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21/03/2012

Petit lexique du partisan européen. (XXIV). Sachons dès aujourd'hui de quoi l'on parle lorsqu'on use et abuse de certains mots!

◘ 24 - GÉOPOLITIQUE

z10.jpgEn tant que théorie, la géopolitique constitue la branche de la science politique qui étudie les rapports complexes existant entre les catégories de phénomènes relevant du politique ou ayant des implications politiques et la multiplicité des configurations spatiales de la surface terrestre, ou encore, en d'autres termes, c'est une méthode qui cherche à établir la part active prise par la géographie dans la détermination des événements politiques et historiques mondiaux ; en tant que pratique, elle inspire la stratégie politique des puissances appliquées à la maîtrise de l'espace continental et océanique.

Condamnée, dénigrée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale parce qu'elle avait trop ouvertement justifié les entreprises militaires du Troisième Reich, la géopolitique réoccupe aujourd'hui en force toute la place qui lui revient dans le domaine de la réflexion politiques. Elle n'avait d'ailleurs jamais cessé — en sous-main — d'être actuelle. Mieux, ce sont ses principes mêmes qui permirent aux Super-Grand de bâtir leur puissance et de triompher en 1945. Et le plus fondamental de ces principes pose la relation étroite existant entre puissance et espace. Aussi, le dernier grand conflit opposa-t-il en fait des peuples pauvres en espace — les puissances de l'Axe — à d'immenses empires territoriaux et maritimes — l'Union soviétique et les États-Unis, ces derniers prenant la relève d'une Grande-Bretagne en déconfiture — qui entendaient bien conserver l'avantage stratégique essentiel que leur conférait le contrôle de vastes espaces et renforcer une hégémonie contestée par leurs adversaires. Ainsi, dès le début du XIXe siècle, l'Union des 13 colonies révoltées contre l'Empire britannique s'assigna clairement comme but la domination totale du continent américain — au prix de l'extermination des Peaux-Rouges et d'une politique de conquête, contre les Anglais, les Espagnols, les Mexicains, etc. — afin d'en faire une base inexpugnable d'une thalassocratie mondiale dont Alfred Mahan se fit le théoricien : la doctrine de Monroe (“l'Amérique aux Américains”, 1923 : un modèle d'analyse avant la lettre !) fut avant tout une déclaration de guerre à l'Europe — guerre dont le premier acte décisif s'acheva par l'invasion de 1944, préméditée de longue date. Quant à l'Empire russe, son expansionnisme séculaire se résume en 2 séries de chiffres. Jusqu'en 1667, la frontière de l'Europe (Pologne) se trouvait à 220 km de Moscou ; en 1945, l'armée rouge s'est arrêtée à moins de 600 km de Paris. En 278 ans, donc, la marée russe s'est enfoncée en Europe sur plus des trois quarts de la distance Paris-Moscou (2.500 km). Plus probant encore : depuis 1462, l'empire moscovite s'est agrandi en moyenne de plus de 130 km2 par jour !

Dès lors, pour mettre en cause les enseignements de la géopolitique et, en premier lieu, l'importance primordiale de la dimension spatiale, il faut être aveugle ou de très mauvaise foi — comme les oligarchies d'affairistes et de vaincus professionnels qui prétendent nous gouverner tout en prenant leurs ordres à Washington, et qui, obéissant à une logique toute occidentale, se montrent toujours prêtes à l'abandon quand il s'agit des possessions ou des intérêts européens dans le monde. À l'heure présente, aux yeux de l'observateur averti, les slogans fatigués de déphasés des idéologies occidentales, tels le catéchisme des “droits de l'homme”, cachent de plus en plus mal ces aiguillons omniprésents de la politique mondiale que sont le désir d'hégémonie et la volonté de contrôler des positions stratégiques. Car quels que soient les paravents invoqués, la politique des puissances inclut toujours la lutte pour l'espace — qu'il faut conquérir, conserver, exploiter et, si possible, ne jamais céder. La raison évidente en est que l'espace constitue le support, le théâtre, de toutes les actions humaines, qu'il conditionne le destin des peuples — par ses dimensions, ses ressources, sa conformation et sa situation — et que, pour tout dire, il est la base même de la vie. Sans oublier que, l'histoire étant par excellence le lieu de l'inattendu, l'espace constitue la seule grandeur fixe et prévisible dans l'équation de la politique mondiale.

Cependant, une mise en garde s'impose. En effet, si le rôle capital du facteur spatial mérite d'être mis en lumière, il ne faudrait pas pour autant tomber dans le piège réductionniste du déterminisme géographique, à la façon d'un certain dogmatisme fréquent chez les premiers géopoliticiens. En la matière, il ne saurait y avoir d'absolu : le terme même de géopolitique renvoie à l'idée d'une combinaison active de facteurs géographiques et politiques — c'est-à-dire humains — en interaction permanente. Or, la diversité, le nombre, la taille des phénomènes d'ordre géographique sont infinis et leurs configurations spatiales, qui varient souvent avec le temps, se superposent sans presque jamais coïncider. D'autre part, l'homme du fait de son “programme ouvert” de comportement et de sa variabilité culturelle, s'accommode des données de la géographie de très diverses manières. Les choix dépendent de la culture, de l'idéologie, du niveau technologique des groupes humains. Quelques agents physiques — géologiques, climatiques, etc. — ne sauraient suffire à expliquer le déroulement de l'histoire ; ils lui imposent seulement un cadre plus ou moins contraignant.

La réalité est beaucoup plus complexe et un contexte géographique identique peut induire des solutions géopolitiques fort différentes, voire même inverses. En un mot, l'esprit commande et dispose là ou la nature propose, de telle sorte que la géopolitique invite à une vision possibiliste de l'histoire plutôt que déterministe. Et c'est pourquoi le combat des idées garde toute son importance, car toute politique vise des hommes, qu'elle veut saisir, et les espaces, qu'elle veut occuper : géostratégie et psychostratégie ne sont que des aspects d'une même réalité.

Conçue et affinée depuis la fin du siècle dernier par des hommes tels que Ratzel, Reclus, Kjellen, Mackinder et Haushofer (bien que Grecs et Romains n'en aient pas ignoré certaines prémices), la géopolitique connaît aujourd'hui un regain de vitalité, et ceci en contradiction avec les idéologies mondialistes et universalistes. En effet, faire de la géopolitique, c'est implicitement admettre que les peuples luttent pour la possession de l'espace (impératif territorial).

Actuellement, on assiste à une amplification de ce type de conflit : lutte pour le contrôle des voies maritimes, pour les gisements de ressources primaires, pour les espaces maritimes fermés, etc. Le regain de pratique géopolitique des États, comme le récent succès de cette discipline dont les présupposés corroborent notre vision du monde et des relations internationales, attestent d'une échec du “projet libéral” de “pacification” et d'unification homogénéisante de la Terre. Les grandes tendances des mouvements géopolitiques contemporains sont : la conscience de solidarités continentales dans le Tiers-Monde, l'opposition croissante “Ouest-Ouest” et la divergence d'intérêts entre les États-Unis et l'Europe, et, d'une manière générale, l'infirmation de la “solidarité atlantique” et de l'homogénéité occidentale.

La géopolitique permet de repenser les ensembles humains comme des “blocs ethno-politiques territoriaux. L'unité géopolitique de l'Europe s'oppose directement à à toute ingérence comme celle atlantiste ou comme autrefois au partage entre Soviétiques et Américains auquel elle avait dû se soumettre. Les enjeux géopolitiques sont les enjeux décisifs dans l'histoire des sociétés.

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