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15/12/2011

La France prépare la guerre contre la Syrie. Le Liban pourrait aussi connaître des troubles au même titre que sa voisine la Jordanie.

Levant – Qui perd gagne ?

Verbatim :: Lundi, 12 décembre 2011 :: Jacques Borde  

Q – Au stade où nous en sommes, allons-y franchement : où en sont les relations entre Paris et Damas ?

Jacques Borde – Très clairement, nous en sommes arrivés à un stade proche de l’état de guerre entre la République française et la République arabe syrienne. Ce, entièrement par la faute de la France, est-il utile de préciser !

Q – À ce point-là ?

Jacques Borde – Oui. « Paris soutient logistiquement les insurgés syriens en leur fournissant en sous-main du matériel infrarouge et des moyens de communications ». Autrement dit, du matériel militaire. Qui le dit ? Mais le Figaro. Ce qui s’avèrerait être, si cela se vérifie, une agression caractérisée contre un pays membre des Nations-unies. Et, quelque part, également, du trafic d’armes, compte tenu de la, sévère, législations française en matière d’exportation de matériels de guerre. Il est évident, qu’en cas de nouvelle majorité politique, à l’issue des présidentielles de 2012, des poursuites pourrait – pour ne pas dire, devraient – être engagées contre les auteurs et les commanditaires de telles pratiques…

Mais, ça n’est pas tout ! En fait, selon un correspondant du quotidien parisien, citant un militaire français stationné au Liban, « les services français ne sont pas inactifs auprès des déserteurs syriens, réfugiés en Turquie et au Pays du cèdre ».

Selon cette source, « Il est très facile d’utiliser les réseaux de trafiquants d’armes qui opèrent au Liban pour renforcer la puissance des rebelles ». Et « Parmi la palette de soutiens que la France peut fournir aux déserteurs figure également du Renseignement satellitaire sur les positions de l’armée syrienne qui les combattent ». En agissant de la sorte, Paris se pose en partie prenante à un conflit opposant le pouvoir central syrien à une opposition armée, à l’évidence, instrumentalisée de l’étranger.

Notez, par ailleurs, que par rapport à ce qui s’est passé pour la Libye, de nombreux media et observateurs commencent à se poser de sérieuses question quant à l’opposition syrienne, dont les courants ne sont pas les derniers à s’agonir d’invectives entre eux. Le CNS ayant, notamment, dénoncé l’ALS. Comme un jouet de la Turquie. Ou plutôt de son Premier ministre, Reccep Tayyip Erdoğan.

Le problème, c’est que, quelque part, l’administration Sarkozy met la charrue avant les bœufs, il n’est pas sûr que la via factis élyséenne fasse, tant que cela, l’unanimité autour d’elle. À commencer par la Ligue des États arabes. Ainsi, en arrivant au Conseil de l’Union européenne, le secrétaire général de la Ligue, Nabil el-Araby, a tenu à démentir officiellement tout appel à une intervention militaire internationale en Syrie. S’exprimant en arabe, dans ce qu’on appelle le VIP Corner, face à nos collègues des télévisions arabes, il a, repris par Bruxelles2, réfuté cette assertion « que la Ligue arabe vise une intervention militaire. Toutes les décisions de la Ligue Arabe rejettent une (telle) intervention internationale ».

Q – Est-ce sans risques pour Paris et les intérêts de la France ?

Jacques Borde – Pas du tout, évidemment. La position française est d’une rare inconséquence. En effet, si, effectivement, « Il est très facile d’utiliser les réseaux de trafiquants d’armes qui opèrent au Liban pour renforcer la puissance des rebelles », il en est de même pour la Syrie et ses amis qui pourraient frapper encore plus durement les intérêts français, si l’envie leur en prenait. Diplomates, journalistes, espions, Casques bleus ! Servez-vous. D’ailleurs, il n’ a pas fallu attendre bien longtemps pour récolter les premiers fruits amers de notre inconséquence géopolitique…

Q – N’est-ce pas faire porter sur la France, la victime, la responsabilité de l’attentat ?

