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05/04/2012

Henry Kissinger, le plus important voyou de la planète, annonce par sa dernière sortie le démembrement et le suicide du Système. Le chaos est donc proche pour lui.

La Syrie fait sortir Kissinger de ses gongs

05/04/2012

 

Nous allions le rater et c’eût été dommage, si l’on considère ce qu’il dit et ce qu’il pèse. Jusqu’ici, le vieux Henry Kissinger, l’homme de la realpolitik et de nombre de coups bas, mais aussi le “réaliste” intellectuel qui sait s’adapter aux changements politiques pour rester bien en cour dans le courant général du Système, avait à peu près soutenu toutes les incohérences brutales de la politique extérieure US d’après 9/11. (Même s'il a montré de plus en plus de pessimisme ces dernières années, il s'agissait plus de constater que de condamner.) Son comportement contrastait avec celui de Zbigniew Brezinski, son vieux compère et concurrent pour le prestige-Système intellectuel du temps de la Guerre froide. (Ils opérèrent à la même époque, dans les années 1970, Henry avec les républicains Nixon-Ford, Zbig avec le démocrate Carter, tous les deux armés du même cynisme pour réaliser les buts et les objectifs de puissance du Système.)

La première attaque notable de Brzezinski contre ce qui allait être classifié dans notre jargon comme la “politique-Système de l’idéologie et de l’instinct” fut rapportée sur ce site le 24 décembre 2003 ; Kissinger resta au contraire un soutien constant, et même souvent extrême, de cette politique. (On parle ici de la politique-Système, qu'elle fut appliquée et pratiquée par le républicain Bush ou le démocrate Obama.) En considération de tout cela, sa prise de position extrêmement sévère contre l’actuelle “politique d’intervention”, plus ou moins labellisée “humanitariste”, actuellement autour de la Syrie après la Libye, est extrêmement significative. Comme d’habitude, cette prise de position est fermement argumentée, et assez justement, car le vénérable Henry, aussi habile dialecticien que “vieille crapule” des arcanes de la politique du Système, sait de quoi il parle et sait y faire.

Son intervention, sous le titre de «A new doctrine of intervention?», date du 31 mars 2012 dans le Washington Post. Après avoir rappelé certaines des vertus de la politique de la Guerre froide, où les divers dictateurs aujourd’hui voués aux gémonies furent les complices et serviteurs officiels et choyés des USA, et particulièrement ses amis à lui, Kissinger poursuit, sur un ton extrêmement sévère, dans le sens d’une condamnation sans appel…

« …The pattern now emerging, if it fails to establish an appropriate relationship to its proclaimed goals, risks being inherently unstable from inception, which could submerge the values it proclaimed.

»The Arab Spring is widely presented as a regional, youth-led revolution on behalf of liberal democratic principles. Yet Libya is not ruled by such forces; it hardly continues as a state. Neither is Egypt, whose electoral majority (possibly permanent) is overwhelmingly Islamist. Nor do democrats seem to predominate in the Syrian opposition. The Arab League consensus on Syria is not shaped by countries previously distinguished by the practice or advocacy of democracy. Rather, it largely reflects the millennium-old conflict between Shiite and Sunni and an attempt to reclaim Sunni dominance from a Shiite minority. It is also precisely why so many minority groups, such as Druzes, Kurds and Christians, are uneasy about regime change in Syria.

»The confluence of many disparate grievances avowing general slogans is not yet a democratic outcome. With victory comes the need to distill a democratic evolution and establish a new locus of authority. The more sweeping the destruction of the existing order, the more difficult establishment of domestic authority is likely to prove and the more likely is the resort to force or the imposition of a universal ideology. The more fragmented a society grows, the greater the temptation to foster unity by appeals to a vision of a merged nationalism and Islamism targeting Western values.

»We must take care lest, in an era of shortened attention spans, revolutions turn, for the outside world, into a transitory Internet experience — watched intently for a few key moments, then tuned out once the main event is deemed over. The revolution will have to be judged by its destination, not its origin; its outcome, not its proclamations.

»For the United States, a doctrine of general humanitarian intervention in Middle East revolutions will prove unsustainable unless linked to a concept of American national security. Intervention needs to consider the strategic significance and social cohesion of a country (including the possibility of fracturing its complex sectarian makeup) and evaluate what can plausibly be constructed in place of the old regime. At this writing, traditional fundamentalist political forces, reinforced by alliance with radical revolutionaries, threaten to dominate the process while the social-network elements that shaped the beginning are being marginalized.

