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18/12/2011

Les âniers de l'Apocalypse et la diplomatie du paillasson. Notre monde actuel est bien le plus stupide de tous depuis que l'homme existe.

4 Âniers de l’Apocalypse, le retour !

Verbatim :: Dimanche, 18 décembre 2011 :: Jacques Borde

Q – Pouvez-vous nous rappeler qui vous appelez les « 4 âniers de l’apocalypse » ?

Jacques Borde – Oh, cela dépend. Si je considère l’équipée syrienne qui s’annonce, comme Occidentaux, je fais, alors, référence à Barack H. Obama, David W. D. Cameron, Stephen J. Harper, et, nouveau venu dans le club, Reccep Tayyip Erdoğan. Si, en revanche, je me limite à des « âniers » strictement hexagonaux : Sarkozy, BHL, Juppé et Longuet font parfaitement l’affaire. Parfois, hélas, il peut aussi y avoir des « âniers » moscovites : Dimitri Medvedev, Vladimir Poutine, Sergueï Lavrov, etc. ! Mais, d’avance, je m’excuse auprès de possesseurs d’ânes. Un animal sympathique et méritant. Et, contrairement à la plupart de nos âniers, très intelligent, lui…

Q – Erdoğan, aussi, fait partie de votre liste ?

Jacques Borde – Oui. Géopolitiquement, et vous me me passerez l’expression, j »estime que le Premier ministre turc, Reccep Tayyip Erdoğan, file un très mauvais coton. Un peu à la manière de Sarkozy ou de Poutine, une forme d’enflure irrépressible de l’ego semble l’avoir atteint. Et, désormais, il se prend à jouer au matamore…

Q – Et, c’est embarrassant ?

Jacques Borde – Oui. Erdoğan qui, grâce au soutien de l’armée, a su repositionner la Turquie au cœur de la Méditerranée, lors de l’Affaire du Mavi Marmara, se croit investi d’une mission : faire de son pays un acteur majeur de la région du Levant. Et ce, à n’importe quel prix. Dès lors, il pourrait être tenté de jouer le rôle prêté à Renaud de Châtillon dans le film de Ridley Scott (Kingdom of Heaven) : aller tirer les moustaches, non pas de Saladin mais de Bachar el-Assad, pour le compte d’autrui. En l’espèce l’Otan, dont la Turquie est la première puissance militaire après les États-Unis.

Q – De quelle manière ?

Jacques Borde – Oh, assez simplement. Léon Camus l’a bien décrit sur son site : « des provocations et des incursions turques en territoire syrien » qui, de fil en aiguille, justifieraient une « intervention lourde » de manière à « répondre » aux réactions de Damas ainsi agressée…

Naturellement, « L’intervention turque devant pouvoir se prévaloir de la légitime défense en parallèle avec l’éternel argument humanitarien ». Et là, la « Turquie serait alors en mesure d’invoquer l’Article 5 du Pacte Atlantique et d’appeler à la rescousse ses alliés autrement permettre l’intervention de l’Otan ».

Pourquoi, ce scenario ? Pour plusieurs raisons.

1.D’abord, parce qu’il éviterait le blocage (pour peu qu’il existe encore d’ici à quelques temps) du Conseil de sécurité en mettant Russes et Chinois devant le fait accompli. Ce qui, en leur offrant une porte de sortie, leur conviendrait parfaitement.
2.Parce qu’il permettrait à la Turquie de passer à l’acte avec un prétexte tenant la route, (l’humanitaire), ce en tant qu’État riverain de celui où se produisent les supposées violations. Ce que n’avait pu faire Ankara lors de la Guerre de Libye.
3.Parce qu’il permettrait à la Turquie de passer à l’acte avec un label international plus présentable que son statut passé de dépeceur de la Syrie. Voir Alexandrette.
4.Parce que ce label neutraliserait (partiellement) la fureur de Tel-Aviv qui, depuis l’Affaire du Mavi Marmara, ne se fait plus d’illusions sur les appétits turcs dans la région.
5.In fine, parce que cette via factis turque pourrait se faire en piochant abondamment dans les dépôts de l’Otan sis en Turquie (ce qui au passage tempérerait quelque peu l’ire de l’opposition). Mode opératoire qui avait été celui des Britanniques lors de la Guerre des Malouines…

Q – Quel serait l’intérêt d’Ankara ?