Jacques Borde – Oui et Non. Gouverner, c’est prévoir ! Or, c’est l’impéritie chronique des dirigeants occidentaux – et, là, en espèce, français – qui pave la voie à la violence armée. Réfléchissez donc à ce qui disait l’ancien maire de Londres, Ken Livingstone : à savoir que « les attentats terroristes qui ensanglantent périodiquement les capitales occidentales n’auraient pas lieu si – depuis le 1ère Guerre mondiale – les grandes puissances avaient laissé les nations arabes libres de décider de leurs propres affaires. Nous avons mis en place des gouvernements peu recommandables, et nous avons renversé ceux que nous ne considérions pas comme sympathiques »[1],

Q – Mais pour quelles raisons les relais et amis de la Syrie devaient-ils réagir ?

Jacques Borde – Mais, tout simplement parce que leur propre pays, le Liban, va pâtir de cette situation, créée de toutes pièces, est-il utile de le rappeler par les âniers de l’Apocalypse dont je vous parlais récemment. Jenny Saleh, sur econostrum.info, a pu revenir sur le sujet. Évidemment, la Syrie et le Liban souffrent d’une situation qui s’apparente à un blocus. Ce qui, en droit international est un acte de guerre.

D’ailleurs, le chef de la diplomatie libanaise, Adnane Mansour, avait prévenu, sur Al-Manar, rappelant que « les sanctions économiques contre la Syrie ne sont pas dans l’intérêt du Liban en raison de la nature des relations entre les deux pays et les accords qu’ils ont signés ».

Certes, le Liban, devrait moins souffrir de la situation de son voisin. « D’un côté, le Liban va pâtir de la situation, mais d’un autre, il va en profiter » a, notamment, estimé l’ancien ministre des Finances et économiste libanais, Georges Corm, cité par Jenny Saleh. « On devrait revenir à une situation où ce seront les banques libanaises et irakiennes qui financeront le commerce extérieur syrien, comme avant » explique-t-il. « Le Liban va être amené à exporter plus en Syrie, soit par le transit, soit par sa propre production ». Mais, note Georges Corm, n’en doutons pas, il y a aura bien « ralentissement de l’activité touristique, puisque généralement les touristes visitent les deux pays » et qu’actuellement le tourisme en Syrie est réduit à néant. Car, souligne, de son côté, Jenny Saleh, « Depuis le début de l’année, le Liban accuse une baisse de ses visiteurs par rapport à 2010 qui avait été une année record ».

Dès lors, quoi de plus légitime que les membres de la Résistance croyante, pour ne parler que d’eux, s’en prennent à ceux qui, objectivement, contribuent à freiner le redressement économique du Liban.

Q – Mais ces sanctions sont censées faire plier le régime syrien ?

Jacques Borde – À voir. Selon l’économiste libanais Louis Hobeika, « ce sont les citoyens syriens ordinaires qui vont payer le prix de ces sanctions et non pas le régime, bien au contraire ». « Si la Ligue arabe veut étouffer la population syrienne, elle va réussir ». Mais, et je suis d’accord avec lui, l’Histoire prouve que les sanctions seules n’ont jamais fait tomber un régime. « Si l’on prend l’exemple de Cuba, de la Corée du Nord, ou encore du Venezuela, à chaque fois c’est le peuple qui a payé la note, qui s’est appauvri, tandis que le régime, au contraire survit et se renforce, du fait de l’impopularité des sanctions ».

Ce d’autant que, défend Hobeika, les sanctions prises seraient « inapplicables ». Concernant le gel des transactions ou des avoirs des dirigeants syriens par exemple, « Les Syriens ne sont ni naïfs ni idiots, leurs comptes ne sont pas à leur nom propre, mais à ceux de leurs cousins, familles ou autres qui vivent au Liban par exemple. Comment contrôler alors ces transactions ? », interroge-t-il.

Quant aux transactions commerciales, Louis Hobeika estime qu’elles pourront continuer, « par la voie terrestre avec le Liban par exemple dont la frontière avec la Syrie est très vaste et contrôlée par seulement trois points de passage, mais aussi avec la Jordanie ». « Dès lors », note Jenny Saleh, « l’incidence des sanctions sur les pays voisins de la Syrie n’aura que peu de poids ». « Même si bien sûr », conclut Louis Hobeika, « les entreprises vont avoir plus de mal à exporter, elles ont toujours le recours de faire sortir leurs marchandises par la mer, ou par leurs frontières directes ».

