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26/01/2012

Dans le cadre de la Coupe de la Diplomatie Armée, l'Iran est en tête du groupe A devant les USA et l'UE vient de perdre son match contre lui.

Interférences de l'Iran dans la stratégie US

26/01/2012

 

Un aspect de la situation, opérationnelle dans le Golfe Persique est la présence changeante des porte-avions de l’U.S. Navy, et la venue très prochaine du USS Enterprise. On a déjà vu certaines des circonstances de ce déploiement, dans notre texte du 24 janvier 2012, qui mentionnait notamment un texte de PressTV.com du 24 janvier 2012. Nous écrivions notamment :

«A cela, on pourrait ajouter la considération que l’Iran a déjà riposté [à la venue du USS Enterprise], si l’on prend d’une façon symbolique un texte de PressTV.com du 22 janvier 2012, présentant l’Enterprise comme un vieux rafiot à bout de souffle: du titre (“US to send old warship to Persian Gulf”) à une précision dans le texte (“The USS Enterprise is the oldest active duty ship in the American naval fleet and its mission dates back to the Cuban missile crisis in 1962 and the Vietnam War.”).»

Le texte de PressTV.com insistait sur l’aspect plus “technique” que constituait le cas du déploiement de cette unité, dans le cadre de la nouvelle posture stratégique des USA (A la suite, notamment, de la nouvelle stratégie décidée par le président Obama).

«US Defense Secretary Leon Panetta has vowed to maintain a fleet of eleven warships despite budget pressures, mostly to project sea power against Iran. […] On board of the oldest US aircraft carrier, the USS Enterprise, Panetta told the crowd of 1,700 sailors that the 50-year-old ship is heading to the Persian Gulf region in a direct message to Tehran. “The reason we maintain a presence in the Middle East ... We want them to know that we are fully prepared to deal with any contingency and it's better for them to try to deal with us through diplomacy,” Panetta said. […]

»The decision to maintain 11 warships comes at a time when the US economy is facing a national debt of more than USD 15 trillion after a decade of costly wars in Afghanistan and Iraq and is preparing for 487 billion dollars in defense cuts over the next 10 years. On January 5, US President Barack Obama announced the shift in Washington's defense strategy to reduce the expenses. The eight-page document contained no details about how broad concepts for reshaping the military – such as focusing more on Asia and less on Europe – will translate into troop or weapons cuts.»

Il est vrai que l’Enterprise (50 ans de vie opérationnelle) est le second plus vieux navire en service dans l’U.S. Navy, après le trois mats d’entraînement de base à la manœuvre navale pour élèves-officiers, le USS Constitution ; donc, en réalité, l’Enterprise est bien le plus vieux navire de l’U.S. Navy tout court, si l’on s’en tient aux unités modernes classiques. Wikipédia dit notamment ceci du porte-avions USS Enterprise :

«The only ship of her class, Enterprise, is the second-oldest vessel in commission in the United States Navy, after the wooden-hulled, three-masted frigate USS Constitution. She was originally scheduled for decommissioning in 2014 or 2015, depending on the life of her reactors and completion of her replacement, USS Gerald R. Ford. But the National Defense Authorization Act for Fiscal Year 2010 slated the ship's retirement for 2013, when she will have served for 51 consecutive years, the most of any U.S. aircraft carrier. As of September 2010, Enterprise's home port is at Naval Station Norfolk, Virginia. She has one more deployment before her decommissioning.»

Comme l’on voit, l’Enterprise, immobilisé depuis fin 2010, devait être “décommisionné” (retiré du service) en 2013, réduisant la flotte des porte-avions US à 10 unités. L’U.S. Navy a réussi à convaincre le président de rétablir le principe d’une flotte de onze unités, en relançant certains travaux de modernisation de l’Enterprise (près d’un $milliard pour cette modernisation, plus de double de ce qu’avait coûté ce porte-avions neuf en dollars d’époque, soit $451 millions). L’acceptation était théorique, dans la mesure où les décisions prises dans le cadre de la “nouvelle stratégie”, si elles tiennent compte d’une réduction de $450 milliards du budget du Pentagone en dix ans décidée par l’administration, ne tiennent pas compte d’une désormais probable nouvelle réduction de $500 milliards en dix ans effective à la fin de 2012, comme suite du processus mécanique de réduction de la dette (“séquestration”) de $1.200 milliards. Dans ce cas, certaines dispositions de développement de programmes correspondant à la “nouvelle stratégie” décidée par Obama vont nécessairement être annulées. L’U.S. Navy pouvait craindre que ce fût le cas pour son onzième porte-avions, le vénérable USS Enterprise, qui était une des décisions les plus vulnérables à cet égard. Ce ne sera pas le cas, à cause de l’Iran qui a permis à la Navy de présenter la remise en service de l’Enterprise comme un fait accompli. Effectivement, la Navy a bien manœuvré, ce qui est assez normal pour une marine habituée à la manœuvre.

La crise iranienne comme on la voit évoluer, nécessite une forte présence spectaculaire, “très visible”, des USA, notamment pour imposer des pressions opérationnelles mais surtout dans le champ de la communication, aussi bien sur les Israéliens qu’on soupçonne de vouloir lancer une attaque contre les Iraniens. Aucun système n’a de vertus plus spectaculaires à cet égard que le porte-avions. L’U.S. Navy a donc profité de l’occasion de cette relance de la crise pour imposer la mesure immédiate du rétablissement de sa flotte, avec l’Enterprise effectivement réintégré dans la flotte active, parce qu’elle ne disposait pas d’assez d’unités disponibles sans lui. (A cet égard, l’Iran a effectivement mesuré les limites de la puissance US par rapport aux missions globales que cette puissance s’est imposée.) La Navy tient son renforcement, quoi qu’il arrive, et notamment si survient, comme c’est probable, le processus de “séquestration”. D’autre part, les arguments stratégiques de la Navy sont très puissants, par le pouvoir de présence constante et de dissuasion des porte-avions, beaucoup plus fort que les unités de l’USAF. Cela vaut particulièrement dans le cas de la crise iranienne, où l’un des enjeux de “communication stratégique” est la question de la liberté de transit naval par le détroit d’Ormouz.

Par conséquent, si le processus de “séquestration” a effectivement lieu, d’autres armes devront payer pour ce que la Navy s’est arrangé pour ne pas payer. On doute que ce soit l’U.S. Army et le Marine Corps, déjà très peu favorisés dans la “nouvelle stratégie”. La conséquence est que l’USAF sera l’arme la plus exposée et, avec elle, l'énorme programme JSF/F-35 dont elle est le principal acheteur et qui se trouve dans l'état catastrophique qu'on sait. (Cela sera d’autant plus aisé que la Navy ne fera aucune difficulté pour abandonner la version navale, mineure dans le volume de production du programme JSF, – version dont on sait qu’elle est fort boiteuse avec sa crosse d’appontage qui n’accroche rien du tout, pour un avion dont la Navy n’a jamais été un farouche soutien.) Il est donc fort possible qu’on découvre un jour que le programme JSF pourrait être la victime de l’actuelle crise iranienne.

 

Mis en ligne le 26 janvier 2012 à 07H02

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