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19/04/2012

Les commandes de JSF (joie sans fondement) F-35 deviennent de plus en plus furtives pour Lockheed-Martin et scénarisent la nouvelle comédie burlesque du siècle digne des "Groucho Marx".

Le Benelux existe, le JSF l’a requinqué

19/04/2012

 

Il y a exactement vingt ans, un journaliste parisien de passage à l’OTAN, très bien informé comme on l’est dans les rédacs-salons parisiens, de tout et notamment des affaires de Bruxelles, nous confiait, à voix basse, comme on vous passe un secret d’État : «Si tu veux un scoop, regarde du côté de la Force Aérienne (Belge), ils vont fusionner avec les Hollandais, les Belges vont regrouper les avions de transport et les Hollandais, les avions de combat.» Par stupide esprit sectaire (estime réduite pour les salons), et aveuglement professionnel (“pourquoi n’exploite-t-il pas, lui, ce canard déjà criblé de balles ?” – On parlait de cette opération de fusion depuis 1975 et l’achat en commun de F-16, avec le succès qu’on voit), nous n’avions pas obtempéré. (Nous doutions-nous qu’ainsi nous brisions notre carrière parisienne ?)

En 1998, au cours d’une rencontre amicale, un très haut personnage de l’État, comme il en existe en Belgique, mais du côté du Sénat, nous disait qu’au cours d’une visite à Washington, il avait eu droit au briefing traditionnel du Pentagone. On lui avait parlé de tous les avions US, sauf, – surprise, – du JSF, lancé en 1993 (d’abord connu comme JAST), et qu’on polissait déjà pour un investissement massif des marchés extérieurs, chez les amis : «Je leur ai demandé pourquoi ils ne disaient rien du JSF ; tu sais ce qu’ils ont répondu ? “Parce que nous savons que la Belgique n’achètera jamais le JSF”.»

Quatre ans plus tard, lorsque la Hollande annonça le choix du JSF, en février 2002, le ministre belge de la défense, André Flahaut, ayant en général la réputation chez ses collègues d’un paysan qui aurait été mieux à l’agriculture, se lançait dans des déclarations qu’on put apprécier comme courageuses à l’époque, et notablement bien informées pour une documentation d'étable et de prés où aller paître. (Voir notre texte du 15 février 2002, – qui, bien entendu, parle d’un programme JSF tel qu’il était alors présenté à Disneyworld.) :

«La Belgique ne se sent pas liée par la décision des Pays-Bas de s'engager dans le programme de chasseur américain JSF, a affirmé dimanche [10 février] le ministre belge de la Défense, M. André Flahaut, qui a implicitement regretté un choix fait sans concertation avec ses partenaires européens. [...] [La décision néerlandaise], en principe purement “industrielle”, contraindra toutefois de facto les Pays-Bas à acquérir le F-35 vers 2010 pour remplacer les 137 F-16 de la force aérienne néerlandaise (KLu). La Haye a prévu de dépenser près de six milliards d'euros pour cet achat et estime pouvoir ainsi acheter 85 appareils. “Les Pays-Bas sont un État souverain, la Belgique aussi. Elle ne se sent pas liée par le choix néerlandais”, a affirmé M. Flahaut à l'Agence Belga dans l'avion qui l'amenait dimanche au Bénin pour une visite de trois jours.

»Le ministre de la Défense a rappelé que le gouvernement belge avait décidé en mai 2000, en adoptant le “plan stratégique” de modernisation de l'armée sur quinze ans de ne pas s'engager dans le programme JSF, comme le proposaient les Etat-Unis, et de conserver ses F-16 en service jusqu'en 2015. La Belgique devrait alors acheter un avion existant [“sur étagère”] et M. Flahaut n'a pas caché dimanche sa préférence pour “une solution européenne”. [...] M. Flahaut a regretté que les Pays-Bas n'aient pas, en choisissant le JSF, fait preuve de “cohérence européenne” comme les ministres de la Défense des Quinze en avaient convenu en adoptant l'an dernier un “plan d'action” pour remédier aux faiblesses militaires de l'UE. [...] Selon M. Flahaut, les Pays-Bas n'ont procédé à aucune concertation avec la Belgique avant de prendre leur décision, alors que les deux pays sont liés depuis 1996 par un accord de coopération aérienne baptisé ‘Deployable Air Task Force’ (DATF) en vertu duquel les F-16 belges et néerlandais ont opéré conjointement lors du conflit du Kosovo, au printemps 1999.»

Où en sommes-nous dix ans plus tard… Eh bien, l’on comprend que le formidable succès du JSF ait séduit les plus réticents, tant le programme est porteur d’avenir, d’un avenir si considérable qu’on ne le distingue même pas, tant il est loin, loin, loin, ce qui est le propre de l’avenir et donc du JSF… Entretemps, bonne nouvelle, André Flahaut est retourné à ses étables et à ses prés, remplacé par le Flamand De Craem. Le ministre de la défense De Craem est largement vainqueur par KO dans la compétition du “meilleur ami belge de l’Amérique” ; cela ne peut être contesté puisqu’il a l’honneur d’avoir été le premier Belge mentionné sur un télégramme de l’ambassade US à Bruxelles, de la livraison WikiLeaks… Comme l’expliquait Le Soir, du 28 janvier 2011, révélation suivie de confirmations de De Craem, qui “assume” («c’est proche de la vérité»)…

«Le premier des câbles diplomatiques concernant la Belgique et dévoilé par De Standaard révèle comment le ministre Pieter De Crem (CD&V) a aidé les Américains à convaincre le Premier ministre Yves Leterme et le ministre des Affaires étrangères Steven Vanackere (tous deux CD&V) de répondre favorablement à la demande américaine d’augmenter la présence militaire belge en Afghanistan et de rester jusqu’à la fin 2011. Pieter De Crem a réagi ce vendredi soir. Il assume, estimant que “WikiLeaks est proche de la vérité”.

