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29/03/2012

Petit lexique du partisan européen. (XXXI). Sachons dès aujourd'hui de quoi l'on parle lorsqu'on use et abuse de certains mots!

◘ 31 - LIBERTÉ

La liberté est une faculté d'augmenter son pouvoir, de multiplier ses capacités d'action sur le réel et de conquérir par là une autonomie sur les déterminismes, qu'ils soient génétiques ou sociaux.

Cette définition s'oppose à la conception individualiste et égalitaire de la liberté, qui la considère comme une licence passive, comme une absence de contrainte. Cette dernière conception de la liberté est en fait à l'exact opposé de la nôtre. Pour se libérer des déterminismes, l'homme a besoin au contraire de la discipline d'une culture, c'est-à-dire de l'exercice d'une contrainte, à commencer par celle qu'il exerce sur lui-même par sa volonté. La conception libérale de la liberté est régressive : elle produit l'homme domestiqué, involué que nous connaissons, qui abdique son autonomie au profit d'un système social paternaliste. La liberté n'est donc nullement un "droit" comme le voudrait la philosophie des droits de l'homme ; elle est aussi une conquête. De ce fait, la "Liberté" comme absolu est un concept totalitaire qui ne recouvre pas de réalité. La liberté est plurielle (par exemple, parlons des libertés politiques, comme étant de droits conquis, garantis par la force, et ayant des contreparties). Génétiquement, l'homme naît dans un état de grande dépendance, mais sa déprogrammation, son ouverture au monde, en font un être virtuellement "libérable" ou virtuellement plus esclave encore qu'un animal. Plus est grande la liberté — c'est-à-dire l'éventail d'actes faisables par un homme à la suite de l'apprentissage culturel discipliné — plus importante est la contrainte subie. La liberté passe d'abord par la maîtrise de soi. Elle est donc, aussi bien en ce qui concerne les individus qu'en ce qui concerne les peuples, le privilège des forts. "La liberté, c'est la puissance" disait Hobbes.

Citation :

« (...) l’infatuation et l’esprit de chapelle allaient, comme d’habitude, venir à bout de l’intelligentsia française, qui était un peu le navire amiral de la subversion européenne. Les années 60 avaient été celles du naufrage du “matérialisme dialectique” qui, peu à peu, avait perdu toutes ses griffes ; il avait fallu céder le terrain au “nietzschéisme” qui, à son tour, commençait à s’effriter. Hegel, Marx, Nietzsche n’avaient bien sûr rien à voir avec tout cela, mais toute grande pensée, si affûtée soit-elle, périt toujours entre les mains de vestales trop zélées. Les vestales ne manquaient pas : nietzschéisme vagabond qui errait de Zarathoustra à la CFDT, nietzschéisme mondain pour les plus éveillés — aussi indispensable aux dîners parisiens que l’entremets de la maîtresse de maison — et enfin post-nietzschéisme postmoderne pour les plus demeurés ou les plus provinciaux, lassés des “grands récits” et des “luttes ringardes” qu’ils n’avaient jamais eu le courage de mener. Le style Cyber-Wolf, apolitique et blasé, commençait à pulluler : comment résister à la délicieuse frivolité de ceux qui se faisaient fort de “chier sur le négatif”, qui croyaient avoir enfin trouvé le secret de la jubilation permanente et prétendaient cultiver des orchidées dans le désert sans avoir à se préoccuper de l’épineux problème de l’arrosage ? Merveilleux Jardiniers du créatif qui voulaient s’envoler avant d’avoir appris à marcher et qui avaient oublié que la liberté, si elle ne réduit pas au caprice et au rêve, est aussi la maîtrise concrète — et souvent douloureuse — des conditions de la liberté. (Vivre et penser comme des porcs : De l’incitation à l’ennui et à l’envie dans les démocraties-marchés, G. Chatelet, 1998)

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  • « L'État véritable n'empiète pas sur les libertés », G. Faye, Vouloir n°1, 1983
  • « La liberté », J. Freund, in : L'Essence du politique, Sirey, 1965, pp. 314-316

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