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30/01/2012

En 1998, le Nouvel Obs dévoilait une interview de Brzezinski qui avouait que les USA avait planifié les désordres que nous connaissons.

Les origines du désordre présent, par

Brzezinski en janvier 1998

31/07/2005

 

Peu après l’attaque du 11 septembre 2001 et avec l’attaque américaine contre l’Afghanistan qui suivit, certains avaient ressorti cette courte interview de Zbigniew Brzezinski au Nouvel Observateur (n°1732), du 15 janvier 1998. Nous pensons qu’il est utile de la rappeler, alors que pas un iota n’a été retiré aux stupides assertions officielles sur le diable, le Mal, le “choc des civilisations”, le terrorisme dans sa quasi-fatalité islamiste et ainsi de suite, depuis les presque-quatre années après 9/11. Il y a l’incroyable et obscène publicité faite aux attentats de Londres (7 et 21 juillet), réussis et ratés, et à leur suite policière, tout cela relevant directement et indirectement d’une politique d’une inconséquence rarissime dans l’histoire de la diplomatie (la guerre en Irak) et présenté comme s’il s’agissait de “la bataille d’Angleterre” de l’été 1940. Parallèlement et dans l’indifférence obstinée quant aux causes de ces drames, les Anglo-Saxons continuent en Irak et en d’autres lieux divers à créer et à alimenter le chaos, la mort, la désolation et l’illégalité, tout ce qui est l’essence du terrorisme après tout, sur une échelle infiniment plus grande. Tout cela mérite amplement le rappel de ce petit échange de questions-réponses de 1998.

Brzezinski fut le conseiller pour la sécurité nationale du président Jimmy Carter, de 1977 à 1981. A ce poste, il fut l’un des animateurs du prologue et du lancement de l’aide américaine aux moudjahiddines luttant contre les communistes en Afghanistan (effectivement: “contre les communistes” en général ; d’abord contre le régime communiste de Babrak Karmal puis, à partir de décembre 1979, contre les Soviétiques de l’Armée Rouge également). Cette politique a été souvent décrite comme l’événement créant le Osama Ben Laden présenté depuis comme le cerveau d’une offensive mondiale de terrorisme. Elle prit, avec Reagan et son directeur de la CIA Bill Casey, des proportions considérables, accentuant l’effet initial voulu par Brzezinski et l’administration Carter (l’accentuation de la lutte contre les Soviétiques passant par le renforcement des structures de l’extrémisme islamiste). C’est effectivement de là que datent le développement et la mise en place, et l’équipement militaire initial également, de la nébuleuse islamiste qu’on considère aujourd’hui, dans les milieux de la pensée conformiste globalisée, comme la première menace contre la civilisation. « Sottises! » répond, comme par avance, Zbigniew Brzezinski en 1998. Il a par avance raison bien qu’il se garde bien, aujourd’hui, de répéter ce jugement de 1998. Le conformisme est devenu, aujourd’hui à Washington comme à Londres et à Paris, un régime de terreur intellectuelle qu’il est risqué de défier.

Certes, personne de sérieux, en 1998, à Washington, n’aurait contredit Brzezinski sur le fond, malgré l’insistance de l’intervieweur. Aujourd’hui, rappeler ces déclarations de Brzezinski pourrait représenter un cas d’une condamnation sans appel, avec effet rétroactif s’il le faut. Restent la réalité, les faits, les manigances, les intentions, — bref, ce qui fait ici la cause première de l’enchaînement menant aux événements du 11 septembre 2001 et après. Il est bon de se rappeler jusqu’à quel point, et à quelle profondeur, avec quel zèle, quelle absence de défiance, les Américains ont semé les graines dont ils récoltent aujourd’hui les fruits amers. Si ce n’est de la prédestination, cela y ressemble.

Voici donc la courte interview de Zbigniew Brzezinski parue dans Le Nouvel Observateur du 15 janvier 1998, lorsque tout le monde s’intéressait fort peu à l’implication des révélations qu’il y fait.