»U.S. public opinion has already recoiled from the scope of the efforts required to transform Vietnam, Iraq and Afghanistan. Do we believe that a less explicitly strategic involvement disclaiming a U.S. national interest will make nation-buildingless complex? Do we have a preference as to which groups come to power? Or are we agnostic so long as the mechanisms are electoral? If the latter, how do we avoid fostering a new absolutism legitimized by managed plebiscites and sect-based permanent majorities? What outcomes are compatible with America’s core strategic interests in the region? Will it be possible to combine strategic withdrawal from key countries and reduced military expenditures with doctrines of universal humanitarian intervention? Discussion of these issues has been largely absent from the debate over U.S. foreign policy regarding the Arab Spring.»

Quoi qu’on puisse penser de Kissinger, et Dieu sait si l’on peut en penser des tonnes, dans le sens des condamnations les plus virulentes de son action politique, de son cynisme, de son absence complète de scrupules sur les méthodes, sur les effets et les conséquences de ses intrigues et de ses politiques, sur son dévouement aveugle et fort lucratif au Système, sur son appui sans faille à la politique de puissance (politique inspirée historiquement de l’“idéal de la puissance”, selon Guglielmo Ferrero), quoi qu’on en puisse penser la “vielle canaille” n’en reste pas moins un des “vieux sages” respectés du Système, sinon le plus prestigieux. Jusqu’ici, on l’a dit, il a plus ou moins soutenu, et plutôt plus que moins, toutes les folies forcées par le Système et mises en musique par les neocons et assimilés, notamment au nom de l’expansion de la vertueuse démocratie dont lui, Kissinger, se fiche du tiers comme du quart. Avec la Syrie, soudainement, une condamnation aussi peu nuancée de la politique US, en général et plus justement dit tant il s’agit d’une politique-Système, de la “politique du bloc BAO”, voilà qui constitue sans aucun doute un événement.

Puisqu’il prend position dans le camp des adversaires de cette politique, accueillons-le pour ce qu’il est, sans la moindre illusion à son propos, comme un “allié objectif” de grand poids dans ce qui est de facto un courant antiSystème. Nous observons aussitôt qu’il faut que cette politique soit vraiment catastrophique, y compris et surtout du point de vue des intérêts objectifs du Système, pour qu’un tel personnage se découvre comme il le fait, lui qui fut toujours si attentif à sa bonne réputation par rapport au pouvoir en cours. Il faut, en d’autres mots, en vérité, qu’il soit devenu absolument évident pour le jugement que la politique de surpuissance du Système est absolument entrée dans sa phase d’autodestruction ; car c’est bien en partisan du Système qu’il a toujours été, “pour le bien” du Système si l’on veut, qu’il effectue cette attaque… Kissinger nous confirme, s’il en était besoin, que le Système est devenu fou avec son basculement surpuissance-autodestruction ; que ses directions politiques sont effectivement emportées par l’épisode maniaque constant de leur maniaco-dépression qui leur fait accepter toutes les illusions virtualistes et fabriquées du système de la communication qui mène ce jeu complètement faussaire et fabriqué.

Dès l’origine, lorsqu’il était un brillant jeune professeur, la “vieille crapule” s’est montré l’ami de l’ordre du Système, de la puissance irrésistible mais stabilisatrice de la politique-Système pour permettre de faire profit de ses actes brutaux et unilatéraux. Kissinger, enfin poussé à laisser parler son jugement cynique, ne reconnaît plus rien de cette sorte de rangement. Il ne voit que désordre, imprévoyance, aveuglement, incohérence, et surtout gaspillage extraordinaire de cette puissance dont il sut si bien, lui, manier les effets à l’avantage du Système (et à l’avantage de sa carrière, ceci n’allant pas sans cela). Nous avons là un avis diablement autorisé, l’avis du plus diabolique d’entre tous. Le Diable ne rit plus du tout du comportement de sa créature, il commence même à être diablement inquiet. Il le dit. Cela se sait, et cela instillera encore plus d’incertitude, d’inconséquence, de désordre, dans les psychologies, les esprits et les rouages de créatures-Système qui ont perdu le sens des choses, même des choses les plus perverses, et qui tournent comme autant d’insectes aveuglés et affolés par la lumière brillante de l’incendie qu’ils ont allumé. La “vieille crapule” nous confirme que nous sommes au crépuscule furieux et complètement incohérent du Système. S’il perd, le Système déstructurant et dissolvant, le soutien de son estimé et très fidèle Kissinger, cela signifie qu’il est en train de se disloquer et de s’éparpiller comme une vieille chose déstructurée et en cours de dissolution.

 

Mis en ligne le 5 avril 2012 à 04H51

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