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15/01/2012

Que du bruit! Partout, cela peut distraire un moment. Mais toute une journée, je plains les vendeuses des boutiques qui ont la migraine.

Le : 13 Janvier 2012

Le droit au silence 

Après le tohu-bohu des fêtes de fin d’année, chacun aspire au calme et au silence. Malheureusement, comme tous les ans, la trêve sera de courte durée. Les soldes traditionnels de janvier, annoncés avec fracas, reprennent le dessus et le bruit renaît de plus belle.
Polémia a relevé sur le blog Capitaine Giovanni Drogo un aimable réquisitoire contre le bruit.
Le silence fait aujourd’hui partie des richesses que nos sociétés en perpétuelle ébullition dilapident. Plus aucun endroit fréquenté par l’être humain n’est silencieux. Comme l’écrit si bien Sylvain Tesson, il faut aller jusqu'aux rives du Baïkal ou au plus profond de la forêt sibérienne pour retrouver le silence tellement nécessaire à la liberté de la pensée et au repos de l’esprit.
Polémia

 

Un écrivain voyageur de belle tenue, Sylvain Tesson (1), disait que trois choses de nos jours sont devenues ou deviennent des denrées rares : le froid, la solitude et le silence. Ce sont effectivement des richesses, un luxe auquel nous n’avons plus droit, ou en tout cas de moins en moins, dans nos sociétés modernes.

Tesson a bien raison (et avec lui un Henri-David Thoreau et un Ernst Jünger), et j’en veux pour preuve une de ces choses de plus en plus difficiles à trouver - faites-en l’expérience - dans nos centres urbains contemporains : le silence.

Entrez dans une brasserie, un café et essayez de ne pas avoir de musique en fond sonore. Le plus souvent, le choix opéré est pitoyable car nous ne sommes même pas en présence de grande musique, mais de la plus vulgaire et lamentable qui soit : de la « variété ». Et, comme le dit si bien Renaud Camus, essayez donc de faire baisser le volume ou bien de demander à changer de station radio…

La chose est identique quand vous prenez un taxi ; si le conducteur a sa radio allumée, non seulement il ne baissera pas le niveau sonore quand vous entrerez dans son véhicule, mais si d’aventure vous demandez de baisser ou plus encore de couper la radio, vous verrez le résultat…

Autre lieu : le métro. Avec ces nouvelles rames automatiques mises en place par la RATP, nous sommes accablés de messages de sécurité, de surcroit dans cinq langues (français, anglais, allemand, italien, japonais) ! Comment voulez vous lire ou simplement vous abstraire de cet environnement – déjà peut plaisant – quand vous subissez ces attaques sonores à répétition ? Entrez dans un ascenseur, et vous aurez toujours cette sempiternelle « musique d’ambiance », débile au possible, assurément usante et fatigante. Au début des années 1990, je me trouvais dans un territoire (alors anglo-saxon) en Asie, et déjà j’avais remarqué ces pratiques ; et je pensais alors à la justesse des critiques répertoriées par Jean Baudrillard, à ce « printemps perpétuel » des malls qu’il décrivait, à cet enfer aseptisé des galeries commerciales.

Mais, voyez-vous, il ne faut surtout pas que le voyageur, le citadin ait l’esprit libre, vagabond. La cervelle du consubstantiel consommateur-citoyen doit être occupée en permanence, maintenue en état de veille constante, conduite et dirigée à chaque seconde, afin que celle-ci n’aille surtout pas vers des contrées non autorisées... vers la pensée libre, vers la réflexion.

On ne peut être vraiment libre si l’on est sollicité à chaque pas, à chaque portion de quai ou de couloir, voire de trottoir. L’image déjà nous agresse depuis bien trop longtemps, avec ces publicités en 4 par 3 ; mais voilà qu’il y a maintenant dans le métro parisien des écrans géants de type lcd. Et cela n’est pas le résultat du hasard, mais bel et bien voulu, pensé, organisé. Le voyageur, « citoyen » ambulant, doit être aussi consommateur assujetti ; ainsi doit il être abreuvé constamment de publicité de toutes sortes. Mais la publicité ne suffit pas pour décerveler ; et rien de mieux, pour cela, que les messages répétés de sécurité, infantilisant au possible. Bientôt, ils nous diront comment nous asseoir ou nous tenir debout, comment marcher, ou simplement respirer ou bien encore nous tenir à la rampe des escaliers…

Malheureusement cela ne semble pas révolter les voyageurs. Il suffit de les regarder… De vrais moutons trottant vers l’abattoir. Si vous posez la question à ces voyageurs, ils vous répondront que tout cela « c’est bien », que « l’on est bien informé », que « c’est rassurant », etc. Bref, la plupart ont déjà intégré la Police dans leur tête. Bientôt, ces mêmes vous dénonceront car vous aurez des boules Quies dans les oreilles, ou parce que vous ne suivrez pas les consignes données par les haut-parleurs (2).

Certes, vous me direz, il y a bien des personnes avec des écouteurs dans les oreilles ; mais, voyez-vous, peu écoutent je pense de la musique (entendez classique ou simplement mélodieuse) ou encore des stations radios diffusant des émissions de qualité. Le résultat du décervelage est donc au rendez-vous immanquablement.

Nous sommes dans une « belle société », bien structurée, organisée, le tout vers l’abstraction la plus totale de la réalité et concentrée exclusivement sur « la sécurité », la consommation. Bref, le parfait cocktail létal à même de transformer un individu désocialisé dès la petite enfance (3), en « joyeux robot », aurait dit Antoine de Saint-Exupéry. Doit-on ajouter, qu’il n’est même pas joyeux ce robot…

Misère.

Capitaine Giovanni Drogo
Giovanni.drogo.over-blog.com
14/12/2011 http://giovanni.drogo.over-blog.com/article-le-droit-au-silence-92443870.html

Notes :

(1) Lisez ses oeuvres (nouvelles, essais, journaux) si vous ne l'avez pas encore fait. Il y a peu d'écrivain de sa trempe, de sa plume, de sa carrure. Vous y trouverez de l'écriture, bien sûr, mais aussi de l'esprit, de l'idée, et ... de l'oxygène !
(2) Seuls les voyous peuvent faire ce qu'ils veulent; ils ne seront jamais inquiétés et ne feront jamais l'objet de remontrances. Et gare ! si l'on s'en avisait d'en faire à ces « messieurs »; nous serions à leurs yeux des « agresseurs » et très vite agressés... ce, dans l'indifférence la plus totale des témoins.
(3) Il y aurait tant à dire sur ce sujet avec le décervelage entrepris méthodiquement et opéré systématiquement par l’éducation dite « nationale ».

11:42 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : www.polemia.com

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