Jacques Borde – Primo, affirmer son rôle au sein de l’Alliance atlantique. Secundo, consolider son rôle de puissance régionale. Tertio, damer le pion au Qatar et aux Émirats arabes unis (ÉAU) qui, à ses yeux, en ont un peu trop fait lors de la Guerre de Libye.

Q – Et, comme acteurs européens, vous penseriez plutôt à qui ?

Jacques Borde – Là, tout d’abord, à l’équipage français qui – après avoir semé le choc et l’effroi[1] en Libye – se verrait bien faire de même au Levant arabe, en Syrie.

Q – Vous nous avez, aussi, dit, et à deux reprises, que vous considériez que la France s’était fait « rouler dans la farine émiratie ». Là aussi vous faisiez allusions à vos « âniers de l’Apocalypse » ?

Jacques Borde – Oui. Qui d’autre ? Lors du Salon de Dubaï, SAR Mohammed Bin-Zayed al-Nayan, en charge du dossier portant sur l’acquisition prochaine de 60 appareils de combat pour les Émirats, a dit tout le mal qu’il pensait de la proposition de la France. À raison, finalement. C’est lui le client et le client a toujours raison !

Q – Vous ne semblez pas lui en tenir rigueur ?

Jacques Borde – Mais, pourquoi lui en tiendrais-je rigueur ? SAR Mohammed n’a fait que son devoir : défendre les intérêts de son pays. Qui, à l’évidence ne sont nôtres que pour partie.

De grâce, finissons-en avec ce mal français qui consiste à voir dans nos interlocuteurs des gens qui partagent, en tout et sur tout, nos visions des choses ! Après les Bobos germanopratins de la gauche caviar voyant en Barack H. Obama, l’un des leurs ; l’administration Sarkozy s’est fourré le doigt dans l’œil jusqu’au coude en prenant nos partenaires qataris et émiratis pour nos obligés à qui on allait refiler toute notre quincaillerie militaire, ce au prétexte de notre ruée commune sur l’or noir libyen. Ceci sans nous demander une seule seconde si notre impedimentum pouvait – Rafale en tête – leur être d’une quelconque utilité ! Il fallait bien, à un moment donné, que quelqu’un sifflât la fin de cette mascarade, non ?

SAR Mohammed Bin-Zayed al-Nayan s’y est employé. Sèchement, certes. Mais, qui sait si sans son « uncompetitive and unworkable » pour qualifier l’offre de Dassault, nous ne continuerions pas à bâtir des châteaux en Espagne ? Ou plutôt à Dubaï ou Abou Dhabi ! À un moment, il faut bien que le cirque s’arrête ! Gouverner, c’est prévoir. Ce qui n’a rien à voir avec prendre ses désirs pour des réalités…

Q – Mais les Émiratis nous ont mené en bateau, non ?

Jacques Borde – Probablement, oui. Et après ? En quoi SAR Mohammed Bin-Zayed al-Nayan a-t-il jamais été en charge des intérêts de la France ? Les Émirats – comme le Qatar, et l’Arabie Séoudite, qui ont sensiblement les mêmes appétits, chacun de leur côté, importe-t-il de préciser – ont vis-à-vis du Levant, de l’Orient arabe, et de la géopolitique plus largement, un agenda qui leur est propre. En quoi cet agenda devrait-il se confondre avec celui des spin doctors de l’Élysée ? En quoi, et pour quelles obscures raisons, l’État fédéral que sont les Émirats arabes unis devrait-il prendre ordres, ou même conseils, auprès de Paris ?