Q – Et la fermeture de l’espace aérien syrien ?

Jacques Borde – Là, je diffère légèrement de Louis Hobeika lorsqu’il considère que si les responsables syriens « … ne peuvent plus décoller de Damas, il leur suffit de se rendre à Beyrouth, à 1h30 de voiture, pour prendre l’avion en toute tranquillité ».

Certes, ce scenario est possible. Comme l’est celui qui consisterait, pour des appareils de l’Armée de l’air française, de détourner des appareils où auraient embarqué des officiels syriens…

Q – Pas les Américains ?

Jacques Borde – Sans doute. Mais pourquoi se salir les mains lorsque vous trouvez un « idiot utile » pour faire le sale boulot à votre place ?

Dans ce registre, le chef de l’a-diplomatie française, Alain Juppé, a franchi une étape de plus en accusant Damas d’être responsable de l’attaque qui a visé le contingent français de la Finul. Prétendant même en détenir la preuve. Sans, bien sûr, en avancer les prolégomènes de début de commencement d’une once (de preuve). Il nous faut – nous suggère-t-on, benoitement – croire le ravi du Quai d’Orsay sur sa bonne mine. Très peu pour moi !

Pour revenir aux Américains, la Syrie les motive nettement moins que la Libye. En termes de postures agressives, je veux dire ! Il existe un sérieux débat au Pentagone sur l’opportunité d’une confrontation frontale avec la Syrie. Selon l’Executive Intelligence Rewiew (EIR), une de ses sources auprès de la communauté du Renseignement US, lui aurait confirmé que le US Joint Chiefs of Staff (JCS) « est pleinement mobilisé pour éviter une guerre », craignant que Barack H. Obama ne soit « imprévisible ». Toujours selon EIR, sa source aurait insisté « sur le fait que, tant que la situation iranienne restera incertaine, les plus hauts gradés des forces américaines s’opposeront à toute opération militaire, y compris contre la Syrie ». Un prudence qui se comprend: en cas d’embrasement de la zone du Golfe Persique, les membres du JCS ont rappelé que les États-Unis « ont des accords bilatéraux avec plusieurs pays membres du Conseil de coopération du Golfe (GCC), accords qui seraient activés dans l’éventualité d’attaques iraniennes contre eux ».

Concrètement, les éléments modérateurs autour du Chairman of the US Joint Chiefs of Staff (CJCS, chef d’état major interarmes), l’amiral Michael Glenn Mike Mullen, ont, semble-t-il, gagné, la première manche. En effet, le porte-avions CVN 77 USS George H.W. Bush a retrouvé, le 11 décembre 2011, sa base de Norfolk, en Virginie[2]. À noter que le porte-avions est rentré à sa base en compagnie de l’intégralité de son escorte, à savoir : le croiseur lance-missiles USS Anzio ; les destroyers lance-missiles USS Truxtun, USS Mitsher. Le croiseur USS Gettysburg, qui appartenait également au George H.W. Carrier Strike Group (GHWB CSG) a, quant à lui, regagné son port d’attache de Mayport (Floride).

Concrètement, les Français se retrouvent en première ligne. Mais bien seuls. Et, concernant le teckel français, passablement édenté. Ce, dans la mesure où si, pour la première fois depuis son retour de la curée libyenne, le 12 août 2011, le Charles-de-Gaulle a bien, retrouvé la mer, c’est pour une semaine d’essais et sans… avions ! En effet, d’après les informations recueillies par le site Meretmarine.com et Var Matin, « le retour à bord des avions n’est pas encore à l’ordre du jour. Les jeunes pilotes de Rafale, Super Étendard et Hawkeye, qui avaient vu leur campagne de qualification sur porte-avions prévue au printemps dernier annulée en raison des opérations en Libye, vont encore attendre. Leurs premiers appontages et catapultages sur le Charles-de-Gaulle pourraient n’intervenir qu’en février ou mars ». Plus encore, si d’ici là, Paris se décidait à d’autres faux pas géopolitiques…

Q – Mais, pour revenir à votre hypothèse de détournement d’un appareil civil libanais ou syrien, ne serait-ce pas là de la piraterie aérienne ?

