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14/04/2012

Les Russes ont donc affirmé officiellement leur volonté politique d'engager leur force navale au large de la Syrie afin de contrer l'influence de l'OTAN et des USA en Méditerranée.

Iran, Syrie et l’avancement de la crise haute

14/04/2012

 

La conjonction des événements définit la crise haute, ou plutôt marque son évolution : cessez-le-feu en Syrie, rencontre du groupe poétiquement identifié comme P5+1 sur et avec l’Iran, à Istanboul. Les deux crises majeures (Syrie et Iran) sont cette fois formellement connectées et tendent à s’intégrer, à s’amalgamer, ce qui est effectivement la marque de la crise haute. Les deux évènements cités ci-dessous, avec des effets divers sur le terrain et pour l’instant aucun effet radical de rupture du cours des crises, tendent surtout à marquer l’évolution vers la diversification évènementielle et l’affaiblissement des schémas radicaux et idéologiques de départ.

Parallèlement et d’une façon très logique, les positions spécifiques et respectives des uns et des autres, des acteurs divers, tendent à évoluer, à se nuancer. Il y a notamment des diversifications à l’intérieur de la coalition autour du bloc BAO et un raffermissement du front qui lui fait face, et des liens de connivences ou de manœuvres entre les deux partis qui doivent être de moins en moins caractérisés comme tels, c’est-à-dire selon une opposition claire…

• Le 13 avril 2012, le site DEBKAFiles publie une analyse générale de cette situation que nous nommons “crise haute”, avec intégration des crises syrienne et iranienne. L’analyse se marque principalement, selon notre jugement, par la description de l’attitude maximaliste de l’Arabie, en opposition critique avec ce qui est perçu comme l’attitude conjointe des USA et de la Turquie.

«A large Saudi delegation headed by Defense Minister Prince Salman visited London and Washington this week. In addition to their top-level talks with President Obama and Prime Minister David Cameron and their heads of defense, they also talked to British and US army chiefs dealing with the military side of the Persian Gulf. In London, Prince Salman had a long conversation with Air Chief Marshal Sir Simon Bryant and later in Washington with Gen. James Mattis and the president’s adviser on terror John O. Brennan. Their focus of concern appeared to have shifted from a possible US or Israeli attack on Iran’s nuclear program and its consequences over to a potential clash between Iran and Saudi Arabia.

»On Syria, Obama and Saudi King Abdullah are at odds. The former stands solidly against US military intervention against the Assad regime, whereas the latter is pressing for heightened Western and Arab military involvement in Syria including a supply of heavy weapons for the rebels fighting government forces. Turkish Prime Minister Tayyip Erdogan was in Riyadh Wednesday but failed to convince the king to line up behind the Washington-Ankara policy on Syria. With Iranian and Russian support, Assad has managed to turn the tables on Turkey. Friday’s Saudi newspaper Shawq al-Awsat mocked Ankara and its oft-repeated, never-fulfilled proposal to set up a buffer zone in Syria for refugees with a sarcastic headline: “Did al-Assad set up a buffer zone in Turkey?”»

• Cet aspect de la situation est marqué par la situation intérieure des deux grands “alliés”, USA et Arabie. DEBKAFiles met en évidence qu’Obama a comme tactique de “parler dur” mais surtout de ne rien faire qui puisse ressembler à un engagement militaire, sur l’un ou l’autre front (syrien et iranien). La cause tient simplement dans le fait des élections présidentielles, pour lesquelles BHO veut satisfaire d’un point de vue rhétorique les divers lobbies bellicistes tout en ne contrariant en rien les électeurs déjà excédés par les conflits en cours et qui ne veulent entendre parler d’aucun nouveau front de quelque sorte que ce soit. Au contraire, l’Arabie est pressée par une situation intérieure en pleine détérioration (nombreuses manifestations de contestation du régime). La panique gagne une direction divisée entre ses multiples princes, dont le climat psychologique a toujours été la peur fondée sur une légitimité douteuse. Les Saoudiens croient à leur propre virtualisme qui est de voir dans toutes leurs difficultés la main de l’Iran ; ils songent à passer d’une confrontation offensive avec la Syrie que personne (USA, Turquie) ne semble vouloir suivre, à une confrontation “défensive” avec l’Iran qui devrait pourtant rester au stade de la velléité et les exposer encore plus à leur fragilité intérieure ; hors des mannes financières, l’Arabie, à l’image de la psychologie de sa direction, est marquée par la velléité et la fragilité des régimes dont la “légitimité” repose sur des masses d’argent, c’est-à-dire sur le contraire d’elle-même (la corruption étant le contraire assurée de la légitimité).