On pense souvent à la phrase prêtée à Richelieu et qui voudrait qu’un État n’a pas d’ami, seulement des intérêts[2]. Paris et Abou Dhabi ont eu, à une moment donné, un intérêt commun à cette affaire libyenne. S’est-on seulement posé la question de savoir si c’était, pour les mêmes raisons que nous et si cela devait s’inscrire dans la durée ? Apparemment pas. C’est dommage, cela nous aurait, qui sait, évité de trop jouer avec le feu et de rêver tout éveillé !

Q – Et, selon-vous, à quel moment la France a-t-elle pris le mauvais chemin ?

Jacques Borde – Dès le début. Concernant nos âniers de l’Apocalypse, quitte à continuer dans les citations, je leur citerai volontiers celle-ci du Cardinal, comme quoi « Il n’y a pas au monde de nation si peu propre à la guerre que la nôtre ». C’est, assurément, très vrai aujourd’hui. Il ne fallait pas initier cette guerre, ni même y prendre part.

Q – Et pour les Émirats et le Qatar ?

Jacques Borde – Probablement pas davantage. Mais ne connaissant pas avec précision l’agenda géopolitique de ces deux monarchies, je ne peux en juger. En plus, cela regarde, surtout, les Émiratis qui sont libres de leurs choix et de leurs erreurs ! En tout cas, visiblement, cet agenda ne comprend pas de volet Rafale. Quant aux acquisitions prochaines de leur armée de l’air, bien sûr ! Pour le Qatar, suite au prochain épisode…

Q – Le Rafale s’est pourtant bien comporté dans cette Guerre de Libye ?

Jacques Borde – Vous trouvez ! J’en suis moins sûr. Certes, nous n’avons perdu aucun appareil. Mais, n’ayant rien retenu des leçons de la Guerre des 34 Jours entre le Liban et le Hezbollah, nous avons conduit une Guerre aérienne qui, seule, était vouée à l’échec. Choix consommé en dépit des analyses prodiguées par les chercheurs du Centre de doctrine d’emploi des forces (CDEF) sur ce conflit. Ce qui est un comble, vue la qualité du travail fourni…

Q – Mais l’Axe atlantique l’a emporté ?

Jacques Borde – Oui, à court et moyen terme. Si, en tout cas, son but de guerre était la mise sur la touche de Kadhafi. Mais, pour y arriver il aura fallu près de neuf mois et non une ou deux semaines. Et, encore. Et avec des opérations au sol importantes, bien que travesties et conduites de bric et de broc. En tout cas, l’effet sur le carnet de commandes de Dassault a été nul. Zéro pointé. Nada !

Q – Vous n’avez pas l’air surpris ?

Jacques Borde – Et pourquoi le serais-je ? Reprenons le cours des événement, voulez-vous :

Point 1. L’Armée de l’air française et sa consœur britannique (la RAF) – les premières (avec les AV-8B Harrier II des Marines) à entrer en lice, en détournant de leur but initial les manœuvres aéronavales Southern Mistral 2011, prévues de longue date – ont été incapables d’obtenir la victoire. Par elles-mêmes. Les stratèges français et britanniques – pas plus que le général Haloutz, en 2006, face au Hezbollah – n’ont été à même d’obtenir la rupture par leur seul recours au tout aérien. Il leur fallu faire appel à l’Otan, à des frappes navales et au soutien logistique US pour tenir sur la durée. Et, pour finir, à des opérations au sol conduites par les forces spéciales de plusieurs pays. Dont deux des meilleures du monde : le COS français et les SAS britanniques.