Jacques Borde – Si, tout à fait. Et alors ? À cet titre, je vous rappelle que c’est la France coloniale qui est le fondateur de cette pratique ! Rappelez-vous : le détournement de l’appareil (civil) transportant Ahmed Ben-Bella et une partie des cadres du FLN. Je ne pense pas que MM. Sarkozy, Juppé et Longuet barguigneraient beaucoup à mettre les mains dans le cambouis de la sorte.

Évidemment, un tel passage à l’acte pourrait être considéré comme une déclaration de guerre par nombres de groupes armés opposés au Nouvel Ordre Mondial !

Q – Qui va gagner à s’éterniser dan ce bras-de-fer ?

Jacques Borde – Damas, qui sait ? L’ancien ministre des Finances et économiste libanais Georges Corm estime que « les conséquences seront limitées au niveau économique, à moins bien sûr d’un épuisement des réserves de change ainsi que d’une difficulté à effectuer des paiements en euro ou en dollar ».

Corm souligne également que la Syrie, loin de sortir affaiblie de ces sanctions, pourrait trouver un moyen de renforcer son économie. « Son agriculture lui permet l’autosuffisance, bien qu’elle ait été touchée par la sécheresse depuis quatre ans. Les sanctions pourraient aussi donner un coup de fouet à l’industrie syrienne, qui avait été mise à mal par l’accord de libre-échange avec la Turquie ». Deux secteurs qui constituent à eux seuls près de 50% du PIB syrien.

De son côté, le ministre syrien de l’Économie, Mohammad Nidal al-Chaar, avait souligné à l’AFP que la Syrie devait « dépendre plus de (ses) ressources intérieures (…), se concentrer sur la mise en valeur de (ses) richesses » et « laisser travailler avec flexibilité le secteur privé qui représente 73% de notre économie ».

Q – Pour parler d’un autre acteur régional, les Israéliens semblent de plus en plus inquiets…

Jacques Borde – On le serait à moins, non ? Outre le volet syrien, les Israéliens sont de plus en plus préoccupés par l’Égypte. À raison, le Front Sud était, pour eux, inexistant (ou presque) depuis 1973. La Guerre d’Octobre ayant gelé la situation avec l’Égypte, première puissance militaire du monde arabe. Là, depuis les « printemps » (sic) arabes et plus précisément son épisode cairote, l’État hébreu se retrouve avec une instabilité politique dont l’évolution va, pour partie, dépendre de fondamentalistes wahhabites ultras qui pèsent, désormais, 65% sur l’échiquier politique local…

Q – Mais les relations économiques entre les deux pays ont beaucoup adouci les choses ?

Jacques Borde – Certes. Mais, là encore, les choses pourraient changer. Le 28 novembre 2011 au matin, des inconnus – ce pour la 9ème fois de suite – ont fait sauter le gazoduc alimentant Israël à partir du Sinaï. Le moment choisi était plus que symbolique : peu ou prou, l’heure où les bureaux de votes commençaient à ouvrir…

Q – Et, économiquement, bien sûr, cela a un sens ?

Jacques Borde – Tout à fait. Actuellement, l’Égypte fournirait – chiffres que je n’ai pas eu le temps de vérifier par moi- même, d’où le conditionnel – 43% du gaz naturel consommé en Israël. Soit 40% de sa consommation électrique.

