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27/03/2012

Petit lexique du partisan européen. (XXIX). Sachons dès aujourd'hui de quoi l'on parle lorsqu'on use et abuse de certains mots!

◘ 29 - JUDÉO-CHRISTIANISME

z2105110.jpgEnsemble de la conception-du-monde propre au judaïsme et au christianisme, mais à laquelle ce dernier a conféré sa forme majeure, agissant d'abord sous forme de religion puis, à partir des temps modernes, d'idéologies.

Le judéo-christianisme a, pour nous, constitué un apport allogène pour la conscience européenne, qui se trouve ainsi, depuis 2.000 ans, partagée, schizophrène, et en proie à une acculturation constante. Conscience christianomorphe d'un côté, héritée du judéo-christianisme, conscience païenne de l'autre : “c'est la guerre des dieux”. La conception-du-monde judéo-chrétienne, qui a réussi, au fil des siècles, à s'installer de plus en plus profondément en Europe jusqu'à devenir la marque principale de la civilisation occidentale, est à l'origine de l'universalisme, de l'individualisme et de l'égalitarisme. La mentalité scientifique s'est développée contre cette conception malgré la philosophie utopiste de celle-ci et sa propension à dévaloriser le réel au profit d'une métaphysqiue (monde des essences ou des principes absolus révélés) et d'une téléonomie de fin de l'histoire. Le biblisme est un autre nom pour le judéo-christianisme, dans la mesure où la Bible constitue une référence commune aux héritiers du judaïsme, du catholicisme et du protestantisme. Dans l'Occident d'aujourd'hui, la conception judéo-chrétienne du monde est professée avec le maximum de vigueur aux États-Unis, patrie de la conception actuelle des droits de l'homme.

Aujourd'hui dépourvu de valeur religieuse, le judéo-christianisme, devenu l'arrière-fond mental d'une civilisation en crise, passant de ce fait de l'état de conscience à celui de l'inconscience, est plus vulnérable que par le passé à l'assaut venu d'une "nouvelle conscience". Nous devons, par l'offensive de notre vue-du-monde, acculer le judéo-christianisme à une position défensive.

Éclairage : L'expression regroupant "judaïsme" et "christianisme" n'apparaît qu'au XIXe siècle (période de l'émergence de l'histoire telle qu'on la conçoit aujourd'hui) : elle entend désigner l'ensemble des dogmes et préceptes communs à ces 2 religions. Elle souligne également le fait que le christianisme est issu du judaïsme, que leur histoire est intimement liée. Ici l'emploi polémique de cette expression concerne principalement la morale abstraite occidentalo-centrée entendue comme normative et négatrice des différences. Ce rejet de la morale dite judéo-chrétienne, entendue comme un fonds de valeurs sécularisées, a surtout en ligne de mire cette imposition d'une prétendue mission universelle des démocraties libérales qui n'aboutit qu'à dénier toute historicité aux peuples et à justifier l'inertie politique quant à un sens de l'histoire jugée seul bon. La (re)connaître ne suffit pas à y faire volte-face, c'est dans ce cadre-là qu'il faut interpréter ce parti-pris. Il s'agit d'interpeller les mentalités modernes, de dégager une véracité non pas historique mais historiale. Mais qu'en est-il de cette filiation ? Si Hegel reconnaît au judaïsme le mérite d'avoir rompu avec l'ordre naturel (« le spirituel y répudie immédiatement le sensible ») et que de cette rupture — signe d'une spiritualité consciente de soi — serait née la chrétienté, le christianisme ne peut pour autant être considéré comme une continuation et extension du judaïsme sacerdotal, sans aucune forme de rupture. L'Église catholique n'est pas plus une succursale de la synagogue (quoique parfois depuis Vatican II disent certains...) que la chrétienté médiévale européenne n'est une “religion sémite” (car puisant dans son propre génie culturel, not. grec pour ses fondements théologiques et romain pour ceux institutionnels et en tant que mission civilisatrice). Les querelles de chapelle ne sont par ailleurs que d'un faible intérêt pour les Européens de l'avenir, les Temps Modernes restent sombres si n'est appréhendé dans sa complexité le processus de sécularisation. C'est pourquoi par néo-paganisme est entendu non point nostalgie des origines ou bien réduction des religions à n'être que l’expression d’un particularisme identitaire, culturel et biologique, mais essentiellement une éthique de résistance, à la fois spirituelle et politique, s'occupant moins d'inversion que de transvaluation des valeurs.

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