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22/03/2012

La guerre de la communication fait rage. La Russie l'emporte aux poings suite au violent crochet d'annonce d'une conférence-débat prévue début mai qui dénoncera la duplicité du bloc euro-atlantique. L'arbitre entame le compte, le KO est en vue.

Les anti-missiles et la foire aux “secrets”

22/03/2012

 

Les Russes semblent apprendre vite… A propos des relations avec les USA pour ce qui concerne le système des missiles anti-missiles (BMDE), les derniers échanges devraient conduire à une nouvelle construction de ce que nous nommons la “guerre nouvelle”, qui est notamment l’utilisation à plein des techniques de communication. Placés devant une offre récente des USA d’un transfert de “secrets“ pompeux et importants concernant le réseau BMDE et les anti-missiles, ayant effectivement reçu ces “secrets” des mains d’une émissaire du département d’État, s’étant aperçu que ces “secrets” sont ceux de Polichinelle et sont sans aucun intérêt technologique et stratégique, les Russes ont décidé de passer du jeu “secret” des relations bilatérales à l’exposition publique de la substance de ces relations.

• Le 14 mars 2012, Russia Today nous exposait la substance de la démarche US, avec des mots impressionnants pour apprécier cette démarche, selon les indications ppréliminaires venues de Washington. Il s’agissait du transfert de données “secrètes” sur le réseau BMDE qui devait convaincre les Russes de la bonne foi US, et les inviter à s’engager dans le soutien du réseau, voire, rêvaient certains Russes, de les y faire participer de façon décisive… Ainsi, la résolution de la crise des missiles anti-missiles en Europe semblait-elle poindre à l’horizon selon un marché d’une importance sans précédent.

«Officials from within the White House tell reporters this week that Washington is considering talks with Moscow that could lead to both nations exchanging top-secret intelligence involving their respective missile-defense systems. Responding to an inquiry on the talks, a Pentagon spokesperson confirmed to Reuters on Tuesday that the Obama administration is indeed looking to iron out a deal with Russia that would satisfy the desires of both nations.

»Sharing missile defense data has been a sticking point between the two major nuclear superpowers since the US announced plans to build an anti-missile shield in Europe. Even after both parties agreed to cooperate on anti-missile defense, Moscow and Washington have been at odds over if and how their respective anti-missile programs should be managed jointly. Russia has asked for the United States’ cooperation by insisting that the missile defense systems of the countries be united into one global program; the US, on the other hand, has favored separate programs, although they have at the same time advocated for establishing a working relationship between the two. Should these developments prove true then, the US and Russia could soon ink out a deal that would see Washington siding with Moscow’s demands.

»According to the latest reports, the US could be extending to Russia some top-secret intelligence on American interceptor missiles; in return, Russia might very well contribute assistance of their own by offering access to its own radar system and missile-defense program. Up for grabs is believed to be details on the velocity at burnout rate, or VBO, of US interceptor missiles. That statistic details the speed of defense missiles and could be enough on its own to let Moscow largely establish their own defense strategies. While both nations would agree on preparing for strikes from common foes, others suggest that extending the intel to anyone outside of the American intelligence community could be colossal…»

• Selon les Russes eux-mêmes, nous avons été rapidement fixés. Les indications ci-dessus étaient communiquées au public alors même que les Russes détenaient les fameux “secrets” américanistes, que leur avait apportés, la veille 13 mars, Ellen Tauscher, Special Envoy for Strategic Stability and Missile Defense au département d’Etat. Il semble que l’on nous dise que la déception est exactement à hauteur inverse des promesses qui avaient été faites. (De Russia Today, le 21 mars 2012.)

«The data on the planned US antimissile system in Europe handed over to Russia is “useless and irrelevant” according to reports. […] The data apparently failed to address Russian generals’ concerns. Kommersant daily cites a source close to negotiation as describing it in profane terms. The meaning of the phrase (not suitable for print) could be rendered as “useless and irrelevant”.

»Another source in the Russian military told the newspaper that American negotiators would not be able to give the really sensitive data on the Antiballistic Missile Defense (AMD) system even if they wanted to.

“The Senate strictly forbids it. There is a clause on it in the ratification of the New START [Strategic Arms Reduction Treaty]. Washington does not give anything serious even to its NATO allies,” the source is cited as saying.»

• Sans doute les Russes ont-ils été stupéfaits par l’impudence US, qui s’avère d’ailleurs, dit plus justement, comme étant, disons, l’“impudence du Système”. Les mêmes sources citées indiquent que, lors de conversations autour de ces “secrets“, des officiels US ont, “en privé”, concédé à leurs interlocuteurs russes qu’ils étaient d’accord avec eux, que ces “secrets” n’étaient que quelques cacahuètes jetées au travers des grilles de la cage où le Système imagine que se tient enfermé l’ours russe, pour l’apaiser suffisamment… L’ours n’a pas apprécié.

«Russia apparently has lost hope of reaching a solution of the conflict through bilateral negotiations and now plans to make details of the dispute public. In early May the Russian Defense Ministry will gather an international security conference. “Never before has the ministry discussed an issue of security in such an open way. We want to report our assessments of the influence the AMD system will have on global and regional security and discuss all points of view. Let them prove us with facts that we are wrong,” Russian Deputy Defense Minister Anatoly Antonov commented.

