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02/01/2012

Quel progrès en Egypte? Le casse des sièges d'ONG occidentalistes en fait partie? Les Egyptiens rejettent la démocratie comme corruptrice.

Les alliances tournantes en Egypte

 

02/01/2012

 

Deux textes de Russia Today (RT), concernant l’“attaque” (le 29 décembre) des militaires égyptiens contre les sièges de 17 ONG occidentalistes au Caire (dont trois US, liées indirectement à la direction US), ouvre le champ à des spéculations sur l’évolution de la situation en Egypte ; ou, plutôt, selon notre perception, elle renforce des spéculations tendant à décrire une situation bien plus complexe que les habituels schémas plaçant les militaires à la fois comme des contre-révolutionnaires et comme des continuateurs (pro-US) de Moubarak.

• RT décrit, le 29 décembre 2011, l’attaque contre les ONG qui a lieu ce même jour. Le commentaire de RT est particulièrement rapide à paraître, en même temps qu’il est très détaillé, – ce qui contribue à étoffer l’hypothèse que les Ruses ont des informations détaillées sur la situation en Egypte. Cette hypothèse est par ailleurs substantivée par une récente visite égyptienne à Moscou, du ministre égyptien des affaires étrangères les 20-22 décembre 2011. (Cette perspective ne ferait que réactiver des liens russo-égyptiens qui, entre 1956 et la fin des années 1970, furent extrêmement actifs et serrés ; on verra plus loin combien une telle perspective peut correspondre avec la possible évolution égyptienne d’une “rupture douce” avec l’ère pro-US démarrée au temps de Sadate.)

Cette action a été perçue de deux façons : d’une part, par les libéraux égyptiens, comme une attaque de plus des militaires contre le processus démocratique, et la “révolution” portant le même qualificatif, par conséquent ; d’autre part, par des milieux plus divers, à la fois plus proches des militaires et plus marqués par le nationalisme classique, comme une incursion justifiée dans des organisations non-égyptiennes qui sont intervenues dans les affaires intérieures égyptiennes en alimentant certains éléments de la “révolution” de février 2011, selon une technique aujourd’hui éprouvée (modèle des “révolutions de couleur”). Une certitude, c’est la violence de la réaction US, spécifiquement du département d’Etat, potentiellement du Congrès, avec menaces de réduction de l’aide US à l’Egypte.

«The campaign has drawn immediate response from the United States. The State Department has characterized the raids as "inconsistent with the bilateral cooperation” that the two countries have had over years and urged Egyptian authorities to immediately halt their “harassment” of NGOs.

»It has also made it clear that America could review its US $1.3 billion in annual military aid to Egypt. The spokeswoman for the State Department, Victoria Nuland, has indicated that these payments may not be sanctioned by the Congress if Egyptian government does not reverse the situation. “We do have a number of new reporting and transparency requirements on funding to Egypt that we have to make to Congress,” Nuland said. “The Egyptian government is well aware of that and it certainly needs to be aware of that in the context of how quickly this issue gets resolved.”»

• Deux jours plus tard, le 31 décembre 2011, RT publie une courte interview de Lawrence Davidson, professeur de l’histoire du Moyen-Orient à l’université de West Chester. Davidson estime qu’il y a aujourd’hui trois centres de pouvoir en Egypte : les militaires, le bloc islamiste assez traditionnaliste et culturellement anti-occidentaliste et les libéraux, modernistes et culturellement pro-occidentalistes. Davidson estime qu’il se forme une alliance entre les militaires et les islamistes contre les libéraux, et que l’attaque contre les ONG, proches des libéraux, est un signe tangible de cette alliance.

«According to Davidson this indicates that the military and Islamist parties have reached “some sort of agreement as to how the future of Egypt is going to go.” He adds that the liberal element is “the most adamant” when it comes to the handover of power from the ruling military to a civilian government. Generally, he believes, the Egyptian military are not going to give full control to civilian rulers. “My guess is that the Islamic groups have somehow made an accommodation with that present reality,” he said.W

»The mistake of the revolution that toppled Hosni Mubarak was that the focus was on one man rather than on a system, he underlines. But now “the demonstrators have learned the lesson that it’s the system they have to go after,” Lawrence states. The problem, however, for the ongoing protest movement is that the rest of Egypt, including the business sector, the rural population and the Islamists “don’t seem ready to back the protest to the point of destroying the system and building a new one,” he concludes.»

