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06/04/2012

Petit lexique du partisan européen. (XXXIX). Sachons dès aujourd'hui de quoi l'on parle lorsqu'on use et abuse de certains mots!

◘ 39 - NOMINALISME

monk210.jpgPosition philosophique, élaborée au Moyen Âge contre la scolastique chrétienne, et qui, en refusant l'universalisme et en proposant une vision relativiste du monde et des valeurs, renoue avec le polythéisme des cosmogonies païennes.

Pour le nominalisme, les universaux ne sont que des “mots”, et les “noms” que nous donnons aux choses ne recouvrent aucune réalité en soi ; ce sont des concepts relatifs, des grilles interprétatives dont nous avons besoin pour vivre dans le monde. De ce point de vue, la perspective polythéiste, en philosophie comme en sciences sociales, se rattache au nominalisme. D'autre part, le nominalisme postule un refus des “essences” : le point de vue nominaliste tend par là à privilégier les “étants” par rapport à “l'être”, le devenir par rapport au finalisme historique (fin de l'histoire par la réalisation de sa propre essence), le monde réel par rapport aux utopies, les valeurs particulières par rapport aux absolus et aux normes révélées, etc. Néanmoins, le nominalisme ne saurait lui non plus être systématisé : il mènerait alors ce qui s'est produit à l'individualisme ou au nihilisme par un relativisme systématique. Il fut adopter un “nominalisme minimal” qui considère les valeurs comme relatives “dans l'absolu” et comme “absolues” dans le relatif : chaque peuple, par ex., peut placer au-dessus de tout, et de la vie, ses propres valeurs, tout en les considérant comme relatives, comme son propre bien et non celui de l'humanité.

Le néo-paganisme et l'épistémologie moderne se conjuguent assez bien pour aller dans ce sens anti-universaliste, le premier affirme tout de même la vocation à “l'universel”, c'est-à-dire à l'expansion, gouvernée par la volonté-de-puissance, de ses propres valeurs dans un esprit, non de conversion de l'autre, mais de domination (perçue comme aléatoire et provisoire) ; la seconde ne reconnait plus dans l'univers aucune “loi” universelle ni la possibilité d'aucune connaissance parfaite des lois de la nature, mais valide néanmoins la volonté de l'homme de maîtriser le cosmos, de l'arraisonner sans limitation d'ambition, mais en sachant que la maîtrise totale est impossible. Le nominalisme païen veut la montée-en-puissance de ses valeurs, leur “mouvement ascendant”, mais il ne les veut pas "installées", triomphante à jamais — (cf. tragique) — ce qui est d'ailleurs impossible, car contraire aux lois de la vie. Le nominalisme est ainsi lié à une philosophie tragique de la vie : il faut, bien sûr, “faire les choses” — tout en sachant qu'elles sont provisoires, fragiles, mortelles. Il faut se choisir des valeurs, tout en sachant que c'est notre choix qui les faits valeurs, qui les installe comme valeurs.

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