Point 2. Les États-Unis ont, proportionnellement, fait autant de dégâts que les Français avec leur(s) escadrille(s) d’Attaque des Marines (USMC), dont probablement la célèbre VMA-214[3], équipées de AV-8B Harrier II. Un appareil apparu en escadrille en… 1992 ! Notez qu’il y aurait bien eu une décision d’achat que l’on pourrait lier à la Guerre de Libye et aux « exploits » (sic) de ses aviateurs. Mais, hélas pour Paris, ni des Mirage et encore moins des Rafale. En effet, selon Defense News, les 74 Harrier GR9 que Londres a décidé de retirer de l’inventaire de la RAF et de la Royal Navy vont être repris par les États-Unis – qui débourseront également 50 M$US pour la reprise des pièces de rechange et des moteurs Pegasus de Rolls-Royce – afin de compléter le parc de AV-8B Harrier II de l’US Marine Corps (USMC) ou être cannibalisés au profit des appareils déjà en dotation. L’USMC, qui dispose de sa propre composante aérienne, aligne quelque 151 AV-8 B Harrier et AV-8 B II Harrier Plus.

Point 3. Nous ne sommes plus dans les années 60. Qataris et Émiratis étaient aux premières loges pour juger des limites du tout aérien français pour faire tomber la Libye kadhafiste, puisque leurs propres appareils ont pris une part active à la Guerre de Libye. Côté émirati, leurs Mirage 2000-9 et et leurs F-16E/F Block 60, et, côté qatari, leurs Mirage 2000EDA/DDA. Revers de la médaille pour l’industrie aéronautique française, cette participation active aux événements leur aura permis de voir que ces matériels suffisaient amplement à la tâche. Au point que Dubaï a, dans la foulée de cette guerre, prié le consortium Eurofighter de lui faire une offre concurrente, basé sur son Typhoon, à côté de celle de Dassault et son invendable Rafale !…

Point 4. Avec une paire de drones MQ-9 Reaper – et, probablement, quelques forces spéciales : les fameux SEALs, bras armé de la présidence et du Joint Special Operations Command (JSOC) – les Américains ont remporté la décision en liquidant le Guide Mouammar Kadhafi. Même s’il leur a fallu reconnaitre un rôle – de pure forme, selon moi – aux Français.

Point 5. Notez, in fine, que cette opération ne relevait pas de modi operandi propres aux armes aériennes – comme énoncés par John A. Warden III, Harlan K. Pullman et James P. Wade – mais d’une opération de décapitation caractéristique de la communauté du Renseignement US.

Si vous examinez tous ces points, posez-vous la question : en quoi la Guerre de Libye a-t-elle consacré la victoire des armes françaises ?

Par ailleurs, on le sait aujourd’hui, les Qataris croyaient si peu au tout aérien otanien qu’ils ont, mine de rien, envoyé blindés légers (à Benghazi, où ils ont été filmés) et troupes au sol combattre aux côtés des insurgés pro-occidentaux, à Misrata et Tripoli notamment. Or, envoyer, ad minimo, 500 hommes sur le terrain ne s’improvise pas à la dernière minute. Et si, comme cela a été le cas, il y a eu intervention au sol, cela prouve bien que la tactique du tout aérien privilégiée par Paris et Londres au début de cette guerre était inadaptée.

Q – Mais les Émirats n’auraient-ils pas, quelque part, intérêt à s’équiper d’un appareil de 5ème génération comme le Rafale ?

Jacques Borde – Si c’est vraiment le cas, ils ne se montrent pas pressés de le faire ! À partir de là, on pourrait palabrer des heures durant sur l’intérêt du Rafale par rapport à ses éventuels concurrents, Typhoon, Silent Eagle ou Super Hornet, voire F-35 Lithning II. Radar Aesa, ou pas ? Quelle motorisation adopter ? Etc. Mais, il faut bien voir les choses en face : quel est l’adversaire que les Émiratis ont en face d’eux ? Clairement, l’Iran. Or, technologiquement, la balance penche, déjà, en faveurs des ailes émiraties. Les F-AE Phantom II et Saeqeh iraniens sont dépassés face aux Mirage 2000-9. Quant aux MiG-29A Fulcrum et aux F-14A Tomcat des Nirouy-é-Havei Jomhouri-é-Eslami-é-Iran (armée de l’air islamique iranienne), en dépit des méritoires remises à niveau[4] effectuées par les Iraniens, en face d’eux, les pilotes émiratis ont comme monture la dernière version du F-16E/F, le Block 60 ! De quoi envisager l’avenir avec sérénité. En ce qui concerne la suprématie aérienne, en tout cas. Pour le reste…

Q – Donc pas de Rafale pour protéger Dubaï, Abou Dhabi, Charjah, etc. ?