À noter, par ailleurs que le gaz égyptien couvre également 80% des besoins jordaniens. Or, en dépit du peu d’affect que je nourris à l’endroit de la dynastie hachémite il faut rappeler que celle-ci reste, à bien des égards, l’ennemi héréditaire de sa voisine séoudienne et wahhabite[3]. Sans parler de l’Ikhwan al-Muslimim, dont le chef, Saïd Ramadan, fut banni de Jérusalem, en 1954, par Sir John Glubb Pacha, le patron de la Légion arabe jordanienne. Autant vous dire, qu’aujourd’hui, SM Abdallâh II et les siens sont assis sur un siège éjectable. Pas vraiment un facteur de stabilité régionale…

Sans parler des confréries, soufies notamment, présentes dans tout le Levant. Qui, cibles des ultras du wahhabisme, ne se laisseront pas faire. Pas plus qu’elles ne se laissent faire en Irak ! Où je vous rappelle que la Naqshbandiyya[4] est, fortement, impliqué dans la Résistance ba’athiste dont elle constitue une des composantes face à l’occupant occidental.

Q – Quel impact sur le volet palestinien, parce qu’il y en a un, je suppose ?

Jacques Borde – Tout à fait. Et partout où se trouvent des Palestiniens. À commencer par le Liban. On l’oublie un peut trop, les camps palestiniens près de Saïda regroupent de nombreux éléments proches du salafisme[5] le plus radical. Parfaitement entraînés, qui plus est. Ceux-là même qui, en 2008, s’opposèrent à l’armée libanaise. Des sources locales ont estimé à quelques 17.000 – chiffre considérable et, assurément, exagéré – le nombre de ces combattants aguerris déjà opérationnels en Syrie. Même si nous n’en étions qu’à 700, ce chiffre est déjà alarmant, si on le rapporte à une stratégie asymétrique appuyée de l’étranger.

Autre problème : certains, en Israël – le site JSSNews, notamment, souvent le premier à déterrer des infos sensibles[6] – se demandent si le Hamas ne serait pas en train de changer son fusil d’épaule. En effet, sa direction vient de « dénoncer » les massacres commis par le « régime de Bachar el-Assad » ! Une phraséologie traditionnellement plus caractéristique des djihâdistes de marché à la solde Wall Street.

Ce que note, par ailleurs, JSSNews, c’est qu’« En attendant, embarrassée par la crise syrienne, la direction politique du Hamas en exil à Damas ne séjournerait plus beaucoup en Syrie » et « serait partie en exil au Qatar ». C’est, aussi, ce qu’affirment plusieurs journaux arabes dont Al-Hayat, selon qui Khaled Méchaal aurait « passé le plus clair de son temps ces derniers mois à Doha au Qatar, affirme une source française connue pour sa proximité avec les dirigeants du mouvement terroriste ». Selon des sources israéliennes, citées par JSSNews, « les militants sur le point de quitter la capitale syrienne sont ceux responsables des activités de l’aile militaire du Hamas mais aussi quelques membres de la direction politique ». Par ailleurs, « des sources palestiniennes citées par le Ha’aretz, il y a quelques semaines, expliquent que la plupart de ces terroristes sont partis, avec leurs familles, vers plusieurs pays dont le Soudan, le Qatar et le Liban, ou encore vers Gaza ».

Qu’est-ce que tout cela peut signifier ? Peu courant en Europe – seul Benedetto Bettino Craxi nous fit le coup de l’exil politique durable, allant même rendre son dernier soupir, le 19 janvier 2000, à Hammamet (Tunisie) – où la vie politique s’est assagi, ce nomadisme des directions politiques, militaires ou autres, en fonction des besoins et des aléas géopolitiques, est une constante courante au Levant. Ainsi, l’Amid du Bloc national libanais, Raymond Eddé, effectuera une large partie de sa carrière politique en exil à Paris, où, très écouté, il recevait beaucoup.

« Cette relocalisation », s’interroge Avi Retschild pour JSSNews reviendrait-elle « à abandonner le président Assad, qui est pourtant l’un des alliés les plus solides de l’organisation palestinienne » ? Il est sans doute trop tôt pour le dire. En tout cas, selon des diplomates israéliens interrogés par JSSNews, « l’Égypte et la Jordanie ont refusé d’accueillir sur leur territoire les leaders du Hamas, bien que les Égyptiens aient accepté l’ouverture d’un bureau du mouvement au Caire. Le Qatar a accepté d’héberger la direction politique du mouvement, mais pas sa direction militaire ».

