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30/03/2012

Même les toutes puissantes compagnies pétrolières telles que Shell peuvent être attaquées et perdre subséquemment des intérêts qu'ils pensaient indétrônables.

L’homme qui fait trembler Shell

© Gary Allman/Flickr

 
29.03.2012 | 16:49

Par

John Donovan, ancien collaborateur de Shell révèle sur son site des informations compromettantes sur le géant pétrolier. Cette revanche personnelle aurait déjà coûté plusieurs milliards de dollars à la compagnie anglo-néerlandaise.

John Donovan est, à 64 ans, un homme méticuleux et très bien informé. Au point de faire trembler les dirigeants du géant pétrolier Shell. Depuis plusieurs années, il passe le plus clair de son temps à ce qu’il décrit comme son "super-hobby": alimenter le site internet royaldutchshellplc.com avec des scoops sur les méfaits de la multinationale.

Nous demandons simplement aux dirigeants de Shell de respecter les principes qu’ils prétendent déjà honorer.

Voilà en deux mots l’objectif du site: exposer les travers du géant pétrolier pour le forcer à s’en tenir à ses principes commerciaux d’intégrité, d’honnêteté et de transparence. "Shell veut attirer des actionnaires éthiques en se faisant passer pour une entreprise respectable", dénonce l’ancien collaborateur du groupe.

Grâce à un réseau d’informateurs hauts placés au sein de la compagnie pétrolière, le propriétaire et contributeur principal semble tout savoir. Entre l’entreprise et le retraité britannique, c’est avant tout une histoire personnelle.

Une querelle bien documentée

Les noms, les dates, les détails: le retraité anglais se rappelle de tout. Joint par téléphone, il récite son histoire avec Shell de manière méthodique, comme s’il l’avait répété. Il était une fois John Donovan et son père Alfred. Dans les années 1980, ils créent des opérations de promotion pour les clients de Shell.

Les jeux à gratter et autres loteries sont alors un grand succès auprès de la clientèle et dynamisent les ventes de carburant.

Mon père et moi avions une merveilleuse relation de confiance avec le groupe, ils étaient ravis de notre travail"

se rappelle Donovan, "mais tout a changé quand ils ont engagé un nouveau collaborateur dans leur service marketing". Ce nouvel arrivant s’approprie alors plusieurs des idées des Donovan et refuse de les rémunérer.

Au fil des quatre procès qui s’ensuivent, la relation entre Shell et ses anciens publicitaires se détériore à tel point qu’en 2004, quand Alfred Donovan apprend que l'entreprise s’apprête à changer son nom officiel, il saute sur l’occasion et se procure les droits du domaine internet Royaldutchshellplc.com.

Un site qui revendique son intégrité

John Donovan soutient qu’il vérifie systématiquement les informations qui lui sont communiquées en les faisant circuler auprès de plusieurs sources internes pour s’assurer de leur authenticité avant de les publier. Contactés mercredi par téléphone, Shell s'est refusé à tout commentaire au sujet de ce site gênant.

Il n’est pas rare que John Donovan trouve dans sa boîte mail des candidatures professionnelles, des propositions commerciales voire même des menaces terroristes adressées à l’entreprise pétrolière.

Le caractère anti-Shell du site devrait quand même être clair, mais il y a beaucoup de gens qui ne font pas attention.

Coup de grâce

John Donovan se souvient encore de son coup le plus marquant. Le 25 novembre 2005, il prévient le gouvernement russe que les normes de sécurité du projet Sakhaline-2 sont insuffisantes. Shell, actionnaire majoritaire de ce projet, voit sa part réduite de 55% à 27.5%. "En perdant leur part majoritaire, il est certain qu’ils ont dû renoncer à des dizaines de milliards de dollars" a confié John Donovan à Myeurop avec une pointe de fierté.

Le retraité bavard ne s’est pas arrêté à ce coup d’éclat. Financement de groupes armés au Nigéria, scandale de la surestimation des réserves de pétrole, discrimination contre les employés plus âgés dans certaines raffineries: John Donovan continue d'exposer les casseroles de la multinationale, et il n’est pas prêt de renoncer.

Je travaille sur le site sept jours sur sept, plusieurs heures par jour, et si je dois vivre aussi longtemps que mon père, qui fêtera ses 95 ans dans quelques jours, j’ai encore bien du temps à consacrer à mon petit passe-temps.

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