»Military experts from the US, China, India, Japan and several European countries are invited to Moscow, where the hosts plan to present a detailed vision of the American system and the threat it may pose, Kommersant says. Russia is inviting other countries which may be worried by the development of American AMD across the globe to speak out. “The European segment of the global US antimissile defense system is not the only one. There is also the Asian segment, which is being deployed with the help of Japan and the Republic of Korea and which cannot be ignored by military planners. China may have even more serious questions over this segment,” Foreign Minister Sergey Lavrov pointed out Tuesday in a radio interview.

»The Russian military say in private some American officials agree with Russia’s argument. If the case is presented convincingly to the general public, Washington would not be in a position to deny what Moscow considers obvious…»

Lorsque nous parlons de “l’impudence du Système” (plutôt que “l’impudence US”), c’est parce que le développement du BMDE est le type même, dans le champ des armements, de l’entreprise qui s’est faite sans aucune rationalité stratégique, sous la force même de la dynamique de surpuissance du Système représentée dans ce cas par la bureaucratie du Pentagone et les intérêts de l’industrie d’armement. Depuis plus de cinq ans se poursuivent des “négociations” entrecoupées de ruptures tactiques et de phases de tension entre la Russie et les USA, ou entre la Russie et l’OTAN, c’est-à-dire entre la Russie et le Système. Cette fois-ci est-elle la bonne ? Est-ce vraiment la rupture, qui n’implique pas la fin du débat sur cette question mais un changement de nature du débat ? Il le semblerait : «Russia apparently has lost hope of reaching a solution of the conflict through bilateral negotiations and now plans to make details of the dispute public.» Et les Russes semblent s’être préparés à la chose puisque, au lieu d’un rejet pur et simple, ils annoncent unilatéralement une conférence publique, début mai, à laquelle seraient conviés de très nombreux pays intéressés de près ou de très loin à la question, et où l’état des “négociations”, dont les fameux “secrets”, serait présenté et débattu de façon publique… «Never before has the ministry discussed an issue of security in such an open way», indique le ministère russe de la défense.

C’est une attitude inédite, surtout dans ce champ des relations internationales qui a toujours été marqué par l’obsession du “secret”, et pas moins chez les Russes, comme legs pour eux de la période soviétique où les matières stratégiques étaient considérées comme un privilège des plus hautes directions stratégiques et absolument tenues secrètes. Cet état de chose, qui impliquait une certaine complicité, ou du moins une coopération active des deux principaux partenaires (USA et URSS), a changé depuis quelques années, depuis que le Système lui-même a orienté l’évolution du côté US vers une marche aveugle et unilatérale vers la surpuissance, avec son cortège d’annonce de concessions, d’accords, etc., qui se révélèrent tous comme autant de tromperies et d’initiatives de pure relation publique, assorties du côté du Système de pressions de communication contre ce qui était présenté comme l’attitude de fermeture et d’agressivité de la Russie. Les Russes semblent donc avoir décidé de rompre ce processus pour passer, dans le champ du système de la communication, aux conditions différentes de ce que nous nommons la “guère nouvelle” qui est entièrement animée par la communication et se place au niveau d’un affrontement entre des forces de déstructuration et de dissolution, et les structures en place. (A propos de l’élection de Poutine et de la campagne menée contre lui qui a suscité dans notre chef le constat de la mise en place de cette « guerre nouvelle”, nous écrivions : «L'attaque lancée contre lui par les moyens subversifs de communication du bloc BAO ressort d'une tactique de dissolution par l'action des réseaux. Elle représente une agression fondamentale (paradoxale “agression douce”) du Système contre les principes de structuration en place.»)

L’idée de transporter le conflit du BMDE sur la place publique et de le faire débattre multilatéralement, par des parties diverses, dont certaines n’ont aucun intérêt stratégique pour la question débattue, consiste effectivement à tenter de transmuter cette querelle stratégique en un affrontement de communication où la duplicité du Système serait exposée et débattue à ciel ouvert. C’est une façon, pour les Russes, de proposer aux autres : “Jugez vous-mêmes”, en oubliant les impératifs du “secret” et en axant tout leur propos sur la forme des relations en général avec le Système. La question du “secret”, primordial dans les matières stratégiques de cette importance, passerait ainsi au second plan, pour s’inscrire dans le champ plus vaste des relations d’antagonisme du Système avec le reste, et être débattue du point de vue de la communication qui gouverne les pressions, l’influence, etc. D’une certaine façon, la direction russe adopte la stratégie de WikiLeaks, estimant que le “secret”, désormais, n’est plus qu’un faux-nez, un avantage unilatéral irrésistible qui permet au Système de jouer son jeu faussaire sans que ce jeu puisse être mis à jour et dénoncé. Les rapports stratégiques passent au second plan et tendent à s’insérer dans la logique de cette “guerre nouvelle”, qui prend en compte la prépondérance absolue de la communication comme moyen fondamental de la puissance.

Si la chose se réalise dans ce sens, on disposera d’une confirmation de plus que l’élection de Poutine a marqué l’entrée de la Russie dans une phase complètement nouvelle, où elle constate que les relations internationales sont synthétisées dans l’affrontement entre le Système et le reste, que cet affrontement a des formes fondamentalement nouvelles, et qu’il importe absolument de s’y adapter rapidement et agressivement… Et, aujourd’hui, l’“agressivité” n’est plus la fermeture et le repli sur une dimension armée mais l’ouverture complète pour permettre l’offensive de communication.

 

Mis en ligne le 22 mars 2012 à 05H33

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