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21/03/2012

L'ambivalence du déploiement du groupe militaire américain autour et dans le Golfe persique pourrait concerner plus la Syrie que l'Iran. Mais cela, les médias le dissimulent soigneusement.

Le pétrolier russe Iman en Syrie: la genèse d'un scoop malveillant

Tartous, Syrie
17:49 20/03/2012
 
Par Konstantin Bogdanov, RIA Novosti
 

La presse occidentale et arabe s’est tout particulièrement intéressée au pétrolier russe Iman, qui est entré dans le port syrien de Tartous. Elle le décrit comme un navire de guerre avec une unité d’infanterie de marine à bord. Essayons de tirer au clair ce qui se passe réellement autour de l’Iman.

Le fond et la forme

La presse occidentale et arabe a annoncé à grand renfort de tambours et de trompettes l’apparition près des côtes syriennes de navires militaires russes. Selon les publications, ils transporteraient des "unités antiterroristes" ou des forces d’infanterie de marine. On induit subrepticement chez le lecteur l’idée que la Russie a envoyé des troupes en Syrie pour aider le régime de Bachar al-Assad.

Les représentants du gouvernement russe ont réfuté ces propos. "Il n’y a aucun navire de guerre russe en mission près des côtes syriennes. Le pétrolier Iman se trouve dans le port syrien de Tartous depuis dix jours afin de garantir le ravitaillement des navires des flottes [russes] de la mer Noire et du Nord qui assurent la sécurité de navigation dans le golfe d'Aden contre les pirates", a déclaré à RIA Novosti un représentant du ministère russe de la Défense.

L’Iman est un navire émérite. Il s’est notamment fait remarquer dans l’histoire mystérieuse du détournement du cargo russe Arctic Sea en été 2009. Mais cette fois il n’y a aucun mystère, et les médias américains et arabes n’ont même pas trop déformé les faits.

En effet, premièrement, le pétrolier Iman n’est pas un navire civil, il s’agit bien d’un bâtiment des forces auxiliaires de la flotte russe de la mer Noire. Deuxièmement, il est passé par Tartous en venant du golfe d’Aden, la zone de l’opération internationale de lutte contre les pirates de la Corne de l’Afrique, ce qui justifierait la présence d'une une unité d’infanterie de marine à son bord pour assurer la sécurité de l’équipage.

D’ailleurs, le représentant du ministère russe de la Défense cité ci-dessus, qui avait déclaré à RIA Novosti qu’à bord du pétrolier se trouvait "uniquement le personnel civil avec des gardes", ne le nie plus. Ces derniers pourraient parfaitement être des fantassins de marine. Le port syrien de Tartous est une base avancée de la marine russe en Méditerranée, et l'entrée dans ce port de l’Iman n’a rien de répréhensible.

Cette fois le scoop est donc réalisé techniquement de manière très habile. On notera simplement l’unisson touchant des médias américains et arabes. On saura très rapidement si cela traduit l’unité des intérêts militaro-politiques de Washington et des monarchies du Golfe dans le jeu syrien. Bien que dans une certaine mesure ce soit un secret de Polichinelle, notamment quand on se rappelle le comportement du Qatar et des Emirats arabes unis pendant la dernière campagne libyenne.

Et pendant ce temps-là…

La situation au Moyen-Orient demeure tendue. Cette phrase est une copie carbone des publications de la presse soviétique des années 1960, 1970, 1980, et de la presse russe des années 1990 et 2000. Mais cette fois le monde est une nouvelle fois sur le point de réellement enclencher le mécanisme de la violence.

Le groupe d’expédition américain dans le Golfe et autour du Moyen-Orient est déjà excessif par sa force et les moyens impliqués. Récemment il a été renforcé et a reçu une unité entière de déminage et des navires rapides de défense antimissile.

La nature du renforcement met clairement en évidence l’ennemi potentiel. Il s’agit de l’Iran, qui dispose dans sa flotte de puissants moyens de mouillage de mines, ainsi que d’innombrables vedettes "de poche" qui sont comme des poissons dans l’eau pour intercepter des pétroliers lourds dans l'exigu détroit d’Ormuz.

Cependant, l’ambivalence du déploiement du groupe militaire américain autour de la péninsule arabique ne permet pas de déterminer clairement quelle sera sa cible. Cela pourrait être la Syrie, ce qui est même plus probable étant donné la situation internationale actuelle autour de Damas.

Dans ce sens, l’histoire du pétrolier russe Iman tombe à pic. La position intransigeante de la Russie et de la Chine concernant la Syrie rencontre la résistance des pays occidentaux et des monarchies du Golfe.

Il y a deux choses à noter dans la présence du pétrolier russe à Tartous. La Russie montre qu’elle ne s’est pas retirée de la région et n’a pas l’intention de partir, et ses adversaires font tout leur possible pour isoler Moscou en lui octroyant presque le rôle d’intervenant en faveur du régime de Bachar al-Assad. Ce n’est pas le premier cas de ce genre, et certainement pas le dernier: en Syrie, la partie d'échecs continue.

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