Pour Davidson et si l’on interprète bien son propos, les militaires égyptiens, plus que d’être des pro-Moubarak, s’estiment d’abord être les garants de la fondation de l’Egypte indépendante. Cette interprétation se comprend, Moubarak étant un personnage de peu d’importance et créateur de rien du tout, grandi dans l’ombre de Sadate, lui-même venu d’un nassérisme réformé puis retourné, selon une évolution qui pourrait bien être une trahison de ce nassérisme, de l’Est (alliance avec l’URSS pour défendre le panarabisme) vers l’Ouest (alliance avec les USA et évolution moderniste et corruptrice). Dans ce contexte historique, on comprend que les militaires, pour assurer une autorité branlante, choisissent de revenir à une référence fondatrice (la prise de pouvoir par les “jeunes officiers”, Naguib et Nasser, en 1952). On comprend alors que les islamistes, formidablement renforcés par les élections, acceptent ce schéma qui pourrait les conforter (après tout, Naguib était proche des Frères Musulmans) et qui leur permet de composer une alliance avec les militaires, plutôt qu’une soumission au pouvoir des militaires. Ce schéma, bien entendu, rejettent les libéraux, qui sont d’abord appuyés sur l’idée de la démocratie et, par essence, même s’ils se gardent d’une trop grande proximité politique avec le bloc BAO, attachés aux idées de modernité. Le paradoxe est que tout cela fait des libéraux, en apparence les plus opposés à Moubarak, des héritiers indirects de l’incurvation vers l’Ouest et la modernité imposée par Sadate et accentuée jusqu'à l'institutionnalisation figée avec Moubarak. (Les libéraux, qui sont aussi des idéalistes comme on est illusionniste, ignorent ou oublient, s’ils l’ont jamais su, que la modernité, si elle est porteuse de la démocratie, l’est aussi, ou plutôt par conséquent, de la corruption “de type occidentaliste”, qui est d’abord une corruption des mots et des concepts en même temps que des psychologies, notamment le concept de démocratie. Cela revient toujours à une oligarchie subversive et dissolvante de l’identité, prenant simplement des formes différentes selon les latitudes et les coutumes. A cet égard, Obama ne vaut pas mieux que Moubarak ; nous restons dans la modernité, puisque Moubarak avait aussi imposé à l’Egypte l’économie libérale et l’alignement inconditionnel sur Israël.)

Par conséquent, nous aurions tendance à prendre pour du comptant la fureur américaniste devant l’attaque des militaires, appuyés par les islamistes et une majorité de la population, contre des ONG dont certaines sont des courroies de transmission du bloc BAO, de l’américanisme et de la modernité. Le paradoxe et qu’en finançant la “révolution”, elles ont contribué à mettre à bas celui qui, après tout, avait réussi la meilleure intégration des éléments fondamentaux de la politique de la modernité, – le ci-devant président Moubarak. Pas de surprise, nous ne sommes pas à une sottise contradictoire près de la part de l’absolument ignare politique extérieure des USA, qui continue à croire sincèrement dans la vertu de la poussée de la démocratisation. (“Démocratisation”, – si l’on veut la vertu prosélyte américaniste, ou moderniste, par la corruption ; mais le département d’Etat ne comprend pas sa politique comme cela ; il la suit, aveuglément et conformément, comme une véritable politique-Système, pour laquelle le mot “corruption” indiquerait presque une vertu, en même temps qu’elle serait la substance d’elle-même, de cette politique. Bref, les mots “démocratie” et “corruption” comme synonymes absolus.)

Cette croyance en la vertu d’un concept qui contient autant d’illusion idéaliste dans son principe que de machination corruptrice et interventionniste dans son application conduit effectivement les régimes-Système du bloc BAO dont Washington est l’archétype à contribuer à sacrifier des positions de force (le régime Moubarak, avec Moubarak) selon l’analyse que ce développement contribuera à un développement néo-libéral qui sera nécessairement favorable aux USA, alors qu’il déclenche nécessairement une poussée xénophobe anti-US chez les soutiens du régime ainsi trahis, qui en arrivent à chercher des alliés politiques chez ceux dont la doctrine reste la plus éloignée des caractères fondamentaux de la modernité (les islamistes, quelles que soient leurs concessions vers la modération). Le résultat est une alliance entre un bloc militaire qui sera conduit à un certain retour vers le nationalisme panarabe et in bloc islamiste qui trouve un espace d’expansion sous la protection d’une apparence de bonne réputation. L’autre résultat évoluera vers l’isolement et l’effritement du courant libéral moderniste, qui sera jugé dans ces conditions plus ou moins positivement selon qu’il prendra plus ou moins ses distances de la modernité type bloc BAO. En politique extérieure de l’“extérieur immédiat”, il ne peut y avoir qu’une seule tendance, et elle est anti-israélienne comme nous ne cessons de l’affirmer depuis le début de la “révolution”.

Dans tous les cas, il y a une certaine évolution vers une clarification des enjeux dans ces divers évènements et spéculations. De plus en plus, on peut envisager la question égyptienne autour du thème de la modernité ou pas, selon les normes du bloc BAO, USA en tête. Le masque faussaire de la “démocratisation”, avec son cortège d’interprétations fallacieuses, se trouve de plus en plus mis en cause.

 

Mis en ligne le 2 janvier 2012 à 05H29

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