Jacques Borde – Si, justement. Mais français ! Pourquoi les Émirats iraient-il s’équiper, à prix fort, en Rafale, alors que ces appareils vont, de toute manière, prendre une part active à sa défense aérienne à partir de la BA-104 d’Al-Dhafra. Le tout sans, pour ainsi dire, débourser un fifrelin puisque cela entre dans le cadre de l’accord de défense signé avec Paris. C’est toute l’intelligence de l’administration fédérale émiratie d’avoir su imposer un traité aussi disproportionné au locataire de l’Élysée et à ses pitoyables conseillers…

Q – Et face à la Syrie ?

Jacques Borde – Là, l’avenir aérien pourrait être plus incertain. En effet, les Syriens disposent de versions plus récentes du MiG-29. Et, leur DCA devrait désormais reposer sur des systèmes S-300 de dernière génération. Des personnels russes seraient d’ailleurs arrivés en Syrie pour épauler les Syriens. Sans parler du Kuznetsov – officiellement un croiseur lourd, mais en fait un porte-avions – programmé pour passer les Détroits avec ses chasseurs embarqués Su-33 et MiG-29KN. Mais, encore une fois, il semblerait que les engagements russes n’aillent pas bien loin. En effet, ce l’arrivée au port (syrien) de Tartous, à en croire JSSNews et les Izvetsia, n’aurait pas lieu avant le… printemps 2012.

Car, comme l’a souligné le site DeDefensa.org, « L’Amiral-Kuznetzov va traîner un peu. Il vient de la Mer de Barents, avec l’Amiral-Chabanenko, croiseur lourd anti-sous-marins. Les deux navires effectueront le tour de l’Europe occidentale jusqu’au détroit de Gibraltar, entreront en Méditerranée où ils seront rejoints par la frégate Ladny, de la Flotte de la Mer Noire ». Et, ça n’est qu’après, en fin de croisière, qu’« ils passeront le Bosphore ».

Q – Pourquoi si tard ?

Jacques Borde – Oh, pour une unique et simple raison. Derrière les demis-mesures adoptées par Moscou, donner du temps à l’Occident et à l’Otan pour s’occuper du dossier syrien. En priant pour qu’au printemps le sort de Bachar el-Assad ait été réglé ! Par ailleurs, militairement parlant, c’est maintenant, et pas au printemps, que les Syriens vont avoir besoin des capacités de brouillage et de guerre électronique de la flotte russe.

Q – Vous accusez les Russes de faire le jeu de l’Otan ?

Jacques Borde – On juge un arbre à ses fruits, non ? C’est ce à quoi tout cela ressemble, en tout cas ! Et qu’ont-ils fait depuis la 1ère Guerre du Golfe, selon-vous ? Notez, si vous le voulez bien, les deux faits suivants sur ce volet syrien :

1.Si les dirigeants russes savent prendre leur temps pour aller aider Damas. Ils n’en ont pas perdu pour recevoir en grandes pompes les opposants sponsorisés par les lobbies états-uniens, le US Department of State et la CIA. Répondant, ainsi, à une injonction de Washington.
2.Le ton extrêmement cauteleux du porte-parole des forces armées russes qui, s’il a bien osé confirmer l’envoi de plusieurs navires, a lourdement insisté sur le fait que cela n’avait « rien à voir avec la violence meurtrière » actuelle.