“Oui, la CIA est entrée en Afghanistan avant les Russes...”

Le Nouvel Observateur. — L'ancien directeur de la CIA Robert Gates l'affirme dans ses Mémoires (1) : les services secrets américains ont commencé à aider les moudjahidine afghans six mois avant l'intervention soviétique. A l'époque, vous étiez le conseiller du président Carter pour les affaires de sécurité ; vous avez donc joué un rôle clé dans cette affaire. Vous confirmez?

Zbigniew Brzezinski (2). — Oui. Selon la version officielle de l'histoire, l'aide de la CIA aux moudjahidine a débuté courant 1980, c'est-à-dire après que l'armée soviétique eut envahi l'Afghanistan, le 24 décembre 1979. Mais la réalité, gardée secrète jusqu'à présent, est tout autre : c'est en effet le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l'assistance clandestine aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul. Et ce jour-là, j'ai écrit une note au président dans laquelle je lui expliquais qu'à mon avis cette aide allait entraîner une intervention militaire des Soviétiques.

N. O. — Malgré ce risque, vous étiez partisan de cette “covert action” [opération clandestine]. Mais peut-être même souhaitiez-vous cette entrée en guerre des Soviétiques et cherchiez-vous à la provoquer?

Z. Brzezinski.Ce n'est pas tout à fait cela. Nous n'avons pas poussé les Russes à intervenir, mais nous avons sciemment augmenté la probabilité qu'ils le fassent.

N. O. — Lorsque les Soviétiques ont justifié leur intervention en affirmant qu'ils entendaient lutter contre une ingérence secrète des Etats-Unis en Afghanistan, personne ne les a crus. Pourtant, il y avait un fond de vérité... Vous ne regrettez rien aujourd'hui?

Z. Brzezinski.Regretter quoi? Cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d'attirer les Russes dans le piège afghan et vous voulez que je le regrette ? Le jour où les Soviétiques ont officiellement franchi la frontière, j'ai écrit au président Carter, en substance : “Nous avons maintenant l'occasion de donner à l'URSS sa guerre du Vietnam.” De fait, Moscou a dû mener pendant presque dix ans une guerre insupportable pour le régime, un conflit qui a entraîné la démoralisation et finalement l'éclatement de l'empire soviétique.

N. O. — Vous ne regrettez pas non plus d'avoir favorisé l'intégrisme islamiste, d'avoir donné des armes, des conseils à de futurs terroristes?

Z. Brzezinski.Qu'est-ce qui est le plus important au regard de l'histoire du monde? Les talibans ou la chute de l'empire soviétique? Quelques excités islamistes ou la libération de l'Europe centrale et la fin de la guerre froide?

N. O. — “Quelques excités”? Mais on le dit et on le répète: le fondamentalisme islamique représente aujourd'hui une menace mondiale.

Z. Brzezinski.Sottises! Il faudrait, dit-on, que l'Occident ait une politique globale à l'égard de l'islamisme. C'est stupide: il n'y a pas d'islamisme global. Regardons l'islam de manière rationnelle et non démagogique ou émotionnelle. C'est la première religion du monde avec 1,5 milliard de fidèles. Mais qu'y a-t-il de commun entre l'Arabie Saoudite fondamentaliste, le Maroc modéré, le Pakistan militariste, l'Egypte pro-occidentale ou l'Asie centrale sécularisée? Rien de plus que ce qui unit les pays de la chrétienté...

Propos recueillis par Vincent Jauvert

(1) From the Shadows, par Robert Gates, Simon and Schuster.

(2) Zbigniew Brzezinski vient de publier Le Grand Echiquier, Bayard Editions.

 

 

[Notre recommandation est que ce texte doit être lu avec la mention classique à l'esprit, — “Disclaimer: In accordance with 17 U.S.C. 107, this material is distributed without profit or payment to those who have expressed a prior interest in receiving this information for non-profit research and educational purposes only.”.]

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