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09/04/2012

"Les slogans font beaucoup d'effet lors de la lutte pour le pouvoir, mais après la victoire..." La Suède dans le chaos politique. Les ministres démissionnent, à cause de transactions secrètes d'armes avec le gendarme du Moyen-Orient, l'Arabie Saoudite.

Les armes des vikings et le gendarme du Moyen-Orient

8.04.2012, 15:40

Les armes des vikings et le gendarme du Moyen-Orient

© Collage: « La Voix de la Russie »
 
     
Le scandale de l’armement en Suède commence à prendre de l’ampleur : le ministre de la Défense du pays vient de démissionner. Comme l'a déclaré le chef du ministère de la Défense, cette décision a été provoquée par les médias qui ont accusé Sten Tolgfors de collaborer avec le « régime de dictature de l'Arabie saoudite ».

Alors que les journalistes sont en train de révéler de nouveaux détails de ces tractations secrètes, la liste des démissions a été complétée par d’autres fonctionnaires suédois haut-placés.

Les exportations d'armes vers l'Arabie Saoudite ne sont pas interdites officiellement en Suède. Cependant, l'opposition de gauche met l'accent sur le fait que tous les accords avec Riyad étaient faits en secret, sans que l’opinion publique en soit informée. Et la société suédoise est loin de soutenir ce type de transactions, surtout après les événements du «Printemps arabe».

Comme cela était annoncé, l'objectif du projet « Simoom », dont le coût est estimé à plusieurs milliards de couronnes suédoises – c’est d’aider les Saoudiens à construire la première usine destinée à produire des explosifs et des missiles antichar. Toutefois, les choses ne sont pas allées jusqu’à la construction de l'usine. Mais les détails de la transaction planifiée ont commencé à faire surface.

Il s'est avéré que les gouvernements de la Suède et de l'Arabie saoudite auraient signé un accord de coopération en 2005. Et en 2007, l'Agence de recherche de Défense suédoise (FOI) a conclu un autre accord secret avec l'Arabie saoudite. Au moment où le gouvernement de Frederik Reinfeldt est arrivé au pouvoir, la situation au Moyen-Orient a changé de façon spectaculaire, aboutissant au « Printemps arabe ». Vu la situation, la livraison des armes « au policier arabe » mettait Stockholm dans une situation plutôt inconfortable, en provoquant la baisse de popularité de l'alliance politique au pouvoir. Toutefois, les Saoudiens ont prévenu que si la Suède refuse de construire l'usine, Riyad refusera d’acheter à Stockholm des radars qui coûtent environ 7 milliards de dollars. En conséquence, la Suède a pris la décision de dissimuler la transaction. Le ministère de la Défense du pays a conclu un accord avec l’Arabie saoudite pour la construction d’une usine dans le désert, en tentant de cacher ou de détruire les détails des négociations. Mais il s'est avéré que certaines traces ont refait surface : l'opposition et les journalistes ont réussi à trouver suffisamment de preuves de l’activité de vente d’armes en cachette.

Ce scandale suscite toutefois des interrogations. Pour la Suède, la fabrication et la vente d'armes – ce sont des sources traditionnelles de revenus. L'interdiction sur la coopération avec Riyad n’est pas inscrite dans le droit suédois. Dans le même temps la Suède est connue pour sa politique de neutralité et le non-alignement avec les différents groupements politiques. C'est justement cette carte qu’ont décidé de jouer des adversaires de l'actuel gouvernement conservateur, estime le professeur du Centre des recherches de l’Europe du Nord Lev Voronkov.

« Le scandale actuel est provoqué par le fait que les actions du gouvernement sont estimées par l'opinion publique en Suède comme un écart de la politique traditionnelle de la liberté d'association », considère-t-il. « Cela a naturellement provoqué une opposition de la part des partis de gauche. Ils essaient de profiter de la situation pour gagner des voix aux prochaines élections parlementaires ».

Les ONG occidentales considèrent que l’Arabie saoudite est l’une des dictatures les plus sévères dans le monde. La loi de la charia, qui autorise notamment la peine de mort y est appliquée. Dans le même temps, les capitales occidentales ne voient pas en cela des violations des Droits de l'Homme, alors que pour des «péchés» moins importants, les pays occidentaux ont puni Mouammar Kadhafi et sont prêts à punir Bachar al-Assad. Bien qu’il soit paradoxal, ce phénomène s’explique facilement, affirme le président du Fonds de recherche des problèmes de la démocratie Maxime Grigoriev.

« L'Arabie saoudite est l'un des principaux fournisseurs des ressources énergétiques. Un assez grand nombre de personnes appartenant à l'élite politique et économique des États-Unis obtient des revenus conséquents des différentes formes de coopération avec les Saoudiens. Evidemment, vu la situation, on ne fait aucune tentative de discuter avec eux de l’éloignement de la politique de violation des Droits de l’Homme ».

Entre temps, les principaux ministres du gouvernement suédois démissionnent l’un après l’autre à Stockholm. Et il n’est pas exclu que le chef du gouvernement les suive, et que les pouvoirs de la gauche arrivent par la suite au pouvoir. Refuseront-ils alors d’armer le « gendarme du Proche Orient » ? La plupart des analystes estiment que cela ne sera pas le cas. Les slogans font beaucoup d’effet lors de la lutte pour le pouvoir. Mais après la victoire, il est très difficile de renoncer à des milliards qu’on peut gagner grâce à la vente d’armes.

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