• De l’autre côté, ou disons “en face”, quoique les lignes de séparation soient de moins en moins nettes avec toutes ces fluctuations, la stratégie est plutôt à la diversification des mesures effectives. En Syrie, il y a le cessez-le-feu qui tient de bric et de broc, et que les Russes veulent verrouiller au plus vite avec l’envoi d’observateurs de l’ONU, avec une attitude US en faveur de cette mesure mais assorties de conditions anti-Assad dont les Russes ne veulent pas. (Voir Antiwar.com du 13 avril 2012 : «The US draft calls for the deployment of the initial wave of observers, but also included a number of demands on the Assad regime, and a broad condemnation of “widespread violations of human rights.” Russia objected to the inclusion of the condemnations and demands, and has pushed an alternative “single issue” resolution that approves the observers.»)

• Les “mesures effectives” sont illustrées notamment par ces deux évènements qu’on doit qualifier de “navals”, et qui élargissent par conséquent le champ d’appréciation de la crise haute. D’une part, il y a les déclarations (voir Novosti, le 13 avril 2012) du ministère russe de la défense confirmant officiellement que la politique russe est désormais d’une présence navale militaire effective en Syrie et au large de la Syrie, présentée explicitement comme une mesure tendant à “équilibrer” les forces navales de pays de l’OTAN réunies dans la zone ; la présence navale russe est donc officiellement présentée comme liée à la crise et cette officialisation d’un fait par ailleurs évident est en soi un acte politique. Les Russes n’excluent pas le déploiement d’un élément plus puissant que les simples unités individuelles, c’est-à-dire d’un groupe de combat naval détaché de la Flotte de la Mer Noire.

• Sur le même champ d’action naval, l’Iran développe une tactique de “guérilla” des mers à partir de l’évolution de ses pétroliers, pour tourner l’embargo du bloc BAO. Il s’agit d’une tactique de suppression des moyens volontaires de contrôle et de suivi de leurs évolutions activées par les pétroliers pour des raisons de sécurité, et qui sont désactivés par les Iraniens. Les Chinois devraient aider puissamment les Iraniens dans ce sens, à partir de leur propre flotte transportant du pétrole iranien qui pourrait adopter des procédures de camouflage similaires, et aussi en fournissant aux Iraniens des pétroliers supplémentaires. C’est Reuters qui, le 13 avril 2012, à partir de Londres et sans aucun doute à partir de sources chez les affréteurs navals et les assureurs de ces transactions qui jouent un rôle essentiel dans ce jeu, donne de longues précisions sur cette tactique stealth des Iraniens. L’embargo ne cesse d’être une stratégie de plus en plus complexe, avec de multiples effets pervers, et le développement d’une sorte de guerre de piraterie par rapport aux règles autoritaires et illégales du point de vue du droit international que le bloc BAO, les USA en tête bien sûr, tentent d’imposer unilatéralement au reste du monde.

«Iran is concealing the destination of its oil sales by disabling tracking systems aboard its tanker fleet, making it difficult to assess how much crude Tehran is exporting as it seeks to counter Western sanctions aimed at cutting its oil revenues. Most of Iran's 39-strong fleet of tankers is now “off-radar” after Tehran ordered captains in the National Iranian Tanker Co (NITC) to switch off the black box transponders that are used in the shipping industry to monitor vessel movements, oil industry, trading and shipping sources said. “Iran, helped by its customers, is trying to obfuscate as much as possible,” said a senior executive at a national oil company that has done business with Iran. […]

»Ship captains steering NITC supertankers have switched off recognition systems and customers are keeping business strictly under wraps. “People are being very secretive right now. They are not talking about this on email, Yahoo or mobile,” said the head of a crude oil desk at a top oil trading houses.

