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13/03/2012

La chute de la célèbre chaîne d'informations internationales est annoncée. Ses journalistes fuient par groupes entiers la chaîne qui eut ses heures de gloire en tant que média indépendant, mais s'est suicidée en adhérant aux politiques occidentales.

Ex-“triomphe” et chute d’Aljazeera

13/03/2012

 

L’ère Aljazeera semble bel et bien venue à son terme, vaincue par l’habituel processus de la folie de l’argent engendrant la folie de la puissance, qui a touché le petit émirat de Qatar. (Qui ignore que le Qatar, fabuleusement riche comme nul n’en ignore, est devenu fabuleusement ambitieux, ajoutant un nouveau conte à la veine des Mille et une nuit ?) La morale de cette histoire ne fait de doute pour personne, selon l’habituelle trace que l’on peut retrouver désormais avec l’installation ferme de l’esprit-Système au cœur de la chaîne Aljazeera et la dissolution qui s’ensuit.

Le terme “dissolution” n’est pas une expression seulement théorique ou générale. Il a, aujourd’hui, un aspect concret et opérationnel extrêmement important. Il s’agit de la fuite, au bon sens du terme, des journalistes de la chaîne, par démissions explicitées et circonstanciées. Russia Today (RT) nous en informe ce 12 mars 2012 ; et cela est assez logique puisque RT est l’une des chaînes et des sites d’information qui prennent le relais d’Aljazeera dans la diffusion d’informations anti-Système, ce que faisait jusqu’alors Aljazeera (approximativement jusqu’à avril 2011, comme cela est daté dans le texte de RT).

«Key staff from Al Jazeera’s Beirut Bureau have resigned citing “bias” in the channel’s stance on the conflict in Syria. Bureau Managing Director Hassan Shaaban reportedly quit last week, after his correspondent and producer had walked out in protest.

»A source told the Lebanese paper Al Akhbar that Al Jazeera’s Beirut correspondent Ali Hashem had quit over the channel’s stance on covering events in Syria. "… his position [which] changed after the station refused to show photos he had taken of armed fighters clashing with the Syrian Army in Wadi Khaled. Instead [Al Jazeera] lambasted him as a shabeeh [implying a regime loyalist],” a source told Lebanese press. Ali Hashem was also infuriated by Al Jazeera’s refusal to cover a crackdown by the King of Bahrain while twisting its Syria angle. “[In Bahrain], we were seeing pictures of a people being butchered by the 'Gulf's oppression machine', and for Al Jazeera, silence was the name of the game,” he said. The Beirut bureau’s producer also quit claiming Al Jazeera had totally ignored Syria’s constitutional reform referendum, which saw a 57% turnout with 90% voting for change.

»Journalist and author Afshin Rattansi, who worked for Al Jazeera, told RT that, “sadly”, the channel had become one-sided voice for the Qatari government’s stance against Bashar al-Assad, having begun as the region’s revolutionary broadcaster. “It is very disturbing to hear how Al Jazeera is now becoming this regional player for foreign policy in a way that some would arguably say the BBC and others have been for decades,” he said. “If Al Jazeera Arabic is going to take a war-like stance after [the] Qatari government, this would be very ill.” “There is the courage of these journalists, however, in saying ‘Look, this is not the way we should be covering this. There are elements of Al-Qaeda in there,’” Rattansi concluded. “The way Al Jazeera Arabic has covered the story of Syria is completely one-sided.”

»Journalists and anti-war activist Don Debar, who has also had Al Jazeera experience, confirmed that the station has been heavily guided by the Qatari government in its policies. “That has been ongoing since last April of 2011,” Debar told RT. “The head of the bureau in Beirut quit, many other people quit because of the biased coverage and outright hand of the government in dictating editorial policy over Libya, and now Syria.”»

L’histoire d’Aljazeera est connue, surtout depuis le 11 septembre 2001 et la position critique de la politique des USA que la chaîne développa. En 2005 (le 3 février 2005), nous saluions Aljazeera comme une référence exceptionnelle de la résistance contre la “politique-Système de l’idéologie et de l’instinct”, contre les pressions du Système représenté principalement, depuis, par ce que nous nommons le bloc BAO. Tout cela a effectivement changé en avril 2011. Deux textes que nous publiions coup sur coup (les 14 avril 2011 et 15 avril 2011) marquaient à la fois la confirmation que nous pensions pouvoir apporter à ce jugement si positif sur Aljazeera, et, le lendemain, les premiers doutes qui se faisaient jour à ce propos. (Ainsi parlions-nous dans les titres qui étaient similaires, de “triomphe” sans guillemets et avec guillemets successivement : “Le triomphe d’Aljazeera” et “Le ‘triomphe’ d’Aljazeera (II)”.) Nous entretenions encore quelques espoirs sur la capacité de redressement de la chaîne, qui se révélèrent comme autant d’illusions… Il n’en fut donc rien et, dès le mois d’août, après l’expérience libyenne, nous pouvions constater la décadence irrésistible d’Aljazeera (le 29 août 2011), avec l’arrivée de ses remplaçants (principalement RT, qui a donné [ci-dessus] le texte qui acte “la chute d’Aljazeera) :

