun doute une analyse qui n’est pas sans fondement, elle représente également une crainte dissimulée pour les USA eux-mêmes, dans la situation de division et de désordre où se trouve ce pays. Tout se passe comme si Dempsey disait : “Non seulement nous n’avons rien à faire de nous trouver dans des troubles sécessionnistes et civils en Europe, mais en plus nous avons à craindre la même évolution chez nous…”.

Ainsi les évènements de Bruxelles et ceux de Washington se complètent-ils et s’intègrent-ils. A côté de cela, à côté du champ du désordre transatlantique que vient d’éclairer le général Dempsey, les entreprises diverses du bloc BAO, ses expéditions libyennes, ses menaces syriennes et ses obsessions iraniennes, ses interférences nihilistes et porteuses de désordre pour le seul goût du désordre, comme en Russie, apparaissent comme des balbutiements et des borborygmes insensés d’un Système et d’une modernité à l’agonie. C’est là, dans ce “champ du désordre transatlantique” et nulle part ailleurs, que se trouve le cœur de la crise du monde, au cœur du bloc BAO, au sein de l’Europe en processus d’explosion, au cœur des USA finalement, où l’on trouve la potentialité explosive ultime de l’effondrement du Système.

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