Est-ce tout ? Évidemment, non. Pour qui connait l’Histoire de l’Orient et du Levant, les relations personnelles ont toujours pesé pour beaucoup dans ces exils politiques et l’avenir même de ceux s’y résolvant. Or, nous rappelle encore JSSNews, « Khaled Méchaal est un ami personnel de l’émir du Qatar », Hamad Bin-Khalifa al-Thani, et « l’émirat est soupçonné de financer le Hamas ». Serait-ce qu’il n’y a pas que le football qui fasse vibrer les classes dirigeantes de cette bouillonnante pétromonarchie ?…

Q – Au fait, où en est la Russie dans tout ce tohu-bohu ?

Jacques Borde – Nulle part, ou presque ! Ses navires arriveront bien un jour à Tartous ! Ah, si, l’ambassadeur russe près le Qatar, Vladimir Titorenko, s’est proprement fait passer à tabac à l’aéroport de Doha par des personnels qataris – identifiés, pour l’instant, comme des agents des douanes – pour une raison non-encore élucidée à ce jour. Un diplomate russe en poste en Europe s’est, toutefois, épanché auprès de nos estimés confrères de JSSNews leur indiquant qu’un « désaccord énergétique entre les deux pays » pourrait en être la cause. Et probablement, le fait que Moscou ait (même mollement) haussé le ton sur le dossier syrien !

Face à cet incident qui, en d’autres temps aurait valu des représailles sanglantes et immédiates à ses auteurs, qu’a fait Moscou, en guise de « mesures fortes » (pour reprendre la novlangue moscovite) ? « Moscou a pris la décision de déclasser les relations avec le Qatar ». De qui sont ces mâles paroles ? Mais du chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, qui l’a fait savoir au Premier ministre qatari, Cheikh Hamad Bin-Jassim al-Thani. Notre ambassadeur « quittera le Qatar lorsque ses blessures, provoquées par la terrible agression physique qu’il a subie, seront soignées », a ajouté Lavrov. On doit beaucoup rire à Doha, où l’on n’oublie pas que les Russes sont toujours à la recherches de clients pour placer leur quincaillerie militaire. Assurément, les Russes reviendront, le moment venu, manger dans la gamelle qatarie. Pour que que ces derniers veuillent d’eux, évidemment ! Là, la prise de risque est russe et non qatarie, contrairement à ce que beaucoup pensent…

Notes

[1] Mayor blames Middle East Policy, BBC (25 juillet 2005).

[2] Dixième et dernière unité de la classe Nimitz/Theodore Roosevelt, le CVN 77 USS George H.W. Bush embarque 68 avions et hélicoptères. Pour son autodéfense, le CVN 77 compte, en plus de sa chasse embarquée, deux lanceurs verticaux (24 missiles ESSM) et deux systèmes surface/air à courte portée RAM.

[3] Lire ce qu’en dit Gilles Munier, « Ibn Séoud haïssait Husein, chef des Hachémites nommé quelques années plus tôt Chérif de la Mecque (…). Les Hachémites, tribu du Prophète Muhammad, étaient pour lui des mécréants à ramener manu militari dans le droit chemin ou à exterminer. La prétention d’Hussein à gouverner, un jour, l’Arabie et à se prendre pour l’Amir al-Muminin – prince des croyants – lui était insupportable ». Les Espions de l’Or noir, p.111, Encre d’Orient, 2011.

[4] Courant soufi fondé par Baha al-Din Naqshbandi. Gilles Munier précise que « à la différence des autres confréries soufies qui font remonter leur chaîne initiatique à Ali, gendre du Prophète Muhammad et 4ème calife la tariqa Naqshbandiyya se réfère à Abou Bakr, compagnon du Prophète et 1er calife, puis de Salman al-Farsi, barbier du Prophète », Les Espions de l’Or noir, p.63, Encre d’Orient, 2011.

[5] Rappelons-le, encore et toujours, en soi, le salafisme est un courant de pensée parfaitement respectable. Le problème actuel vient de véritables déviances radicales confinant parfois à illettrisme et à la bêtise pure.

[6] Curieusement peu reprises, comparativement à leur importance.

 

 

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