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27/02/2012

Les bulles chinoises, et notamment la financière, sont appréhendées par les banques centrales mondiales. Elles auront un effet catastrophique sur l'économie mondiale. Déjà que l'Occident est en récession...

Le système bancaire chinois est-il l'iceberg qui coulera le Titanic de l'économie mondiale ?

Peu transparent, le système bancaire chinois pourrait constituer une vraie menace pour l'économie asiatique, et au-delà, pour la planète entière.

 Publié le 27 février 2012
La Chine connait parfaitement les implications d’une réévaluation trop violente de sa monnaie vis-à-vis du dollar et des autres monnaies.

La Chine connait parfaitement les implications d’une réévaluation trop violente de sa monnaie vis-à-vis du dollar et des autres monnaies. Crédit Reuters

Le secteur bancaire chinois constitue une menace réelle mais sous-estimée pour l’économie asiatique et incidemment pour la croissance mondiale. Ce secteur présente plusieurs particularités : la première réside dans sa relation incestueuse avec la politique, la seconde est liée au niveau très important des dettes non-performantes relativement à la capitalisation du secteur financier et finalement, ce secteur est fortement impliqué dans le financement de la bulle immobilière qui sévit depuis quelques années.

Les quatre plus grandes banques de Chine sont dans les mains de la politique locale. La nomination des principaux dirigeants et la stratégie de développement sont contrôlées par le parti communiste. Cette forte implication des instances politiques dans la conduite des affaires financières en Chine explique certaines décisions qui sont en décalage avec les pratiques de prudence requises pour le secteur financier.

En effet, le lendemain de l’enclenchement de la crise financière consécutive à la faillite de Lehman Brothers, la PBOC (la banque centrale de Chine) a fortement incité les banques à accompagner le plan de relance en augmentant le volume de crédit en étant peu regardante sur la solvabilité des contreparties. Cette explosion du volume des crédits s’est accompagnée par une croissance des créances douteuses ou non performantes qui représentent des pertes dans l’avenir (et par conséquent une réduction de la solvabilité du système bancaire chinois).

Selon une étude récente du FMI, le volume des créances douteuses pourraient représenter 12% du total du stock de crédit, ou plus grave encore, 60% des fonds propres du secteur financier. Ces chiffres officiels sont, selon plusieurs observateurs « indépendants », en dessous de la réalité de la « toxicité » des bilans des institutions financières chinoises. La dégradation continue du bilan des banques chinoises a motivé le développement du secteur de la banque fantôme ou « shadow banking ». Ce secteur financier connexe défraie les chroniques notamment au niveau des méthodes peu orthodoxes mises en place par les créanciers pour recouvrir leurs prêts.

A l’explosion du volume des créances douteuses s’ajoute un risque important qui s’accroit de jour en jour : l’explosion de la bulle immobilière. La grogne des Chinois est très importante vis-à-vis d'un marché immobilier dont les prix battent record sur record et exclut un grand nombre de la nouvelle « classe moyenne » de l’accession à la propriété immobilière. Comme toute bulle spéculative, il est difficile de définir une date exacte pour son dégonflement. Cependant, le ralentissement de la croissance du marché immobilier pourrait se traduire par l’accélération des créances douteuses, de la reconnaissance des pertes dans les bilans des banques et finalement la fragilisation de la solvabilité du secteur financier.

La vulnérabilité des banques chinoises devrait se traduire d’abord sur la croissance chinoise compte tenu du crédit crunch qui pourrait intervenir. Elle devrait aussi impacter la croissance mondiale qui ne tient, suite à la spirale récessive en Europe, que par le développement des pays émergents et notamment les BRIC.

Mais au-delà des facteurs endogènes, le secteur financier chinois est soumis à des risques exogènes liés notamment au « débasement » des monnaies. En effet, depuis 2006, la PBOC a accru son total bilan plus que toutes les autres banques centrales (malgré les différents programmes de Quantitative Easing de la FED ou de la BOE ou de financements directs tels que ceux mis en place par la BCE). Cette action a pour objectif de limiter la dépréciation trop importante de l’Euro face au Dollar qui pourrait pousser les Etats-Unis et les membres de la Zone Euro à demander à la Chine un nouvel effort de réévaluation de sa monnaie.

 

La Chine connait parfaitement les implications d’une réévaluation trop violente de sa monnaie vis-à-vis du dollar et des autres monnaies. En 1985, lors de l’accord du Plazza (à New York), les Etats-Unis ont obtenu une réévaluation du Yen. Cette action, peu préparée par le gouvernement japonais et les établissements financiers du pays s’est traduite par un accroissement du volume de crédit, l’accélération de la bulle spéculative sur les actifs et incidemment une « zombification » des banques japonaises.

 

Dans la course actuelle pour la dévaluation des monnaies, qui a pour objectif la réduction de la dette extérieure, la Chine cherche par tous les moyens à retarder la reconnaissance des fragilités de son système bancaire et reporte en même temps les ajustements des balances qui pourraient accélérer les difficultés de ses banques.

 

Charles Prince, ancien PDG de Citibank, disait lorsque la bulle des subprimes atteignait des sommets : « Tant que la musique joue, nous dansons ». Le système financier-politique chinois applique à la lettre cette consigne. Comme à son habitude, ce système n’anticipe pas les risques qui nous font face. Et tels les passagers du Titanic, le gouvernement chinois poursuit sa danse pendant que le paquebot prend l’eau. Ce risque ne se déclenchera surement pas dans les semaines / mois qui viennent. Cependant, s’il venait à s’enclencher, les conséquences pourraient être désastreuses pour l’économie mondiale et pour les économies développées. Mais tant que la musique joue… dansons.

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