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15/04/2012

Petit lexique du partisan européen. (XLVIII). Sachons dès aujourd'hui de quoi l'on parle lorsqu'on use et abuse de certains mots!

◘ 48 - RÉGION

p1710.jpgLa région avec l'émergence des États-nations est le plus souvent caractérisé au sein de la Modernité comme un sous-ensemble territorial. Or sa spécificité et sa continuité procèdent de l'interaction de facteurs géographiques et historiques, c'est-à-dire résultent de la confrontation et de l'intégration de la culture d'un groupe humain à un milieu naturel donné. C'est pourquoi il est légitime de considérer la région comme constituant, selon une vision organiciste du monde, la projection dans l'espace d'un niveau spécifique d'organisation d'une communauté politique.

« Une individualité géographique ne résulte pas de simples considérations de géologie ou de climat. Ce n'est pas une chose donnée d'avance par la nature. Il faut partir de cette idée qu'une contrée est un réservoir ou dorment des énergies dont la nature a déposé le germe, mais dont l'emploi dépend de l'homme. C'est lui qui, en la pliant à son usage, et en lumière son individualité. Il établit une connexion entre des traits épars ; aux effets incohérents de circonstances locales il substitue un concours systématique de forces. C'est alors qu'une contrée se précise et se différencie, et qu'elle devient à la longue comme une médaille frappée à l'effigie d'un peuple » (Vidal de la Blanche).

Les grands espaces structurés par le maillage régional sont caractéristiques des plus anciennes civilisations sédentaires. C'est en effet avec l'émergence de ces dernières, conséquence directe de la “révolution néolithique”, qu'a vraiment commencé le processus d'enracinement de l'homme sur son sol. Les innovations culturelles décisives que représentent les techniques agricoles puis métallurgiques ont permis l'action grandissante des divers groupes humains sur leur environnement. C'est alors, à partir des premiers noyaux développés, devenus greniers et ateliers, qu'a pu démarrer la grande entreprise humaine d'habitabilité du monde.

Il s'agit là d'un phénomène très complexe, marqué dès le départ par un double mouvement évoluant sur un rythme pendulaire : processus d'homogénéisation d'une part, de différenciation d'autre part. En effet, intégration et assimilation (acculturation) ont été des traits permanents de la dynamique d'expansion des grandes civilisations. Mais, par ailleurs, cette logique a toujours subi la triple contrainte des facteurs temps, espace et variabilité culturelle — cette dernière renvoyant à l'élément spécifiquement humain, le plus décisif — qui constituent en fait les 3 dimensions fondamentales propres à l'histoire elle-même. C'est le jeu combiné de ces 3 facteurs qui est à l'origine du caractère très changeant et très mobile des faits humains, et partant, de leur diversité.

Nous n'insisterons pas sur le facteur temps : conditionnant les deux autres, il introduit immédiatement les notions d'évolution et de mutation. La variabilité culturelle, quant à elle, découle de la nature génétiquement "ouverte", non entièrement déterminée du comportement humain. Face à un milieu changeant, il y a adaptation libre : la nature propose, l'homme dispose. Enfin, retenons le rôle capital de la dimension spatiale, top souvent négligée. Elle est le théâtre de l'action humaine. Or, celui-ci n'est pas indifférencié ; la surface terrestre et, par conséquent, les conditions qui y règnent, ne sont pas uniformes. Dès lors, la localisation d'un phénomène en un point particulier de l'espace n'est pas du tout indifférente (cf. géopolitique). Les grandes civilisations historiques ne se sont pas développées au hasard mais, tout au contraire, dans des zones bien déterminées. Leur éclosion a été favorisée là où un certain nombre de conditions géographiques avantageuses étaient réunies. De même à l'intérieur de ces aires de cevilisation, l'habitat s'est établi de préférence dans les contrées les plus propices aux besoins de l'homme. Le peuplement humain n'a donc jamais été uniformément réparti. À l'origine, de vaste zones en friche, quasi vides de toute présence humaine — forêts, landes, montagnes, steppes, etc. — entouraient les noyaux habités. Avec les progrès techniques et démographiques, ces “déserts” se sont peu à peu réduits, mais la distance entre groupes humains, en tant qu'expression de la dimension spatiale, ne saurait être annulée.

Le fait régional est né dans ce contexte : il est le résultat d'une confrontation séculaire, voire millénaire, entre les données géographiques particulières d'un sol et la [culture] spécifique d'une population. Il est à noter que, vu le confinement toujours relatif de celle-ci, les influences extérieures qu'elle subit, lesquelles contribuent pour une bonne part à la maturation de son identité — par une stimulation et une assimilation active —, dépendent également de la situation géographique du territoire considéré.

Historiquement, 2 grandes zones de civilisation ont constitué les pôles culturels et géopolitiques de l'ancien monde — qui fut longtemps le monde tout court : l'Europe et la Chine. Dans les 2 cas, nous observons des ensembles dont la diversification interne et la très ancienne structuration régionale offrent un parallélisme saisissant. Dans le cas de l'Europe, auquel nous nous attachons ici, l'histoire enseigne que sa structure régionalisée constitue un de ses traits distinctifs fondamentaux. C'est ce caractère qui la distingue de son prolongement russo-sibérien. Car l'Europe — indûment élevée au rang de “continent” par le chauvinisme des géographes européens — n'est en réalité que la pointe occidentale de l'Eurasie et aucune limite géographique précise ne vient la séparer des profondeurs de l'espace eurasiatique, si ce n'est justement la structure compartimentée de son paysage et l'articulation multiple de sa conformation, partout pénétrée par les mers ou découpées par les chaînes de montagnes ; configuration qui l'oppose sur le levant à la massivité indifférenciée de la plaine russe. Là, entre Baltique et mer Noire, à l'est d'une ligne Könisberg-Odessa, jamais aucune région historique n'a pu véritablement prendre corps : l'observateur n'enregistre que "gouvernements", "districts", "khanats", balayés par le vent de la steppe ou barrés par des forêts infinies. Exception notable : les pays baltes. Leur exemple illustre bien le caractère culturel et politique du régionalisme européen. De fait, sur les marches, même là où la géographie ne fournissait aucun cadre marquant, des ethnies européennes se sont battues tout autant pour façonner le paysage selon leur génir propre que pour préserver ou imposer leurs institutions face à un environnement hostile. Tel fut le cas des Allemands entre Oder et Niémen ou précisément dans le Baltikum, le cas aussi des peuples hispaniques lors de la reconquista.

Ainsi, la structure régionale de l'Europe constitue son armature profonde, moulée par les siècles et, malgré de continuelles oscillation locales, depuis longtemps stabilisées — en grande partie depuis le Haut Moyen Âge, plus tardivement dans les zones périphériques. Autrement dit, les régions représentent les briques consitutives de l'Europe, ses éléments permanents, avec et par-dessus lesquels se sont faits et défaits les divers empires, nations et États qui ont marqué son histoire : il s'agit là d'une manifestation de l'essence “polythéiste” de la culture commune des peuples européens. Dès lors, toute construction d'un authentique Empire Européen devra non seulement prendre en compte le fait régional mais encore le fondement même de l'édifice. Dans cette perpective, la région est perçue comme une composante organique essentielle d'un État communautaire et le régionalisme conçu comme une arme stratégique en vue de l'instauration d'une Europe politique unifiée.

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