»A Reuters' survey of the Iranian fleet via the ship tracking system AIS (Automatic Identification System) Live shows only seven of its 25 very large crude carriers are still operating on-board transponders, allowing computers to track vessels. Only two of NITC's nine smaller Suezmax size tankers now have their tracking systems in operation, shipping sources say. “NITC oil tankers are going to operate in stealth mode,” said a shipping official, who declined to be identified.»

Ce qui est remarquable, effectivement, c’est la diversification et l’élargissement des crises, ou de la “crise haute” regroupant toutes ces crises. Cette évolution comprend des facteurs très divers, aussi bien militaires et très matériels, que politiques dans le chef des positions des uns et des autres qui varient. On “découvre” donc ou plutôt l’on voit confirmé, sans surprise excessive, le fait que le bloc BAO et consorts est évidemment de beaucoup l’acteur le plus fragile, à cause de la diversité des intentions, des intérêts et des perceptions des uns et des autres. C’est l’habituelle rengaine dans ces monstrueuses coalitions que le Système adore rassembler, sans doute pour se faire croire à son universalité et à sa légalité. (“Monstrueuses” en nombre et en composition, c’est-à-dire autant par l’empilement des “coalisés” sous des motifs et selon des moyens très divers, autant par les oppositions et les paradoxes qui existent entre les participants.) Dans ce tableau très patchwork, il est évident que l’Arabie devient un maillon plutôt incontrôlable que seulement faible, et cela à cause de la psychologie absolument paniquée d’une direction corrompue jusqu’à l’os et sans aucune légitimité. En face, entre Russes, Syriens, Iraniens, Chinois, etc., la cohésion et l’efficacité est nettement meilleure, pour les raisons inverses à celles qui rendent le bloc BAO et consorts si incertain : les perceptions et les analyses sont proches, ainsi que les intérêts, et le rassemblement n’est nullement contraint par des moyens artificiels et de contrainte ; il existe évidemment des différences entre Russes et Chinois d’une part, Syriens et Iraniens d’autre part, qui tiennent à un degré d’implication différent des deux groupes, mais ces différences sont gérées d’une façon bénéfique pour les uns et les autres. (Russes et Chinois assurent la modération diplomatique tout en assurant une présence de puissance d’un grand poids, et d’un poids effectivement présent pour les Russes ; Syriens et Iraniens constituent l’élément qui lient l’ensemble aux urgences de la situation opérationnelle.)

Les “moyens“ autant que les évènements se diversifient également. Le plus remarquable et le plus caractéristique dans ce domaine est documenté par la trouvaille de Reuters sur la façon dont les Iraniens gèrent leur flotte de tankers, avec l’aide subreptice sinon affichée des Chinois. Ces ripostes très spécifiques rencontrent des avis de spécialistes des questions pétrolières, qui estiment que l’embargo sur le pétrole iranien, autant à cause de l’importance du pays que des caractères d’une activité (vente, circulation du brut, etc.) extrêmement manipulable et contrôlée par des forces habiles à tourner les législations avec une multitude de moyens, est une entreprise vouée à l’échec. Le résultat le plus assuré est que la confusion et le caractère incontrôlable du commerce du pétrole vont encore grandir, rendant cette matière première essentielle à l’économie encore plus vulnérable à la spéculation, à la manipulation de ses prix, et ainsi de suite. Le résultat, sans surprise là aussi, est une menace encore plus grande contre l’équilibre chancelant, et complètement artificiel et faussaire, d’une économie mondiale toujours en pleine crise. De ce point de vue également, l’extension de la crise haute continue à se développer à bon régime.

 

Mis en ligne le 14 avril 2012 à 09H51

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