«• D’une façon plus générale qui concerne le statut de l’indépendance dans le système de la communication (dito, par rapport au Système, plus que jamais), il se confirme de plus en plus nettement que la chaîne TV du Quatar Aljazeera, jusqu’alors dominatrice dans ce domaine d’une grande chaîne parlant d’une voix indépendante, a perdu énormément de son crédit jusqu'à figurer désormais dans les rangs de la presse-Système sans mention particulière. De ce point de vue, l’affaire libyenne pourrait lui être fatale, malgré les efforts que fait Aljazeera pour regagner le crédit perdu ; mais Aljazeera est prisonnière d’un engagement partisan en faveur des rebelles, qu’elle doit aux autorités du Quatar dont elle dépend. Par contre, une autre chaîne a gagné en crédibilité d’indépendance, surtout pour les informations plus substantivés : il s’agit de la chaîne russe de langue anglaise Russian Today (RT), qu’on a vu effectivement citée plus haut comme une des meilleures sources indépendantes pour la couverture du conflit. Cet événement est important ; il doit marquer une évolution très nette dans l’évaluation des informations, avec notamment un fractionnement dans le monde arabe par rapport au système de l’information, du aux conséquences des positions diverses prises par rapport au “printemps arabe”. Effectivement, la Russie, avec RT, pourrait en plus se tailler une place de choix dans un domaine, la technique de l’information, où elle n’a guère été considérée jusqu’ici. RT, dans ses interventions tant télévisées qu’écrites, a parfaitement réussi à assimiler le style et le rythme anglo-saxon, ce qui devrait renforcer la pénétration de sa voix indépendante.»

Le 29 décembre 2011, nous pouvions placer le destin d’Aljazeera dans le cadre de l’extraordinaire et mégalomaniaque ambition née dans l’émirat du Qatar, emporté par le vertige de la richesse d’argent et prétendant régler à lui seul le sort du Moyen-Orient, sinon du monde pendant qu’il y était. L’aventure syrienne confirme absolument la chute d’Aljazeera et des ambitions du Qatar, ces dernières désormais confrontées à la possibilité d’une sévère fortune contraire. Le Qatar, sorte de leader annexe et lilliputien d’un bloc BAO qui s’est lancé fort inconsidérément dans l’aventure, commence à sentir, comme les autres, la vigueur de la résistance des acteurs extérieurs nouveaux (Russie et Chine) qui entendent qu’on ne leur fasse pas, en Syrie, une seconde fois le coup du “modèle libyen”.

Aljazeera est donc en train de perdre le sang même qui lui donnait toute sa vigueur, avec le départ massif de journalistes chevronnés, qui clament l’écœurement où ils sont de la décadence forcée de la chaîne. Accessoirement, ces évènements nous permettent d’avoir une meilleure idée de ce qui se passe en Syrie, par logique contraire, puisqu’il s’avère qu’Aljazeera, principal héraut du “peuple syrien opprimé par le seul monstre Assad”, joua dans cette partie le rôle de désinformateur en chef. (On comprend mieux l’enthousiasme, qui nous avait frappés à l’époque, d’Hillary Clinton pour Aljazeera. Mais la période de transition où avaient lieu ces constats explique ce sentiment [notre sentiment d’alors] : Hillary Clinton connaissait déjà la réorientation en cours d’Aljazeera et espérait bien que la chaîne conserverait sa réputation et ses méthodes d’indépendance encore intactes, faisant effectivement un modèle pour le bloc BAO : comment donner des informations complètement conformes au Système tout en ayant la réputation d'être libre et indépendant et en donnant à ces informations le sel de la liberté et de l'indépendance. Depuis, l’évolution des choses a tranché : Aljazeera est devenue une voix-Système comme les autres et sa réputation est en train de s’effondrer, si ce n’est fait, au niveau de celle du New York Times, de CNN ou de Fox.News.)

Les choses vont vite et elles vont logiquement. Aljazeera a mené sa barque glorieuse jusqu’au jour où son maître bienveillant, le Qatar, est devenu fou du vertige de la puissance. Il y eut donc l’épopée du Qatar depuis la Libye, dont nous doutons fortement qu’elle (l’épopée) survivra à la déconfiture qui nous paraît en cours de formation, en Syrie, au gré des manigances du bloc BAO. Autant en emportera alors Aljazeera, dans tous les cas ce qu’il reste de sa glorieuse réputation passée, à la vitesse où ses journalistes quittent la chaîne aujourd’hui.

 

Mis en ligne le 13 mars 2012 à 05H59

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