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01/03/2012

Petit lexique du partisan européen. (VII). Sachons dès aujourd'hui de quoi l'on parle lorsqu'on use et abuse de certains mots!

◘ 7 - CHRISTIANISME

Produit de la conception-du-monde judéo-chrétienne, le christianisme sous ses différentes formes est une religion qui s'est laïcisée en idéologies puis en comportement sociaux tout au long des Temps Modernes, avant de retourner aujourd'hui à sa matrice judéo-chrétienne et d'agir sous forme séculière.

Le christianisme religieux n'est plus dominant aujourd'hui. D'ailleurs, en raison de son dualisme originel (créateur séparé des créatures et infériorisation du réel et de la nature), le christianisme était une expression imparfaite du sacré et portait en germe nihilisme et athéisme. Le christianisme qui s'est historiquement exprimé en Europe dans la foi populaire, dans la théologie ou dans les arts, n'était pas “chrétien”, mais résultait d'un syncrétisme avec le paganisme. C'est ce dernier qui est responsable, paradoxalement, de ce qu'il y a de plus “religieux” dans l'expression mystique ou culturelle de la foi. Le catholicisme, notamment, dans ses rites, dans son panthéon, dans ses arts, dans son idéologie sociale — par ex. dans l'Europe médiévale — exprime davantage un psychisme païen que chrétien. L'Europe n'a été, de ce fait, réellement christianisée que tardivement : surtout au moment de la Réforme et de la Contre-Réforme (XVIe et XVIIe siècles), et lors de la laïcisation du christianisme en morale évangélique séculière, dans les idéologies égalitaires. Aujourd'hui déclinant en tant que rituel orthopraxique et système de croyances, le christianisme se distingue peu du judéo-christianisme. Chrétiens, libéraux, marxistes, et autres héritiers de la conscience christianomorphe se regroupent autour de l'évangile laïc de la philosophie des droits de l'homme, expression synthétique de l'idéologie occidentale et légitimation de l'individualisme marchand pour désigner l'ennemi commun : les opposants à la “société ouverte”.

L'idéologie de la césure au sein de la Modernité est néanmoins considérée par certains comme relevant d'une autonomisation de la catégorie d'individu par rapport au religieux. En ce sens dans la perspective critique exposée ci-dessus, c'est moins la religiosité chrétienne qui est visée qu'une certaine logique historique de la pensée occidentale. Il est évident que pour cette dernière le processus de sécularisation amorcé à la fin du Moyen-Âge a rompu l'unité en voie d'accomplissement que portait la civilisation européenne et l'a ouvert à cette force de rupture qu'est l'Histoire. Une fois la totalité antique/médiévale éclatée, les mini-totalités éparses ont voulu se hisser au niveau d'une totalité globale. Résultat : l'avènement d'identités (d'uniformités) homogénéisantes, rigides, improductives, non irriguées par la différence symbolique. L'avènement des identités homogénéisantes engendre un désordre constant de rigidités juxtaposées. Ces rigidités, à leur tour, suscitent la critique. Et l'instrument critique, mis en avant par les tenants de l'Aufklärung, qui ont voulu en faire une "police du savoir", enregistre toujours, dans un premier temps, quelques succès périphériques, avant de retomber impuissant ou, pire, de refouler encore davantage l'horizon du symbolique. La critique, en effet, cherche à éradiquer la "différence symbolique" (ou à l'intégrer) et, pour combler le vide que laisse cette dernière, elle suscite l'apparition d'une prolixité inflationnaire de différences superficielles, dépourvues de signification et de sens (en l'occurrence des produits de consommation, des données statistiques, des informations médiatiques, etc.).

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