»Selon les informations mises en ligne ce vendredi par De Standaard, qui relate les câbles diplomatiques diffusés par WikiLeaks, au départ, les Américains n’étaient pas de grands fervents du ministre De Crem. Mais, très vite, ce dernier est devenu un allié privilégié de l’administration Obama, plus particulièrement de la chef du Département d’Etat, Hillary Clinton. En effet, De Crem va se montrer beaucoup plus enclin à satisfaire les requêtes américaines que son prédécesseur à la Défense, André Flahaut (PS)…»

…L’Europe avance donc à pas de géant(s), entre le pauvre péquenot qui voulait un avion européen et le ministre New Age qui a vu la lumière. La belle histoire… C’est ce que nous confirme ce 18 avril 2012 le site B2 (Bruxelles 2), du gentil Nicolas Gros-Verheyde, annonçant, presque triomphalement, – big victory pour l’Europe, pense-t-il, – que le Benelux, ça remarche du tonnerre pour l'Europe… «Le “moteur” Benelux – un temps enrayé – semble reparti, du moins en matière de défense. Les ministres de la Défense des trois pays — le Belge Pieter De Crem, le Néerlandais Hans Hillen et le Luxembourgeois Jean-Marie Halsdorf — doivent, en “marge” de la réunion informelle des ministres de la Défense de l’Union européenne, signer ce mercredi à Val Duchesse, pour entériner une ”déclaration d’intention de coopération” en matière de Défense…»

… Et coucou, le voilà, la pure merveille ressortie du bois où il fait des étincelles ; le JSF himself (il vaut bien d’être humanisé), – puisque B2 poursuit et termine : «Les trois pays ont déjà identifié “plusieurs possibilités concrètes de coopération dans les domaines de la logistique et de la maintenance, de la formation et de l’entrainement et de l’exécution de certaines tâches militaires ainsi que de l’acquisition de matériel” est-il précisé. C’est notamment en matière d’aviation de combat… […] Ce qui pourrait signifier que les trois pays adopteraient alors le F-35/JSF pour remplacer les F-16 (belges notamment) ; les Pays-Bas ayant déjà opté pour ce choix et cherchant à se débarrasser d’une partie de leurs 80 appareils pressentis.»

On appréciera le terme “se débarrasser” qui relève du lapsus linguae ou de l’inconscience sacrilège et caractérisée, car l’on ne “se débarrasse” pas du JSF, on le cède à prix d’or, comme toute rareté et pièce rare du domaine. Quoi qu’il en soit, l’affaire est belle et bonne.

Les militaires hollandais ne sont pas tombés de la dernière pluie en matière de magouille transatlantique, avec une longue tradition de furtivité (comme le JSF) dans la manœuvre. Ce sont eux, dans le chef du chef d’état-major de la RNethAF en coopération amicale avec Lockheed-Martin, qui, en 1997, lors de rencontres drapées du sceau du secret et du complot pour sauver sous l’égide de l’ambassade US la “coopération européenne” et la solidarité nécessaire américaniste-occidentaliste, avaient engagé d’initiative personnelle et confortable la Hollande sur le sentier de la guerre du JSF ; opération confirmée en 2002, comme on l’a vu, par un gouvernement à forte tendance européenne. Depuis, les militaires-aviateurs hollandais sont à la manœuvre, pour écoper comme de vulgaires matafs la barque pourrie (JSF) qui prend eau de toutes parts et sombre inéluctablement, et cela ayant donné aux parlementaires de La Haye des idées malsaines de prendre leurs distances du programme avant liquidation. Aujourd’hui, ils n’ont plus qu’une solution, les militaires hollandais : “se débarrasser” d’une partie de la barque pourrie qui coule, pour tenter d’aménager la facture, donc pour tenter d’éviter le pire du côté du Parlement, en refilant des JSF aux voisins bénéluxiens (disons 39 ½ JSF pour la Belgique, ½ pour le Luxembourg, sur les 80 commandés au Bon Dieu) ; cela doit être enrobé du beau papier-cadeau d'une envolée lyrique à la gloire de la coopération européenne. La Force Aérienne Belge, qui a toujours été tendance cow boys, saute sur l’occasion, avec la bénédiction du ministre, qualifié “meilleur ami belge de l’Amérique” … Ecoutez, il vaut mieux en rire aux éclats, parce que des arrangements de cette sorte-là, à la Marx brothers avec autant de ministres qu’il y a de brothers, il faut se pincer pour ne pas se proclamer joyeusement “européen”, façon marxiste tendance Groucho.

Bien, l’Europe triomphe, puisqu’on vous annonce fièrement qu’il y a coopération. Elle triomphe à sa manière nouvelle et posmoderne, en se répandant flasquement comme un “fromage-qui-pue” (citation marionnette-Rambo, sur Canal). Par bonheur, si tout est envisagé dans un clin d’œil complice, rien n’est fait et, bien entendu, rien, rigoureusement rien ne sera fait pour ce qui nous importe ; à commencer par le JSF, bien entendu, et à s’y tenir pour pouvoir couler avec… La coopération fortement, exceptionnellement européenne, celle du JSF, devra attendre que la petite merveille furtive connaisse le destin qui lui est du. Il restera aux Belges et aux Hollandais, et aux Luxembourgeois certes, la possibilité de demander à l’Inde de leur prêter quelques Rafale ; certes, cela fait moins européen que le JSF, mais enfin, si c’est pour la gloire du principe de la coopération européenne…

 

Mis en ligne le 19 avril 2012 à 05H21

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