Ouf ! On l’a échappé belle : Moscou osant tenir tête à Washington !

Mais, que les chancelleries occidentales se rassurent : « La venue des navires russes à Tartous ne doit pas être considérée comme un geste envers ce qui se passe en Syrie ». Ce n’est pas moi qui le dit mais, encore, le porte-parole russe, qui s’est hâté de préciser que l’Amiral Kuznetsov fera également escale à Beyrouth, à Gênes et à Chypre. « Ces escales sont prévues depuis 2010, quand il n’y avait pas les évènements actuels là-bas. Il n’est pas nécessaire de l’annuler aujourd’hui ». Pour demain, on verra !…

En attendant, piètre lot de consolation, Damas aurait reçu une partie des armements navals commandés en Russie.

Q – Comment, alors, qualifieriez-vous la proposition de résolution russe ?

Jacques Borde – Cela entre, comme je vous le répète depuis des semaines, dans le cadre des turpitudes diplomatiques russes. Évidemment, le texte made in Kremlin condamne la violence des deux camps en Syrie. Mais, et c’est tout ce qui intéresse l’Occident, elle évoque « l’usage disproportionné de la force par les autorités syriennes » et « exhorte le gouvernement syrien à cesser de réprimer ceux qui exercent leur droit à la liberté d’expression, de rassemblement pacifique et d’association ».

En fait, les Russes – plus Tartarin et Rodomonte que jamais – font mine de proposer un « menu diplomatique fixe » au Conseil de sécurité des Nations-unies. Alors que c’est « à la carte » qu’il sera utilisé et détourné par les Occidentaux. C’est ce qu’ils ont fait en Libye. Et c’est, n’en doutez pas, ce qu’ils feront, le moment venu, en Syrie…

D’ailleurs, toujours aussi benêt, le représentant russe aux Nations-unies, Vitali Tchourkine, ne se cache pas de l’avancée réalisée en vue d’une via factis otano-occidentale telle que contenue dans le nouveau texte russe, dans la mesure où celui-ci, nous dit-il, « renforce considérablement tous les aspects du texte précédent » et, « les autorités syriennes sont clairement mises à l’index sur un certain nombre de point ».

Finalement, Vladimir Poutine a eu raison d’affirmer, à des dizaines de millions de téléspectateurs russes, que « Les Américains ne veulent pas d’amis, ils veulent des vassaux! ». Ce, qu’en revanche, il s’est bien gardé de leur préciser, c’est que la Russie, a l’air de se contenter pleinement de ce rôle. Que ce soit à son corps défendant, ou non, important assez peu !…

Q – Que voulez-vous dire par-là ?

Jacques Borde – Que la bonniche (moscovite) fasse reluire l’argenterie le sourire aux lèvres ou en pleurs importe peu au majordome (occidental). La seule chose qui compte, c’est qu’au bout de la journée, le travail soit fait !

Q – Quelles suites possibles ?

Jacques Borde – Oh ! Cela semble assez simple. Russes et Occidentaux vont s’entendre sur une résolution, peu ou prou, contraignante. Peu importe, ce que les dépeceurs de la Syrie veulent : c’est un texte portant le label onusien. Après coup, ils l’outrepasseront à outrance, sous les glapissement (faussement) indignés du Moscow Circus dont personne n’écoutera plus la paire de clowns pathétiques…

Q – Autre chose ?

Jacques Borde – Oui, hélas ! Jean-Dominique Merchet l’a confirmé, c’est bien une « Katiba d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) » qui « est responsable de l’enlèvement, jeudi, de deux Français au Mali, Philippe Verdon et Serge Lazarevic ».

Et bien celle, comme je vous l’indiquais, « de Mokhtar Belmokhtar, surnommé « Mister Marlboro » à cause de son trafic ». Par ailleurs, nous précise Merchet, « Les quatre Français, détenus depuis septembre 2010, sont prisonniers d’une autre katiba, celle d’Abou Zeid. Chacune a donc aujourd’hui ses otages et ses sources de revenus potentielles ». Et des armes à foison pour les assassiner et tenir tête aux forces spéciales françaises. Quand je vous parle d’armes, ce sont, bien sûr, celles pillées dans les dépôts de feu l’armée loyaliste ! Quelle affligeante bêtise ! Je parle bien sûr de géopolitique et de nos 4 âniers de l’Apocalypse tricolores, pas de Merchet !…

Q – Le terme de bêtise pour parler des dirigeants français, n’est-il pas exagéré ?

Jacques Borde – Absolument pas! Et, je vais vous dire pourquoi.

Alors qu’il semble bien que la mort dans des circonstances non élucidées de Kadhafi relève de ces opérations de décapitation chère la CIA et, par là, impliquerait la responsabilité pleine et entière du président américain, Barack H. Obama, seul habilité à signer les lethal findings les autorisant, il s’est trouvé des dirigeante en Europe – alors que personne ne leur demandait rien – pour réclamer leur part dans cet assassinat. Ces dirigeants aussi peu finauds sont ceux qui président actuellement aux destinées de la France. Si, ça, ce n’est pas de la bêtise, je crois qu’il va falloir, pour nos académiciens, trouver une nouvelle définition au mot.

Et, d’ailleurs, les choses pourraient ne pas en rester là !

En effet, les circonstances de la mort de feu le Guide libyen, Mouammar Bin-Mohammed Bin-Abdessalam Bin-Humaïd Bin-Aboumeniar Bin-du Naïl al-Fohsi al-Kadhafi, interpellent fortement la Cour pénale internationale (CPI), qui s’est penchée sur la question. Et, dixit Luis Morano Ocampo, rien de moins que Procureur de la CPI, « la mort de Mouammar Kadhafi est une des questions qui doit être éclaircie, il faut savoir ce qui s’est passé parce qu’il existe de sérieuses suspicions sur le fait que c’était un crime de guerre ». Et, à ce sujet, « Nous avons exprimé nos inquiétudes » au gouvernement de transition libyen et demandé « comment seront jugés les crimes commis par les deux camps durant le soulèvement qui a conduit au renversement de l’ex-leader libyen ».

À noter que cette annonce du Procureur de la CPI intervient au lendemain de la demande de la fille de l’ex Guide libyen, Aicha Kadhafi, qui a exigé que la CPI mène une enquête sur les circonstances entourant la mort de son père et celle de son frère Moutassim. Nick Kaufman, son avocat, a précisé avoir écrit au procureur de la CPI pour lui demander si une telle enquête avait été ouverte à ce sujet. Dans sa lettre, Me. Kaufman rappelle que les deux hommes « ont été assassinés de la manière la plus horrible, leurs corps jetés ensuite en pâture à la foule et profanés, en contradiction totale avec la loi islamique ».

Si, une fois n’est pas coutume, la CPI conduisait son office de manière indépendante, il serait, alors, intéressant de voir à quels hommes de pouvoir elle demandera des comptes…

Notes

[1] Une référence à Shock & Awe: Achieving Rapid Dominance, la doctrine, rédigée par Harlan K. Ullman & James P. Wade en 1996, basée sur l’écrasement de l’adversaire par l’emploi d’une très grande puissance de feu, la domination du champ de bataille, et des démonstrations de force spectaculaires destinées à paralyser la perception du champ de bataille par l’adversaire et annihiler sa volonté de combattre.

[2] En, fait, c’est De Gaulle qui a dit que, « dans les relations internationales, il n’y a pas d’ami, seulement des intérêts ».

[3] Celle du Feuilleton Baa Baa Black Sheep (Les Têtes brûlées, en français), l’escadrille, alors la VMF-214, était sous les ordres du colonel Gregory Pappy Boyington, un anciens des Tigres Volants de Claire Lee Chennault.

[4] Retrofit, en anglais.

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